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Le moment de la décision pour l’intérêt supérieur de La Réunion

La crise accélère l’urgence

Geoffroy Géraud-Legros / 25 septembre 2009

Accélération de la crise, succession d’échéances décisives au niveau global et réunionnais : la période qui s’ouvre concentre les échéances qui vont peser de manière déterminante sur le futur de notre pays. Après la décision unanime des États-généraux, la décision politique est à portée de main. La participation de tous par la prise de conscience et dépassement des identités de groupe forgées par l’histoire, est aujourd’hui indispensable pour faire face à l’ébranlement de notre société.

Sur le plan économique, tous les indicateurs laissent à penser que la crise connaîtra une nouvelle aggravation au cours des mois qui viennent. À ces dommages économiques s’ajoutent l’accélération constatée des effets du réchauffement climatique, qui fait du rendez-vous de Copenhague l’une des dernières opportunités de travailler à une limitation des effets de la crise de l’environnement. La mondialisation capitaliste fera l’objet du sommet de Pittsburgh, qui réunira les représentants des plus grands États industrialisés dans le but de "réguler" le capitalisme.
La crise se décline dans tous les secteurs de la société réunionnaise. Des travailleurs du BTP aux employés précaires de l’éducation nationale, en passant par les planteurs, jusqu’aux salariés spécialisés dans l’aide à la personne, aucune catégorie sociale n’échappe à la logique de crise qui frappe notre structure sociale.
Dans le même temps, la mondialisation capitaliste et son cortège de déstabilisations et de pauvretés aborde notre île, avec après la signature à Grand-baie, le 29 Août dernier, des Accords de partenariat économique (APE) intérimaires. Ainsi, la dépression de l’économie mondiale accentue encore l’autre crise – structurelle celle-là – issue du modèle en place à la suite de décisions prises à Paris après l’abolition du statut colonial le 19 Mars 1946. Celui-ci se caractérise par un écart de revenus abyssal entre les plus riches et les plus pauvres, qui constituent la majorité de la population.
La démographie, qui à l’inverse des Antilles, demeure en croissance à La Réunion, accroît les besoins en équipements collectifs au moment où se profile une baisse des investissements publics. À cela s’ajoute l’emprise des pétroliers sur les prix des hydrocarbures, signalée par plusieurs documents officiels. Ces déséquilibres économiques reposent sur une économie des rapports humains qui demeure marquée par la reproduction des rapports sociaux hérités de l’histoire réunionnaise… une histoire de trois siècles, dont la moitié fut enserrée dans les chaînes de l’esclavage, et dont la presque totalité s’est déroulée sous la règle coloniale.

Répondre par la prise de conscience à la dictature de l’urgence

L’intensification et la convergence de ces crises immédiates et des déséquilibres au long cours hypothèquent la cohésion de la société réunionnaise elle-même. Il y a urgence à repenser un système dans son ensemble. Comment un tel processus pourrait-t-il être enclenché, sans la participation du plus grand nombre ?
Ce mouvement de la collectivité réunionnaise a pour premier obstacle la méconnaissance de l’ampleur de la crise… méconnaissance qu’entretient l’opacité qui pèse sur de nombreux mécanismes économiques et sociaux dans notre pays. Ainsi, nos compatriotes dans leur immense majorité n’ont pas même eu connaissance de la signature des APE précités, qui vont mettre fin aux protections sur la production et les services à La réunion, soumettant l’emploi à la pression des délocalisations et d’une concurrence intenable. De même, le manque de transparence a été soulevé par les rapports relatifs à la formation des prix des carburants des ombres continuent de planer tant les conditions d’acquisition des matières pétrolières, que le rôle du représentant de l’Etat. Plus profondément encore, c’est sur l’histoire des Réunionnais que continue de peser un douloureux silence, déracinant ainsi de leurs présent ceux à qui l’esclavage a ravi la propriété d’eux-même et jusqu’au nom.

Le temps de la décision politique est venu

Les grandes mobilisations des Antilles et de La réunion au début de l’année 2009 ont marqué une avancée de la prise de conscience, aussi bien dans les populations qu’à l’échelon étatique, où ont été impulsés des consultations dans le cadre des États-généraux de l’Outre-mer. Tenus à La Réunion du 29 Avril au 10 Juillet 2009, ces travaux ont abouti à un ensemble de propositions ratifiées, pour la première fois, par l’ensemble des élus des deux Assemblées de La Réunion. Ce document, qui envisage des solutions aux nombreux problèmes évoqués, constitue la charte de sortie de crise sur laquelle devra se prononcer le comité interministériel à la fin du mois d’octobre. L’heure d’une prise en main politique des problèmes sociaux, économique et identitaires approche ; l’opportunité d’une union des forces sociales pour construire le développement durable se dessine, et les Réunionnais doivent aujourd’hui s’en saisir.
Le dépassement des clivages constitués au cours d’époques révolues de notre histoire, dont témoigne la conclusion unanime des États-généraux, peut être un premier pas vers un mouvement d’ensemble de la société réunionnaise pour s’extraire ensemble du piège de la crise. La décision politique qui découlera des États-généraux ne peut plus désormais rester confinée dans les institutions : elle doit aujourd’hui faire l’objet d’une appropriation par tous les Réunionnais, dans l’intérêt supérieur de La Réunion.

Geoffroy Géraud


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