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Le nouveau plan du gouvernement va accélérer la crise des Outre-mers

Déjà 45 millions enlevés à l’emploi dès l’an prochain, et ce n’est qu’un début !

Manuel Marchal / 9 novembre 2011

Quelques jours après l’annonce d’un nouveau plan d’austérité par Nicolas Sarkozy, François Fillon a détaillé quelques mesures. Si en France, elles soulèvent l’indignation, à La Réunion leur application sera catastrophique. La baisse des investissements va se poursuivre, et les revenus des victimes de la politique du gouvernement ne seront pas suffisants pour maintenir leur maigre pouvoir d’achat. Cela s’ajoutera aux restrictions déjà prévues dans le budget 2012 actuellement en cours de discussion à l’Assemblée nationale.

Le printemps mahorais est là pour rappeler l’ampleur de la crise. En 2009, un large mouvement social avait ébranlé tout l’Outre-mer. Dans l’urgence, le gouvernement avait pris une série de mesures pour redonner du pouvoir d’achat. Il avait financé une augmentation des salaires par le RSTA, et l’État avait participé aux négociations sur la baisse des prix. Les syndicats avaient signé avec le MEDEF un accord salarial permettant un gain supplémentaire de 50 euros pour les bas salaires. Ce bonus COSPAR a ensuite été étendu à toutes les entreprises, extension confirmée par le juge administratif du Conseil d’État.
Plus de deux ans après ces événements, la situation sociale de La Réunion s’est aggravée. Le nombre des demandeurs d’emploi dépasse 150.000, la proportion des jeunes au chômage est au-dessus de 60%. Favorisée par de multiples hausses des prix des carburants, l’inflation est repartie.
À cela s’ajoute le refus par le MEDEF-Réunion de prolonger le "bonus COSPAR" en l’état. Autrement dit, au moment où les prix augmentent, plusieurs milliers de salariés pourraient voir leur salaire diminuer.

Aucune politique pour l’Outre-mer

Devant cette situation, le gouvernement semble nager en pleine politique virtuelle. La gestion du printemps mahorais a montré le décalage complet qui existe entre la vision des événements par l’UMP Paris, et la réalité de la crise vécue par la population. La lutte contre la vie chère a déclenché un mouvement qui concerne toutes les couches sociales. À ce jour, rien n’est réglé alors que le gouvernement a pourtant les leviers pour faire baisser la tension via l’extension à Mayotte des dispositions prises deux ans plus tôt dans les autres DOM : RSTA et soutien à un accord régional d’augmentation des bas salaires, auquel peut s’ajouter un RSA à 50% dès le premier janvier prochain, accompagné d’un calendrier d’application de l’égalité.
C’est dans ce contexte qu’interviennent deux événements. Le premier est la discussion du budget 2012, le deuxième du plan d’austérité. 2011 avait marqué un recul du budget de l’Outre-mer, 2012 sera encore pire.
Les autorisations d’engagement passent de 2,16 à 2,13 milliards d’euros, et les crédits de paiement régressent de 10 millions d’euros. Avec l’inflation, ce sont donc des moyens en moins. Dans un amendement, le gouvernement a même décidé de retirer 45 millions d’euros aux programmes "Emploi outre-mer". Lorsque l’on sait que la pénurie d’emploi est le problème numéro un à La Réunion, c’est un nouveau porté aux victimes de la politique de ce gouvernement et de ses relais à La Réunion.

Casse sociale

Le second événement est l’annonce la semaine dernière par le président de la République d’un nouveau plan d’austérité. Il a été décliné lundi par le chef du gouvernement. Plusieurs mesures vont toucher directement la majorité des Réunionnais. Il s’agit notamment de la fin de l’indexation des prestations sociales sur l’inflation en France. Désormais, la revalorisation sera indexée sur le taux de croissance en France. Jusqu’à présent, du fait d’une hausse des prix plus rapide à La Réunion qu’en France, le pouvoir d’achat de l’allocation diminuait régulièrement.
La nouvelle mesure va aggraver cette injustice. En effet, en France le taux de croissance est inférieur à l’inflation, ce taux le sera encore plus ici. D’où une perte de pouvoir d’achat encore plus importante.
Concernant l’emploi, plusieurs propositions visent à rendre moins attractif l’investissement dans la pierre. Cela arrive au moment où à La Réunion, l’outil BTP a été laminé par le désengagement de l’État dans la politique du logement, et par l’arrêt des grands chantiers décidé par la Région.
Quant à l’application encore plus rapide de la suppression de la retraite à 60 ans, elle ferme encore plus les portes de l’emploi à la jeunesse de notre pays.
La hausse du taux de TVA va encore accentuer la vie chère.
L’application du plan de rigueur rendra donc encore plus intenable la situation des victimes de la politique du gouvernement, c’est-à-dire de la majorité des Réunionnais. C’est l’accélération de la crise des Outre-mer que favorise ce gouvernement. D’où la nécessité de faire déguerpir Sarkozy dans six mois pour qu’il soit encore possible de redresser la situation.

Manuel Marchal

Le gouvernement réduit les moyens de la lutte contre le chômage

Voici le texte de l’amendement déposé par le gouvernement visant à réduire les crédits de l’Outre-mer.

Il est proposé de réduire de 48 millions d’euros le montant des autorisations d’engagement (AE) et de 56 millions d’euros le montant des crédits de paiement (CP) de cette mission. Cette diminution se décompose de la manière suivante :

- minoration de 45 millions d’euros des crédits du programme "Emploi Outre-mer" se répartissant entre :

- une diminution de 30 millions d’euros du financement des exonérations de cotisations sociales ; ces économies tiennent compte de l’actualisation du coût prévisionnel de ces dispositifs par les organismes de sécurité sociale et s’inscrivent dans le cadre d’une situation financière assainie, l’extinction totale de la dette nette de l’État restant un objectif de la fin de gestion 2011 ;

- une baisse de 10 millions d’euros des crédits de l’aide à la rénovation hôtelière et de l’aide au fret compte tenu de la montée en charge très progressive de ces dispositifs récents ;

- une minoration de 5 millions d’euros des crédits du service militaire adapté (SMA), sans que soient remis en cause le nombre de stagiaires accueillis et la montée en puissance du SMA 6000 ;

- diminution de 3 millions d’euros en AE et 11 millions d’euros en CP des crédits du programme "Conditions de vie Outre-mer", se répartissant entre :

- une baisse de 5,5 millions d’euros des CP inscrits sur l’action "Aménagement du territoire" ; cet ajustement, qui ne remet pas en cause la capacité d’engagement de l’action, représente 3,7% des CP disponibles et est cohérent avec le phasage AE/CP des exécutions attendue sur 2011 et prévue pour 2012 ;

- une minoration de 2,5 millions d’euros des CP destinés à l’action "Appui à l’accès aux financements bancaires", compte tenu de l’exécution attendue sur 2011 et des besoins de l’Agence française de développement (AFD) pour 2012 ; cet ajustement, qui préserve la capacité d’action d’un dispositif connaissant une augmentation de ses moyens de 10% entre 2011 et 2012, n’obère pas la capacité de l’AFD à répondre aux demandes des collectivités locales et des entreprises ;

- une minoration de 3 millions d’euros, en AE et CP, des crédits des actions "Sanitaire, social, culture, jeunesse et sports" (2 millions d’euros) et "Insertion économique et coopération régionales" (1 million d’euros) résultant d’une sélectivité des demandes de subventions accrue et préservant les projets structurants et prioritaires.



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  • l’année 2011, c’est l’année des OUTRE-MER. 12 territoires dans trois océans. Plus de 2.6 millions d’habitants sur 120 000 km2. La métropole n’entretient pas avec nous des rapports sereins et dépassionnés. Mais alors la avec ce gouvernement nous constatons encore plus cette dure réalité. Le malaise social, économique et structurel est loin d’être guerri. Fêtons donc dignement cette année et les autres années à venir, avec encore plus de résistance, de sentiment d’appartenance. Notre rôle géopolitique doit être renforcé...

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