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- Le PCR mène le combat pour le maintien du RSTA et de la prime COSPAR
- Ce que le peuple a obtenu par la lutte, le gouvernement va-t-il le reprendre avec la complicité des 7 députés de La Réunion ?

Dans 48 heures, la conclusion de la conférence économique et sociale à Paris : le peuple sera fixé sur le devenir des 150 euros arrachés par la lutte

Manuel Marchal / 8 décembre 2012

Ce que le peuple a obtenu dans la rue d’un gouvernement de droite sera-t-il remis en cause par l’inaction d’élus soutenant un gouvernement de gauche ? Pour le Parti communiste réunionnais, les 150 euros du RSTA et de la prime COSPAR doivent être maintenus tant que n’est pas mise en place à La Réunion une nouvelle politique des prix et des revenus en rupture avec l’impasse et les inégalités actuelles.

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En France, le gouvernement doit faire face à la montée d’un mouvement social lié à la bataille pour la survie des hauts-fourneaux de Florange. Plus de 600 travailleurs sont concernés, leur emploi est menacé et ce combat est devenu un révélateur de la capacité du gouvernement à soutenir les travailleurs menacés par le chômage.

À La Réunion, c’est une autre crise qui se prépare avec la remise en cause des 150 euros obtenus par la lutte en 2009.

Rappelons que ce mouvement social était parti d’une revendication demandant la baisse des prix des carburants à La Réunion en novembre 2008. Il s’est ensuite étendu à tout l’Outre-mer. En janvier 2009, les Guadeloupéens réussissent à élargir la plate-forme à des préoccupations qui touchent toutes les catégories de la population. C’est la création du LKP, et la grève générale, elle durera plus de 40 jours. L’élan part ensuite de la Martinique où se créé le Mouvement du 5 février, pour atteindre la Guyane et à La Réunion.

Le 5 février 2009, les représentants de 6 organisations se réunissent à La Possession. Dans le communiqué publié à l’issue de cette rencontre, ces organisations « expriment leur entière solidarité avec le peuple guadeloupéen en lutte pour obtenir une amélioration de ses conditions de vie » . Et de conclure en appelant « l’ensemble du mouvement social et politique Réunionnais à se réunir pour mettre en place une plate-forme revendicative et à construire l’unité des travailleurs et de la population Réunionnaise pour faire aboutir leurs revendications (pouvoir d’achat, vie chère, logement, emploi…) » .

La grande mobilisation

Une seconde réunion a lieu le 12 février 2009 au siège de la CGTR avec la participation du Parti communiste réunionnais. Rapidement, le noyau s’élargit, ce sont plus de 40 organisations qui créent le Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion (COSPAR). Le COSPAR présente une plateforme de 63 propositions avec comme mots d’ordre une augmentation de 200 euros des bas revenus pour tous, y compris les étudiants, un gel de loyers des logements sociaux, une baisse des tarifs bancaires, des prix de la grande distribution et des carburants. Deux grandes manifestations sont prévues à Saint-Denis et à Saint-Pierre le 5 mars, elles sont couronnées de succès. La dynamique se prolonge les 10 et 19 mars dans des défilés qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes.

Le préfet et les compagnies pétrolières cèdent rapidement sur les prix des carburants. Pour les prix et les salaires, il faudra encore de nombreuses mobilisations dans les grandes surfaces et les banques pour que les monopoles commencent à céder. Cela ne s’est pas fait sans mal car un dernier coup de force a alors été tenté pour déstabiliser le mouvement.

Le 23 mars 2009, après être passés par la préfecture, des transporteurs organisent le blocus de la Région. Les mêmes qui avaient assiégé la collectivité avec l’étonnante mansuétude du préfet pendant deux jours au mois de novembre 2008 revenaient en première ligne. Mais cette manœuvre n’allait pas briser le mouvement revendicatif. Une semaine après, les monopoles étaient de nouveau obligés de céder.

Les victoires de la lutte

Le 31 mars 2009, l’accord sur la baisse des prix est signé, il prévoit une baisse allant jusqu’à 20% et le gel de 253 produits de grande consommation.

Le 1er avril 2009, les accords sur la baisse des tarifs bancaires et le gel des montants des loyers des logements sociaux sont aussi signés.

Pour les salaires, le préfet refuse la proposition du COSPAR prévoyant une modulation de l’aide de l’État afin de garantir une pérennisation de la hausse de 150 euros au-delà de la fin du soutien public de 3 ans à l’accord salarial régional.

Les négociateurs n’ont même plus le droit de se réunir à la préfecture. Les discussions se déroulent à la Direction du travail, elles sont difficiles, mais elles aboutissent néanmoins le 25 mai 2009. L’accord est signé entre le COSPAR et le MEDEF. Il est étendu à toutes les entreprises par sa publication au Journal officiel le 7 août 2009.

Cet accord prévoit une prime allant jusqu’à 150 euros destinée à faire face à la cherté de la vie. Elle se décompose de la façon suivante :

- 100 euros versés par l’État au titre du RSTA pour les salaires allant jusqu’à 1,4 SMIC ;

- 50 euros versés par l’entreprise tandis que les cotisations sociales portant sur ces 50 euros sont prises en charge par l’État : c’est le bonus COSPAR.

La première alerte

La première alerte est venue l’an dernier, quand par voie de presse le nouveau président du MEDEF-Réunion annonça qu’il comptait remettre en cause la participation des entreprises aux 150 euros, c’était la menace sur le bonus COSPAR.

Paul Vergès déposa alors un amendement au Sénat. Il réussit à obtenir d’un gouvernement de droite le maintien de l’aide de l’État au bonus COSPAR. Le sénateur de La Réunion voulait sécuriser le dispositif en demandant le prolongement du soutien de l’État pour 3 années de plus, le gouvernement n’accorda qu’une année supplémentaire. Cela voulait dire que ce serait au gouvernement issu de la présidentielle et des législatives 2012 qu’il reviendrait de trancher la question de la pérennisation du dispositif.

En mai et juin derniers, les deux scrutins provoquèrent l’alternance en France. À La Réunion, les 7 députés se disent tous de la majorité présidentielle, ils sont donc des soutiens du gouvernement.

La menace vient du gouvernement

Le 9 novembre dernier, c’est la bombe qui éclate. Dans une interview parue dans "le Quotidien" le jour de son arrivée à La Réunion, Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, déclare : «  le financement par l’État des dispositifs de type COSPAR ou accord Bino, n’a jamais eu vocation à être pérennisé » .

En clair, cela signifie que l’État ne maintiendra pas son aide à la prime de vie chère pouvant aller jusqu’à 150 euros. Sans le soutien public, c’est la fin des 100 euros du RSTA, et des 50 euros de la prime COSPAR, car sans les exonérations de cotisation sociale, le patronat ne compte par reconduire sa participation.

Interpellé après de telles déclarations, le ministre refuse de dire que le gouvernement maintiendra le RSTA et l’aide au bonus COSPAR. Il parle d’une "sortie en sifflet" du dispositif.

Paul Vergès lance la contre-offensive. Au Sénat, il obtient de la Commission des Finances l’adoption d’un amendement demandant le prolongement de l’aide de l’État au bonus COSPAR. Mais en séance, le représentant du gouvernement fait part de son avis défavorable. L’amendement est rejeté, ce qui montre que les déclarations de Victorin Lurel dans le "Quotidien" du 9 novembre sont suivies d’actes concrets : le gouvernement s’oppose au maintien des 150 euros.

Autant dire que la question du maintien du RSTA et du bonus COSPAR est au centre des préoccupations. Dans deux jours, qu’adviendra-t-il de ce que le peuple a réussi à obtenir grâce à la lutte ?

Au cours des deux jours qui restent avant la conférence économique et sociale à Paris, les 7 députés vont-ils se battre pour que le gouvernement change de position et se prononce lundi pour le maintien des 150 euros ?

Si Paris refuse, auront-ils la fierté de se lever et de quitter la conférence en claquant la porte ?

Pour le PCR, il est hors de question de laisser faire un tel scandale. Depuis bientôt une semaine, des pétitions circulent pour le maintien du RSTA et de la prime COSPAR. Elles ont déjà recueilli des milliers de signatures et les prochaines 48 heures seront le moment d’intenses mobilisations pour accentuer encore la pression.

En un mot : pour le maintien des 150 euros dans l’attente d’une remise à plat de la politique des prix et des revenus à La Réunion.

Manuel Marchal

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COSPAR : exemples de victoires grâce à la lutte

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9 mars : la victoire avec la baisse des prix du carburant et du gaz.

16 mars : le préfet concède le RSTA, l’État versera 100 euros par mois aux travailleurs.

7 août 2009 : l’extension à tous les travailleurs du RSTA et du bonus COSPAR.

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