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Le PCR dénonce une « provocation »

Nomination d’une maire d’une ville de France en tant qu’ambassadeur à la coopération régionale dans l’océan Indien

Manuel Marchal / 20 septembre 2013

Une provocation du pouvoir : c’est la réaction du PCR à la nomination par Paris de la maire de Charleville-Mézières en tant qu’ambassadeur à la coopération régionale dans l’océan Indien, avec bureau à Paris. Le PCR rappelle que Wilfrid Bertile, Réunionnais et ancien secrétaire général de la COI, était candidat, soutenu par l’ensemble des institutions de La Réunion. Le PCR demande au ministre des Affaires étrangères et à Victorin Lurel de revoir d’urgence leur décision.

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En 1978, la Conférence de Mahé à laquelle avait participé le PCR avait été une étape décisive vers la création de la COI.

La France vient de décider de nommer un nouvel ambassadeur chargé de la coopération régionale dans l’océan Indien. Plusieurs personnes étaient candidates, dont Wilfrid Bertile, ancien secrétaire général de la COI. Le Ministère des Affaires étrangères, avec l’accord de Victorin Lurel, ministre des DOM-TOM, est allé sur un tout autre choix : la maire d’une ville de France, qualifiée de « proche de Laurent Fabius » par les médias. Le PCR fait part de son indignation. Les relations de La Réunion avec les pays voisins sont une chose sérieuse, qui ne doivent pas être traitées d’une telle façon. Ary Yee Chong Tchi Kan a rappelé pourquoi.

Dans les années 70, les organisations et partis progressistes de l’océan Indien se sont retrouvés pour échanger sur l’avenir de nos relations. À Tananarive sont jetées les bases de la réflexion.

Ensuite, les organisations se sont réunies à Mahé pour structurer la coopération et fixer les axes stratégiques de la coopération.

Le grand tournant, c’était à Mahé, le 27 avril 1978, lors de la Conférence des partis et organisations progressistes du Sud-Ouest de l’océan Indien. Il a été décidé de trois commissions :

- politique et stratégique

- économique

- coopération et unité d’action

« Une chose sérieuse, un axe stratégique »

« Depuis, les choses ont bougé », dit le secrétaire général du PCR, « ces échanges ont servi de matrices à la constitution de la COI ». Au départ, la Commission de l’océan Indien avait trois composantes : Madagascar, Maurice et les Seychelles. C’est ensuite que La Réunion et les Comores ont été intégrés. Ary Yee Chong Tchi Kan rappelle que le cadre d’adhésion de La Réunion, c’était La Réunion (France) et pas l’inverse. C’était là « un point très subtil, car le financement européen reposait sur le FED. La France ne pouvait être financeur et bénéficiaire » . Ce cadre s’est traduit dans les faits.

La première délégation réunionnaise à participer à la COI était composée de Mario Hoarau, président du Conseil régional, accompagné du préfet comme conseiller.

Aujourd’hui dans l’océan Indien, c’est l’émergence de pays de plus en plus puissants qui essaient de prendre leur place sur l’échiquier mondial alors que La Réunion est isolée.

« Pour nous, la coopération régionale est une chose sérieuse, un axe stratégique. Elle doit préparer l’avenir des nouvelles générations » , précise le responsable communiste, « nous sommes heureux d’entendre des instances parisiennes et des partis s’intéresser à la coopération, car à l’époque, nous étions accusés de subversion » .

Le climat a changé

« Nous sommes donc assez déçus que le gouvernement ait nommé une personne de France pour être ambassadeur de la coopération régionale. Nous pensons que c’est une provocation » . Voire du « mépris » , dit à titre personnel le secrétaire général.

« Comment imaginer qu’on nous rabâche les oreilles avec le "soyez responsables" et que quand c’est pour discuter avec nos voisins, il faut toujours que quelqu’un qui vienne d’ailleurs nous dise ce qu’il faut faire » , dit-il en substance. « Cette personne est nommée par Laurent Fabius avec l’accord de Victorin Lurel. Or, il y avait une candidature réunionnaise soutenue par les institutions de La Réunion : Wilfrid Bertile. Il était secrétaire général de la COI » . Ce poste d’ambassadeur est singulier, car il ne relève pas des relations bilatérales d’État à État. C’est une personne qui a mission de « s’occuper de la coopération régionale entre nous et les autres » . « Elle doit défendre les intérêts de La Réunion, or, elle aura son bureau à Paris. Comment voulez-vous coordonner quelque chose dans la zone en étant à 10.000 kilomètres ? » .

« Nous pensons que c’est grave et espérons que le ministre des Affaires étrangères et M. Lurel vont revenir sur leur décision et nommer quelqu’un qui connaît véritablement le dossier » .

Le climat a changé. Pour le PCR, la population a pris conscience qu’il y a des capacités à La Réunion. C’est ce que rappelle le précédent de la bataille autour du recrutement d’un nouveau directeur à l’AGORAH.

Le contexte politique et social mérite d’être pris en compte par ceux qui décident à Paris. « On ne peut pas continuer à prendre les Réunionnais de cette façon, avec ce mépris, nou lé pa plis, nou lé pa mwin, respèkt anou ! »

Le préfet des TAAF est à Saint-Pierre, pas à Paris

Quand l’État a décidé de placer les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) sous la responsabilité du préfet, les élus du PCR ont souhaité que ce fonctionnaire puisse venir au plus près de sa zone d’action.

Lorsque l’on regarde n’importe quelle carte, le territoire le plus proche de ses îles sans habitants permanents, c’est le Sud de La Réunion, et donc sa capitale Saint-Pierre était naturellement amenée à accueillir la Préfecture des TAAF. Lorsqu’il était maire de Saint-Pierre, Élie Hoarau a œuvré pour que ce projet se fasse et, aujourd’hui, le préfet des TAAF est à Saint-Pierre, pas à Paris.


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