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Le PCR appelle à un sursaut réunionnais

Face à l’aggravation de la situation et la décision du président de Région de priver le pays d’un moyen de faire face à la crise

Manuel Marchal / 20 avril 2010

Le Parti communiste réunionnais fait part de ses inquiétudes sur la situation sociale et ses perspectives. Alors que les effets de la crise sont amplifiés à La Réunion, le nouveau président de la Région vient d’annoncer qu’il veut supprimer le tram-train, remettre en cause le Protocole de Matignon et arrêter le projet de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Didier Robert détruit là une programmation de grands chantiers qui pouvait permettre d’atténuer la casse provoquée par l’amplification de la crise. Au lieu de cela, cet élu crée les conditions d’une explosion sociale. Le PCR appelle à un sursaut des Réunionnais, c’est-à-dire un rassemblement conjugué à une prise de conscience pour renverser la situation et garder des raisons d’espérer.

Élie Hoarau, député au Parlement européen et secrétaire général du Parti communiste réunionnais, a fait part de la position de son parti sur la situation sociale. Il était accompagné par plusieurs membres du secrétariat du PCR : Maurice Gironcel, Sylvie Mouniata et Ary Yee Chong Tchi Kan.
Face à une conjoncture difficile, La Réunion avait un programme de grand chantier. Il est remis en cause par le nouveau président de la Région sans qu’aucune alternative ne soit proposée.
Le ton est à l’inquiétude, et ce sentiment est partagé par les acteurs économiques. Élie Hoarau cite en premier lieu les agriculteurs. Les menaces qui pèsent sur l’avenir de la filière amène à des déclarations remettant en cause une structure héritée d’accords signés voici 41 ans par Jean-Paul Virapoullé et les usiniers. Car outre les incertitudes sur le nouveau règlement sucrier, et donc sur le prix de la canne, il s’avère que le débat de la répartition des richesses de la canne ne se situe plus entre Réunionnais. Si les planteurs sont Réunionnais, les usines sont désormais la propriété d’une coopérative de planteurs de betteraves, qui a des intérêts en Europe mais aussi au Brésil. Cela complique donc la possibilité de se faire entendre.

La crise s’aggrave

Dans la grande distribution, l’impact de la crise est déjà bien réel. Il a poussé un grand groupe, Caillé, à se placer en procédure de sauvegarde. 3.000 travailleurs sont concernés et « les emplois sont menacés ».
Dans le secteur du Bâtiment, les contrats signés avec les bailleurs sociaux voient leur exécution reportée. Ce sont des chantiers qui auraient dû démarrer cette année. Pour la GTOI, cela concerne 12 contrats, et 10 pour la SBTPC.
La conséquence est une accélération du chômage, 7 points de plus que l’augmentation qu’a connue la France sur une année, souligne Maurice Gironcel.
C’est dans ce contexte d’aggravation de la situation que le nouveau président de la Région annonce sa volonté de supprimer le tram-train. Il jette donc un coup de pied dans un investissement de plus de 1,5 milliard d’euros, et 4.000 emplois prêts à être créés seront supprimés. À cela vont s’ajouter des indemnités à payer aux entreprises qui devaient accomplir le marché, précise Maurice Gironcel. L’abandon du projet du Zénith, un investissement de 30 millions d’euros, par le maire de Saint-Denis élu en 2008 a obligé les habitants des trois communes de la CINOR à payer 7 millions d’euros d’indemnités aux entreprises lésées.
Élie Hoarau rappelle qu’à La Réunion, les 300 millions de revenus bruts générés par le secteur agricole font vivre des dizaines de milliers de personnes. Le tram-train, c’est un investissement correspondant à 5 années de revenu agricole pour toute La Réunion.
« On ne trouvera pas au pied levé des chantiers équivalents », ajoute Élie Hoarau. Il souligne que pour construire une école, entre la décision et le début du chantier s’écoulent plusieurs années. Or, une école, c’est un investissement de 12 millions d’euros, 100 fois moins important en termes financiers qu’une partie du tram-train.

La fin d’un modèle

Les perspectives placent La Réunion sur le droit chemin d’une amplification considérable de la crise structurelle. Une part importante des revenus et des investissements dépendent en effet de la France et de l’Europe. Or, l’Europe est gravement touchée par la crise. Et comment expliquer à des pays européens au bord de la faillite que l’Europe doit continuer à financer des plans de rattrapage pour les Régions ultrapériphériques comme La Réunion ?
De ce côté, les négociations seront donc extrêmement difficiles pour obtenir quoi que ce soit.
Quant à la France, elle s’est engagée à faire passer en trois ans son déficit public de 8% à 3% de son PIB. Les dettes de l’État envers les collectivités s’accroissent, et bientôt ne subsistera plus qu’une hausse des recettes de l’octroi de mer comme moyen pour les communes de se sauver. Or, d’ici 2014, l’octroi de mer sera rediscuté. S’il est supprimé, comment les communes pourront-elles éviter la pire crise de leur Histoire ?
Tarissement des sources qui ont financé depuis des décennies les plans d’investissements, rejet par le nouveau président de la Région d’un programme de travaux amenant plus de 2 milliards dans notre pays, La Réunion n’a plus rien pour l’aider à passer ce cap difficile.
Manifestement, c’est la crise d’un modèle. « Sans un sursaut des Réunionnais, nous avons tous les ingrédients de l’explosion sociale qui risque de se produire », déclare Élie Hoarau. Ce type de sursaut s’est déjà produit dans l’Histoire de La Réunion, Ary Yee Chong Tchi Kan rappelle que face à la gravité de la situation à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Réunionnais ont su prendre conscience et se rassembler pour réaliser ce sursaut.

Manuel Marchal


La question des visas pour les touristes

La persistance de la paralysie du trafic aérien entre l’Europe et La Réunion pose une nouvelle fois la question de la diversification de la provenance des touristes. Car si aujourd’hui il est quasiment impossible de voyager entre l’Europe et La Réunion, les liaisons entre notre région et l’Asie-Océanie, d’une part, et l’Afrique, d’autre part, ne sont absolument pas perturbées.
Élie Hoarau rappelle que si les visas touristiques étaient délivrés de manière plus rapide et moins contraignante, alors l’Afrique du Sud, l’Inde et la Chine pourraient contribuer au développement de l’industrie touristique à La Réunion.
Au lieu de cela, la crise pousse à la vente de quelques fleurons de l’hôtellerie réunionnaise à des intérêts de Maurice, au moment où l’île sœur est touchée elle aussi par la crise.


La CGPER remet en cause les Accords de 1969

Élie Hoarau constate que lors de sa conférence de presse dimanche, la CGPER a fait part du nouvel obstacle qui se dresse sur le versement de la prime bagasse aux planteurs : les propriétaires de la centrale thermique veulent une part dans ce qui est réservé à la filière.
La CGPER a rappelé qu’il n’est pas question de remettre en cause ce qui est acquis pour les planteurs, d’une part et, d’autre part, qu’après la bagasse, la lutte concernera l’accès à une partie des bénéfices tirés de la fabrication du rhum et des alcools.
La CGPER remet donc en cause les Accords de 1969, qui ont spolié les planteurs du bénéfice de tous les produits issus de la canne sauf du sucre.


Le SAR est à refaire

Ary Yee Chong Tchi Kan met en avant une conséquence du refus du tram-train par Didier Robert : le Schéma d’aménagement régional est à refaire. Ce document d’aménagement du territoire, opposable aux plans d’urbanisme des communautés d’agglomérations et des communes, s’articule en effet autour du tram-train. Ce sont donc plusieurs années de travail et de négociations qui seront à recommencer.


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