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Le PCR appelle les conseillers régionaux à relayer l’inquiétude de la population

Négociations d’un accord commercial entre l’Union européenne et les États voisins dans le dos des Réunionnais

Manuel Marchal / 28 avril 2016

À deux jours de l’assemblée plénière du Conseil régional, le Parti communiste réunionnais a interpellé hier les élus de cette assemblée. D’importantes discussions ont lieu en effet sur les accords commerciaux entre l’Union européenne et les pays voisins. La Réunion en est totalement exclue. La Région veut de nouvelles compétences. Le PCR demande donc aux conseillers régionaux d’exiger la communication du contenu des discussions en cours auprès de l’ambassadeur de France à la coopération régionale.

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Ary Yée Chong Tchi Kan et Maurice Gironcel.

À deux jours de la séance plénière de la Région Réunion, le PCR s’est exprimé par l’intermédiaire de deux de ses secrétaires généraux, Ary Yée Chong Tchi Kan et Maurice Gironcel.

Maurice Gironcel est tout d’abord revenu sur quelques faits d’actualité. Les chiffres du chômage montrent un nombre de radiations sans précédent. Plus de 4.800 jeunes en emplois d’avenir arrivent au terme de leur contrat. Obama fait le forcing pour les accords transatlantiques. Il visite la Grande-Bretagne et l’Allemagne, pour dire qu’il faut ces accords entre Etats-Unis et Union européenne. Et il dit sur le territoire allemand que cet accord va développer l’emploi aux Etats-Unis, précise le secrétaire général du PCR.

Le PCR soutient la mobilisation contre la loi El-Khomri, et sera aux côtés des organisations syndicales lors des manifestations du Premier mai.

Dans notre région, l’évolution va peser sur nos économies. Dans ces échanges, la France a un poste d’observateur. Dans deux jours, c’est l’assemblée plénière de la Région. Le PCR demande que la Région relaie les inquiétudes des Réunionnais et interpelle le gouvernement pour que la voix de La Réunion soit entendue.

Un système bloqué

Ary Yée Chong Tchi Kan souligne quelques faits montrant combien le système est bloqué. Pôle emploi annonce 180.000 inscrits dont 138.000 chômeurs totaux. Le secrétaire général du PCR rappelle la Marche pour la jeunesse pour l’emploi et l’avenir en 1982. L’objectif était de créer un choc dans l’opinion face au chômage, il y avait alors moins de 50.000 chômeurs.

Nous arrivons à la fin de la vie scolaire. Des milliers de jeunes vont découvrir la réalité du chômage, situation de plus en plus insupportable. LA dernière coupe se profile pour la canne à sucre. Voilà pourquoi la situation est bloquée.

Ce qui le montre également est le compte-rendu du Haut conseil de la commande publique. Le monde du BTP dit que la situation est encore plus grave qu’on ne le pense surtout en matière de production de logements sociaux. On est loin de répondre à la demande. Quelle direction prend-on ?

Egalité réelle et expérimentation ne règleront rien

Pourquoi ce point de non-retour, qui est responsable ? Des gens ont pris des décisions. C’est le résultat de 70 ans de politiques décidées à Paris. Ni l’alternance ni la cohabitation n’ont réussi à régler les problèmes. Les lois de programme n’ont pas manqué, ainsi que les rapports de parlementaires et d’inspecteurs. Les voyages présidentiels et ministériels ont été nombreux. 30 depuis 2012. Mais la situation continue pourtant de s’aggraver.

Durant ces 70 ans, il y avait à La Réunion les relais des partis au pouvoir. Qu’ont-ils fait ?

Le pouvoir nous impose son point de vue, l’intégration. Les responsables réunionnais relaient et poussent à des mesures d’intégration. La caricature est l’alinéa 5 de l’article 73 de la Constitution, qui empêche La Réunion d’adapter les lois à la réalité du pays.

Aujourd’hui, le gouvernement a le projet d’égalité réelle. Au niveau de la Région, on parle de loi d’expérimentation. Dans les deux cas, les promoteurs de ces projets les justifient par une amélioration des conditions de l’emploi et de l’économie. Le PCR appelle à être sérieux. Ni le projet d’égalité réelle, ni la loi d’expérimentation ne pourront régler les problèmes cités. « Comment peut-on dire à des personnes au chômage depuis un an, l’égalité réelle ou la loi d’expérimentation va régler votre problème ».

L’urgence d’une assemblée décisionnaire

Le PCR rappelle l’importance d’un changement important, pour tourner le dos à l’intégration. C’est un projet global qu’il faut mettre en place avec des moyens. La situation est tellement grave, ne faisons rien qui puisse donner des illusions aux gens.

« Egalité réelle et expérimentation renforcent l’intégration, car il faut demander la permission à Paris à chaque fois », ajoute le secrétaire général du PCR.

Depuis 1959, le PCR revendique une assemblée décisionnaire et responsable devant les Réunionnais, un fonds de développement et un programme. « Si les Réunionnais se mettent d’accord là-dessus, Paris ne pourra que suivre. Avec une telle assemblée, pas besoin de demander à chaque instant l’autorisation à Paris ».

Le défi est d’articuler le maintien des acquis issus de l’intégration à la France et à l’Europe, et préparer l’intégration dans notre région océan Indien. C’est, pour le PCR, la perspective ouverte pour l’avenir.

Négociations dans le secret le plus total

Ary Yée Chong Tchi Kan cite le débat en Europe sur le Traité transatlantique. C’est la question de l’intégration des pays européens dans une grande union avec les États-Unis. L’Union européenne mène les négociations depuis juillet 2013. Le projet est la plus grande zone de libre-échange au monde, un marché de plus de 820 millions d’habitants.

Toutes les négociations se passent dans le secret. À la veille d’élections importantes, les peuples se lèvent et demandent des comptes.

À La Réunion, des discussions ont eu lieu pendant deux jours sur les actions de coopération décentralisées. L’ambassadeur Hallade est l’interlocuteur avec les pays voisins au nom de la France de l’océan Indien. Le PCR avait dénoncé la déclaration du Sommet de la COI dans laquelle le nom de La Réunion n’existe plus. Il y est également écrit que les États demandent à la COI d’accélérer la signature des APE, avec un statut d’observateur pour la France.

C’est pourquoi le PCR demande à l’ambassadeur à la coopération régionale de dire aux Réunionnais ce qu’il y a dans la négociation, et le donner le calendrier des décisions. « Sinon, comment les producteurs réunionnais pourront-ils se préparer à ce changement ?

L’ambassadeur a passé deux jours à La Réunion. Il est interpellé, et il n’a rien donné comme information ».

Les conseillers régionaux interpellés

« Les Européens demandent des informations sur le Traité transatlantique, nous sommes en droit nous Réunionnais de demander ce qui se passe pour les APE », rappelle le secrétaire général du PCR.

« Nous disons au Conseil régional, à tous les élus, de relayer les inquiétudes de la population sur les négociations que l’Union européenne engage avec nos voisins ». « Une affaire simple, concrète et datée dans le temps, largement à la portée d’une assemblée délibérante qui se réunit demain.

Le PCR encourage aussi les futures victimes des APE à se mobiliser. « Qu’attend le monde économique ? Comment la jeunesse réunionnaise peut-elle préparer son avenir dans ces conditions ? Que fera le monde agricole une fois toutes les frontières tombées ? ». Autrement dit, « Paris serait bien inspiré de donner des informations ».

Et le PCR de conclure : « après les deux journées de débats sur les actions de coopération centralisée, à deux jours de l’assemblée plénière de la Région, les inquiétudes sont aujourd’hui beaucoup plus grandes quand on voit l’Union européenne mener des discussions dans le plus grand secret ».

M.M.


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