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Le nouveau calendrier scolaire est inacceptable

Un article d’Eugène Rousse

Témoignages.re / 4 février 2014

Les manifestations des collégiens et des lycéens qui viennent de se dérouler à La Réunion nous conduisent à rappeler que l’organisation de l’année scolaire dans notre île doit tenir prioritairement compte du climat du pays. Il est en effet incontestable que c’est notamment le climat qui conditionne les fluctuations des activités physiques et intellectuelles de l’enfant.

C’est pour cette raison que la loi d’orientation du 10 juillet 1989, relative à l’éducation, donnait pour la première fois au recteur de La Réunion la possibilité d’adapter le calendrier scolaire de la République à notre île, afin de mieux prendre en compte les contraintes climatiques et géographiques réunionnaises.

S’il n’est pas fait état de cette possibilité dans la loi d’orientation et de programmation du ministre Vincent Peillon datée du 8 juillet 2013, c’est parce que ce dernier s’est abstenu d’aborder le problème de l’organisation de l’année scolaire. Ce qui est pour le moins surprenant quand on sait l’importance accordée aux rythmes scolaires dans l’entreprise de refondation de l’École de la République engagée par l’actuel ministre de l’Éducation nationale.

D’importants changements négatifs

Cela dit, voyons la place occupée dans notre île par les vacances d’été et d’hiver depuis près d’un siècle.

De 1922 à 1960, les vacances débutent le 23 décembre et s’achèvent début mars. Les vacances d’hiver, d’une durée d’un mois jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sont allongées d’une dizaine de jours de 1945 à 1960.

Autres modifications importantes subies par les vacances d’hiver de 1960 à 1968 : elles sont fixées du 7–8 juillet au 17–20 août. Puis du 10–12 août à la mi-septembre de 1969 à 1983. Ces changements n’ont toutefois aucune incidence sur les durées des vacances d’été et d’hiver, qui sont respectivement de 9 et 5 semaines, avec de légères variations selon les années.

Il faut attendre la création de l’Académie de La Réunion le 4 novembre 1984, pour que d’importants changements négatifs interviennent dans l’organisation de l’année scolaire. Peu après sa prise de fonction, en décembre 1984, le recteur Jacques Georgel estime que les longues vacances d’été sont soi-disant « un handicap pour les élèves et nos services » et il décide unilatéralement que le mois de février ne doit plus être un mois de repos scolaire.

Devant la vague de protestations suscitée par une telle décision, Jacques Georgel accepte une concession en fixant au 17 février la fin des vacances d’été, tout en ne cachant pas qu’il n’entend pas renoncer à son projet initial.

Un grignotage continuel

Le processus de réduction de la durée des vacances d’été est désormais engagé. La durée du repos scolaire en février passe de 17 jours en 1986 à 11 jours en 1988, puis à 4 jours en 1996 et à 3 jours en 1999.

À compter de cette date, débute le grignotage des vacances du mois de janvier, qui l’an prochain ne comportera plus que 15 jours de repos scolaire si le projet de calendrier actuellement appliqué est maintenu en place.

Il suffira alors de réduire d’une dizaine de jours les vacances de janvier pour obtenir l’alignement de notre calendrier scolaire annuel sur celui de la France hexagonale ; ce qui n’est souhaité que par une infime minorité de Réunionnais.

Il est bon de souligner que la réduction des vacances d’été s’est accompagnée d’un allongement important des vacances d’hiver (juillet – août), qui sont passées de 29 jours en 1991–92 à 44 jours en 1994–95 et à 48 jours à compter de 2014–2015. Nos élèves se trouvent donc au repos à une époque de l’année où les meilleures performances physiques et intellectuelles sont susceptibles d’être enregistrées.

En outre, obligation leur est faite de travailler pendant les étés chauds et humides, au moment où ils sont confrontés à « de grandes difficultés biologiques et psychologiques » ; ce qui est tout simplement scandaleux.

Des prises de positions éclairantes

Si nous en sommes arrivés là, c’est parce qu’il y a eu manifestement carence en matière d’information de la part des responsables de l’Éducation nationale à La Réunion lors des modifications successives du calendrier scolaire voulues par le législateur en 1989.

L’argumentaire accompagnant parfois les propositions de modifications du calendrier scolaire n’a jamais fait état d’un certain nombre de prises de positions susceptibles d’éclairer les personnes dont on sollicite l’avis. Rappelons-en quelques unes :

• En 1979, la direction diocésaine de l’enseignement catholique à La Réunion rend publiques les raisons pour lesquelles elle estime « logique » le recours à l’année climatique.

• En 1982, la commission "vie scolaire", créée par le Vice-rectorat et dont les travaux s’étalent sur plusieurs mois, conclut à l’unanimité à la nécessité d’un repos de 2 mois pendant la saison chaude.

• Le 25 mai 1988, au cours d’une conférence donnée à Saint-Denis, le directeur de l’unité de pédo-psychiatrie de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), Hubert Montagner, venu à La Réunion à la demande du Conseil régional, déclare qu’ici « les vacances d’été doivent être d’une durée de 2 mois », comme dans les autres départements français.

• En 1988, le journal "Le Quotidien de La Réunion" effectue auprès de ses lecteurs un sondage, dont les résultats sont les suivants : 89,2% optent pour le changement ; 10,8% pour le statu quo ; 42,3% sont favorables à l’année climatique.

• Les 10, 11 et 12 juillet 1990, se tient à Saint-Denis un "colloque sur l’Éducation". À la suite de ce colloque, la directrice de l’Institut National de la Recherche Pédagogique (INRP), Francine Best, déclare : « il serait désastreux que le calendrier scolaire de La Réunion soit identique à celui de la métropole. (…) Il est certain que le calendrier 1990 -91 (48 jours de vacances d’été) ne tient pas assez compte des conditions climatiques. (…) ».

L’avis du CAEN non respecté

Le calendrier dont parle Francine Best a été arrêté le 30 mars 1990 au cours d’une réunion du Conseil Académique de l’Éducation Nationale (CAEN), présidé par le préfet, Daniel Constantin. Afin de calmer le mécontentement provoqué ce jour-là par la décision du CAEN, le représentant de l’État estime nécessaire d’annoncer à la télévision « qu’il n’est pas envisagé de réduire la durée des vacances d’été ».

Cette annonce n’entamera toutefois en rien la détermination du Rectorat à écourter à tout prix le repos scolaire du mois de janvier et à allonger les vacances de l’hiver austral.

Il suffit pour s’en convaincre de se souvenir que le 15 décembre 2001, au terme d’un débat houleux, le projet de calendrier retenu par le recteur n’a recueilli au CAEN — composé de plus de 50 membres — que 7 voix. Les représentants syndicaux de l’UNSA, de la FSU, de la CGTR et de la CFDT votant contre.

Le recteur a ainsi violé le décret du 14 mars 1990, qui lui fait obligation de tenir compte de l’avis du CAEN.

Le recours au calendrier climatique

S’agissant d’un problème qui concerne tous les Réunionnais, comment ne pas déplorer que les 24 municipalités de l’île n’aient pas été associées à l’élaboration du calendrier scolaire pour les 3 prochaines années ? On peut aussi se poser la question de savoir si tout a été mis en œuvre pour une véritable information des parents et des élèves, préalablement à leur consultation.
Il est permis de penser que le Rectorat finira par admettre qu’à La Réunion comme dans tous les pays du monde, la plus longue période de repos scolaire doit se situer en été.

Pour atteindre cet objectif, le Rectorat peut, par exemple, écourter de deux semaines les vacances d’hiver et d’une semaine les coupures de mars et de mai, comme l’y autorise l’article 1 (titre I) du décret du 14 mars 1990. Ce qui nous conduirait à des vacances d’été d’une durée égale à celle de la France.

On nous objectera que ces vacances d’été, placées au cœur de l’année scolaire, entraîneraient une déperdition des acquis de l’ordre de 25%. Un préjudice qui, selon nous, peut être réparé par un travail s’effectuant dans de meilleures conditions climatiques.

Voilà, rapidement exposées, quelques observations et propositions qui n’ont qu’un seul but : améliorer le rendement de notre système éducatif tout en souhaitant le recours au calendrier climatique, qui tôt ou tard devra s’appliquer à La Réunion.

 Eugène Rousse,
ex-membre de la commission "vie scolaire" créée par le Vice-rectorat en 1982
 


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