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Le PCR dénonce la violation de la Charte des Jeux des îles

Une décision politique remet en cause des dizaines d’années d’effort

Manuel Marchal / 4 août 2015

Pour le PCR, la violation de la Charte des Jeux des îles lors de la cérémonie d’ouverture samedi remet en cause des dizaines d’années d’efforts pour tenter de construire un projet qui unit tous les pays de notre région. C’est un problème de dignité et de respect. Le PCR appelle à ne pas rompre le fil du dialogue et demande que désormais, les affaires relevant de pays voisins soient traités par les voisins eux-mêmes.

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Georges Gauvin et Ary Yée Chong Tchi Kan ont présenté à la presse la position du PCR.

Le PCR a tenu hier une conférence de presse pour donner sa position sur le déroulement des Jeux des îles à La Réunion.
Georges Gauvin précise qu’habituellement, le PCR s’exprime après cette manifestation, pour faire un bilan. Mais « dans la situation actuelle, notre parti doit dire ce qu’il pense et appeler à la réconciliation ». « Depuis 1978, les peuples essaient de se rencontrer et de travailler ensemble. On a l’impression de quelque chose de cassé, qui ne se réparera pas facilement après les jeux des îles », poursuit-il. Le PCR fait référence à la décision prise de faire défiler les athlètes mahorais sous le drapeau français lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux samedi à Saint-Paul. Cela a poussé les athlètes comoriens à quitter le stade, entraînant le retrait de la délégation des Comores des neuvièmes Jeux des Îles.
Ary Yée Chong Tchi Kan rappelle qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les pays de notre région ont suivi des chemins différents. Mais il est apparu qu’il fallait se rencontrer pour avancer. C’est l’origine de la Conférence des partis et organisations progressistes des îles de l’océan Indien à Mahé en 1978. Un plan avait été évoqué pour sortir du sous-développement. Certains sont ensuite arrivés au pouvoir. C’est la création en 1984 de la Commission de l’océan Indien (COI), par Madagascar, Maurice et Seychelles. La Réunion a ensuite été intégrée en même temps que les Comores, sous la dénomination La Réunion (France). Autrement dit, si la France est dans la COI, c’est à cause de la présence réunionnaise.
« À l’époque, nos voisins ne souhaitaient pas voir La Réunion comme un cheval de Troie de la politique française dans l’océan Indien ».

Des dizaines d’années d’efforts gâchées

L’appartenance à la COI a amené La Réunion à un retour sur elle-même, sur son rôle joué pendant la période suivant la guerre. Le responsable communiste rappelle 1947, le massacre des Malgaches par l’armée française. Des Réunionnais y ont participé soit en tant que militaire, soit comme base arrière.
Dans les années 1960, Michel Debré avait prévu le BUMIDOM et, mais il y eut aussi l’occupation d’une partie de Madagascar, la Sakay. Cela s’est terminé par l’expulsion des colons réunionnais et leur dispersion en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane.
« Jusqu’en 1974, les Comores étaient une entité de 4 îles sous colonisation française. C’est comme cela que c’est noté à l’ONU », rappelle Ary Yée Chong Tchi Kan. Il y eut ensuite division de l’entité comorienne avec Mayotte qui de plus en plus s’intègre à la France.
Si l’objectif est de sortir des séquelles de l’histoire et d’imaginer une communauté économique, il faut un projet qui unit, indique le Parti communiste réunionnais. « Nous sommes en 2015, vous voyez ce qui se passe aux JIOI. Comment rattraper tout cela ? C’est un véritable gâchis de dizaines d’années d’efforts », déplore le PCR.

Violation de la Charte des Jeux

Le secrétaire général du PCR appuie son exposé sur les propos tenus à Mayotte par Manuel Valls, Premier ministre de la France. Il a dit qu’il estime normal qu’aux Jeux des îles, les sportifs mahorais défilent derrière le drapeau de la France et que l’on fasse jouer l’hymne de la France pour saluer une victoire d’un athlète de Mayotte. « A-t-il mesuré les conséquences de ce qu’il a proclamé ? Il agit en politique alors que l’organisation des jeux est très structurée, relève d’une Charte ». Cette Charte a été signée par tout le monde en 2009, « cela aurait dû servir de base aux Jeux. Il suffisait de l’appliquer ». Mais cela n’a pas été fait, et maintenant c’est le ministre des Sports qui dit qu’on va changer la Charte. Pour Ary Yée Chong Tchi Kan, « il n’y a pas de décision innocente en politique, et les conséquences sont ce que nous voyons aujourd’hui ».
La cérémonie d’ouverture s’est ajoutée aux tracasseries administratives imposées aux athlètes invités. De nombreux documents sont demandés pour obtenir un visa indispensable pour se rendre à La Réunion. Le PCR rappelle que les pays voisins ne demandent pas aux Réunionnais d’avoir un visa déjà en leur possession pour les accueillir.
« On pensait que les choses allaient se passer dans la fraternité des jeux. Pourquoi ne pas avoir fait un visa collectif ? », interroge Ary Yée Chong Tchi Kan.
Il relève aussi que la notion France-Océan Indien est une institution qui n’existe pas. Cela a mis le feu aux poudres, on a appris que la suite était contraire à la Charte.
« Au PCR, nous avons regretté la position du ministre français des Sports, il jette de l’huile sur le feu, l’opinion s’en empare et on part dans toutes les directions », rappelle le membre de la direction du parti.

Quel impact pour les APE ?

« C’est un problème de dignité et de respect politique dans ce dossier en marge des jeux », poursuit-il, « nous ne pouvons pas en tant que Réunionnais être d’accord avec des méthodes qui remettent en cause des principes. Si nous voulons une coopération sincère, on respecte les principes qui sont écrits dans les textes ».
Le PCR rappelle qu’il faut garder au maximum le fil du dialogue entre les peuples de la région. Car l’avenir est encore plus grave si nous rompons le dialogue entre voisins.
« L’avenir ce sont les APE entre l’Union européenne et les États voisins. Nous sommes totalement en dehors des discussions », précise la direction du PCR. Ces APE prévoient l’ouverture des frontières à tous les produits. Tout ce qui est fabriqué par les voisins de La Réunion va entrer à La Réunion sans quota ni droit de douane.
Cette question était à l’ordre du jour du dernier sommet de la COI tenu en août 2014 à Moroni, en présence du président Hollande. Or, la déclaration finale de la COI ne cite à aucun moment La Réunion. La COI demande de donner la possibilité d’accélérer l’APE. La France aura un rôle d’observateur.
Où est le poids de La Réunion dans la négociation et dans la responsabilité vis-à-vis des pays voisins, interroge le PCR. Si La Réunion est d’accord pour remettre en cause les règles de la Charte des jeux des îles, alors La Réunion crée les pires conditions pour l’avenir dans la COI.

Respect et dignité

« Nous demandons qu’à l’avenir, plus que jamais les discussions entre les pays voisins soient réglées par les voisins eux-mêmes. C’est la seule façon de respecter la géographie et l’histoire », ajoute Ary Yée Chong Tchi Kan. Mais actuellement, « on est dans la caricature car à Paris, c’est une culture politique qui date des années passées ».
La violation de la Charte des Jeux des îles peut avoir des conséquences sur le vivre ensemble dans notre pays. À La Réunion, il existe un racisme latent vis-à-vis des Comoriens, des Mahorais et des Malgaches et malheureusement, aucune voix officielle pour appeler à l’apaisement, à la dignité, déplore le PCR. Et de conclure : « nous nous battrons pour faire respecter tous ceux qui constituent la société réunionnaise ».


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