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Le PCR et les Régionales : « Une union sincère aurait pu gagner »

L’analyse du Parti Communiste Réunionnais vérifiée par le résultat du second tour des élections régionales

Manuel Marchal / 15 décembre 2015

Ce lundi, le Parti Communiste Réunionnais a tenu une conférence de presse pour tirer les premiers enseignements des élections régionales et de la COP21. Maurice Gironcel, Yvan Dejean et Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaires généraux du PCR, ont présenté une première analyse des résultats du scrutin des 6 et 13 novembre. La victoire de l’union face à Didier Robert était possible, mais la défaite de la liste conduite par Huguette Bello a confirmé que la députée n’était pas une rassembleuse. C’est la confirmation de l’analyse du PCR. Les nouveaux élus sont désormais au pied du mur pour traiter les questions qu’ils ont refusé d’aborder lors de la campagne électorale, souligne le PCR.

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Maurice Gironcel, Yvan Dejean et Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaires généraux du PCR.

Trois secrétaires généraux, Maurice Gironcel, Yvan Dejean et Ary Yée Chong Tchi Kan, ont donné hier la position du PCR sur les élections régionales et 6 et 13 décembre, et sur la COP21 qui s’est conclue le 12 décembre par un accord. Le premier sujet abordé était les élections.

Maurice Gironcel revient tout d’abord sur « un taux d’abstention énorme avec 56 % de non votant au premier tour ». Elle a augmenté au second tour, « mais bien en deçà de 2004 et 2010 ».

« Près de 300 000 électeurs ne sont pas allés voter. Toute la classe politique est concernée par cette abstention », souligne le secrétaire général du PCR pour qui cela démontre que « le monde politique est coupé du peuple ». « Ce taux d’abstention démontre aussi que le politique n’a pas de prise sur la situation sociale des plus démunis », précise-t-il, « le sentiment du peuple, c’est que le politique ne peut rien pour eux ». « La majorité ne s’est pas reconnue dans le monde politique, elle estime que ses problèmes ne sont pas pris en compte ». Maurice Gironcel rappelle tout d’abord, le problème du chômage, avec près de 180 000 demandeurs d’emploi. « À l’échelle de la France, cela ferait 10 millions de chômeurs. Les jeunes ont des diplômes, mais 60 % des moins de 25 ans sont au chômage ». Pour le PCR, ce sont des « données incontournables que personne ne peut contester ». « 42 % sous le seuil de pauvreté national. En France, cela ferait 30 millions de pauvres », poursuit le secrétaire général du PCR.

Grandes questions oubliées

115 000 personnes sont frappées par l’illettrisme. « Ce sont les demandes de logement, toutes les communes sont concernées ».

Il cite aussi d’autres absents du débat des élections régionales. Dans les 6 ans qui viennent La Réunion aura 900.000 habitants, 50.000 de plus. En 2021, 50 000 habitants de plus.

Concernant les résultats en France, « on parlait d’un grand chelem de la droite. Les attentats du 13 novembre ont-ils eu des répercussions sur le scrutin ? On donnait 2 à 3 régions au FN. Tant mieux, aucune région pour ce parti ». Autre enseignement, le PS n’aura aucun élu dans deux grandes régions, mais il s’en sort avec 5 régions. « Le coup dur, c’est de perdre l’Île-de-France ».

En outre-mer, Serge Letchimy, un porte-drapeau du gouvernement, est battu par Alfred Marie-Jeanne, indépendantiste, qui gagne avec plus de 54 % des suffrages, 12.765 voix d’écart.

En Guadeloupe, Victorin Lurel, ancien ministre est lui aussi battu. 57,52 % contre 42,48 % à l’ancien ministre des Outre-mer. Il enregistre un retard de 23 000 voix d’écart.

En Guyane, Rodolphe Alexandre qui retrouve la présidence de la Guyane, il bat une liste soutenue par Christiane Taubira.

« Toujours pour l’union »

Sur la situation à La Réunion, Maurice Gironcel rappelle que « nous avons toujours été et sommes toujours pour l’union des forces de progrès dès le premier tour. Ceci malgré ce qui s’est passé en 2010, quand la Fédération socialiste dirigée alors par Annette avait refusé l’union. Ary Yée Chong Tchi Kan était au congrès de la Fédération du PS de La Réunion ». Ensuite, le PCR avait rencontré la Fédération socialiste à son siège de Saint-Denis. « À l’issue de cette rencontre, nous avons convenu de mettre en place un groupe de travail pour la mise en œuvre d’un programme partagé. 48 heures après cette décision, Gilbert Annette annonce que c’est Huguette Bello qui conduit la liste sans prendre contact avec nous ».

Ensuite, le PCR a pris la décision de faire le sacrifice de la tête de liste communiste en faisant l’union avec le Progrès suite à l’appel lancé par Patrick Lebreton à Sainte-Rose.

« Le conseil politique du 5 septembre a décidé de faire ensemble cette union d’une liste partagée avec le Progrès qui s’est élargie, avec un programme travaillé ensemble et en voyant les rendez-vous inéluctables que personne ne peut nier. Nous avons mis ensemble un Comité de Parrainage pour les 20 ans à venir ». Autrement dit, « notre démarche a toujours été celle de l’union ».

PCR exclu

Le PCR était pour l’union au second tour, « d’autant plus que l’addition des voix des listes fusionnées nous donnait 33 000 voix d’avance, et cela devait nous faire gagner ». Pour la victoire, le PCR avait deux conditions : « avoir une tête de liste qui rassemble et un programme reprenant les problèmes de fond qui sont devant nous ». Maurice Gironcel cite le changement climatique, la loi sur l’égalité réelle avec le volet sur l’évolution du statut, la filière canne-sucre et ses 18 000 emplois, la défiscalisation, l’octroi de mer, les APE qui menacent notre production locale est terminée.

« Quelle que soit la liste, tous ces rendez-vous sont inévitables », ajoute Maurice Gironcel, « nous voulions échanger sur ces points ». Yvan Dejean précise : « on a le droit de dire ce que l’on pense. Rien n’empêchait Mme Bello d’appeler le PCR pour discuter a minima du programme, voire des candidats ». « Thierry Robert avait dit qu’il voulait être tête de liste, il n’a pas été exclu », ajoute Maurice Gironcel.

« Nous avons été exclus de la liste et de la discussion du programme », poursuit le secrétaire général du PCR. « Nous avons pris acte et face à cela, nous avons réuni notre Conseil politique le mercredi 9 novembre. Et nous avons fait un communiqué donnant notre position ».

« Huguette Bello a divisé »

Le PCR estime que les chances de victoire données à la fusion des listes ont été compromises par ces faits-là. D’où le décalage entre le potentiel espéré et le résultat final, la liste conduite par Huguette Bello a recueilli 47 % des suffrages alors que l’union des trois listes et de leurs alliés représentait la majorité.

« Nous pensons qu’une union sincère aurait pu gagner. Tout cela prouve que le PCR, dans son analyse, sa prise de décision lors du Conseil politique à l’unanimité, que Huguette Bello ne rassemble pas et a au contraire divisé. Elle a créé les conditions de sa défaite », ajoute Maurice Gironcel. Il pointe les résultats de Saint-Denis, avec un « désaveu total de la liste Bello, moins de 42 % », de Saint-Paul, « désaveu personnel de Huguette Bello. « Sur les 18.000 voix d’avance que Didier Robert a obtenu, les deux communes en expliquent 12 000 ». « Tous les colistiers de Bello doivent assumer leurs responsabilités », conclut-il sur ce chapitre.

« Pas de chèque en blanc » aux élus

Concernant les perspectives, « la majorité est au pied du mur. Quelle est sa position sur les grands problèmes ? Ils savent qu’ils doivent faire face aux décisions prises à Paris sur la COP21, cela posera inévitablement aux élus et à la majorité du Conseil régional, ils doivent prendre en compte les directives du Pacte de sécurité, des répercussions budgétaires. Ils savent tous les défis que nous avons à relever, comment feront-ils pour satisfaire toutes leurs promesses ? », souligne le PCR.

« Nous disons à cette majorité : pas de chèque en blanc. Nous avons dit aussi pas de chèque en blanc à l’autre liste ». Et de rappeler que « le président de la chambre d’agriculture a tiré la sonnette d’alarme sur l’avenir de la filière canne entre les deux tours. Pas de réponse des deux candidats ».

Pas d’union sans respect ni projet

« Huguette Bello et ses colistiers ne rassemblent pas. Les résultats de Saint-Denis et de Saint-Paul sont un désastre pour cette liste », indique Maurice Gironcel. L’exemple de Sainte-Suzanne est révélateur. La présence sur la liste conduite par Huguette Bello de Yolande Pausé, opposante municipale, explique notamment pourquoi le taux de participation de 46 % était bien en deçà de la moyenne.

Ary Yée Chong Tchi Kan souligne : « le problème, c’est comment on conçoit l’union. C’est l’union avec le respect de l’autre. Quand vous avez le respect, l’union se fonde sur le projet ». Et Maurice Gironcel de conclure, citant le titre d’une interview de Patrick Lebreton parue dans la presse. La tête de liste de Pour une Réunion nouvelle disait « la stratégie Bello-Annette est suicidaire », cela s’est vérifié.

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Maurice Gironcel


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