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Le PCR pour une remise en cause générale des raisons de la vie chère

Après la communication du gouvernement

Manuel Marchal / 27 juillet 2012

Au lendemain de la présentation des orientations du gouvernement en matière de lutte contre la vie chère, et de la rencontre du Premier ministre et des parlementaires des Outre-mer, le Parti communiste réunionnais a donné sa position et rappelé ses propositions pour mettre fin à une situation d’injustice qui pénalise d’abord les plus pauvres.

Risham Badroudine, Yvan Dejean et Maurice Gironcel ont représenté le PCR lors d’une rencontre avec les journalistes.
Maurice Gironcel a tout d’abord expliqué le contexte de la communication faite hier par Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, pendant le Conseil des ministres. La vie chère est un problème qui concerne tous les Réunionnais, depuis très longtemps. La cherté des prix s’est aggravée récemment, et à ce jour personne n’a réussi à régler cette question.
« Le gouvernement qui a pris ses fonctions y a à peine deux mois, a décidé de faire de ce problème une des priorités », indique Maurice Gironcel. Ce thème était d’ailleurs porté par Victorin Lurel lors de sa visite à La Réunion, et c’est la lutte contre la vie chère qui a été l’objet de la première communication du ministre des Outre-mer au Conseil des ministres. Le gouvernement annonce un projet de loi pour le 19 septembre prochain.
« Le PCR prend acte de cette volonté du gouvernement. Nous allons être très attentifs aux décisions qui seront prises et notamment le contenu du projet », ajoute Maurice Gironcel, « dans ce qui est annoncé nous voulons faire un certain nombre de remarques dont la prise en compte conditionnera ou pas la réussite de la démarche ».

L’essentiel vient d’Europe

Une des principales volontés du gouvernement est de réguler les marchés pour améliorer le fonctionnement de la concurrence. La première remarque de fond c’est qu’il n’y a pas de remise en cause de l’importation de nos produits les plus coûteux. Or c’est un problème essentiel puisque la majorité des marchandises importées vient des pays européens réputés pour avoir les coûts de production les plus élèves. S’ajoutent le prix du transport (carburant et empreinte carbone), et la fiscalité nationale et locale. L’éloignement des sources d’approvisionnement et notre insularité favorisent la construction de monopoles.
« L’objectif du gouvernement est de mettre en cause ce monopole, c’est une bonne intention, mais le mécanisme même nous rend sceptique », indique Maurice Gironcel. Le PCR estime que « pour régler le problème des prix il faut remettre en cause le système et le cadre de fonctionnement de notre économie. C’est par exemple le problème de la diversification des sources d’approvisionnement ». Cette diversification est d’ailleurs proposée par le rapport d’une mission sénatoriale qui vient d’être publié.

Situation d’injustice

Les prix sont une composante du pouvoir d’achat, l’autre ce sont les revenus. Or, une grande partie des revenus dépendent de l’État et sont fixés directement par l’État. « C’est le cas dans le service public avec le niveau de rémunération des fonctionnaires qui conditionne et aligne dans tous les autres services », précise le dirigeant communiste, « il en est de même pour ce qui relève des minimas sociaux, qui sont fixés directement par l’État. Enfin dans le secteur privé, les salaires sont essentiellement basés sur le SMIC défini par l’État ».
À La Réunion, la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et elle doit faire face à des prix 50% plus élevés qu’en France. À La Réunion, les plus pauvres sont doublement pénalisés, des revenus plus faibles et des prix plus élevés.
« C’est une situation d’inégalité et de grande injustice, décidée directement par l’État, cautionnée par les gouvernements successifs depuis un demi siècle », rappelle Maurice Gironcel, « le nouveau gouvernement a fait de la justice la priorité de son quinquennat. Il faudra donc que le gouvernement fasse des propositions pour s’attaquer à ce problème ».
Pour sa part, le PCR estime qu’il est nécessaire de tout remettre à plat sur la formation des prix, et de lancer un grand débat sur l’autre composante du pouvoir d’achat : les revenus. Autrement dit, le PCR souhaite aller plus loin que des correctifs et demande au gouvernement de poser le problème de fond.

Manuel Marchal

Propositions du PCR

Après la communication du ministre des Outre-mer et dans la perspective également des prochains rendez-vous, notamment celui du 31 juillet avec la ministre de la Fonction publique, le PCR a annoncé hier quatre propositions :

- étudier la diversification des sources et mécanismes d’approvisionnement.

- étudier la possibilité d’avoir une compagnie maritime régionale de transport.

- afficher chaque semaine la comparaison des prix pratiqués en France et à La Réunion sur un chariot type.

- ouvrir un grand débat sur le problème des revenus et les conditions de l’autosuffisance alimentaire.

Intolérables inégalités

Risham Badroudine a expliqué que la question de la vie chère se pose dans un pays touché par de très grandes inégalités, avec des revenus plus faibles.

Il rappelle que l’Autorité de la concurrence a conclu à une différence de 55%, au détriment de La Réunion. Et les prix augmentent plus vite ici : 49% de hausse en 20 ans contre 39% en France sur la même période.

Du fait de la structure de leur consommation, ce sont les pauvres qui sont les plus touchés par cette inflation. Elle a été pour eux de 2,8% l’an dernier, 0,3 point au-dessus de la moyenne réunionnaise.

Cette inflation majorée est subie par la majorité de notre population. Un Réunionnais sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté, et les 10% les plus pauvres ont un revenu inférieur à 480 euros. En France, les 10% les plus pauvres se situent en dessous de 830 euros par mois.

C’est dans ce contexte de pauvreté aggravée que s’abat la vie chère. Et ceux qui arrivent à mettre un peu d’argent de côté ne peuvent pas compter sur leur épargne pour gagner un peu de pouvoir d’achat. L’an dernier, le taux d’intérêt du Livret A était de 2,25%, bien en dessous de l’inflation.

Plusieurs rendez-vous importants à Paris

La communication du ministre des Outre-mer sur la lutte contre la vie chère de ce 25 juillet était le point de départ d’une série de rendez-vous qui fixeront le cap de la politique du gouvernement pour les 5 années à venir. Le premier aura lieu le 31 juillet. Victorin Lurel doit rencontrer Maylise Lebranchu, ministre de la Fonction publique et de la Décentralisation. Il est clair que ce jour-là il sera question de la fonction publique outre-mer, et donc à La Réunion.

Le 15 septembre, le gouvernement organisera une conférence sur le thème de l’environnement. Ce sera un moment important car l’environnement est un des leviers de notre développement.

Le 19 septembre, un projet de loi sur des mesures destinées à lutter contre la vie chère sera présenté en Conseil des ministres.

Les 4 et 5 octobre se tiendront les États généraux de la décentralisation, avec à la clé des précisions sur l’Acte 3 voulu par le président de la République.

Toujours au mois d’octobre aura lieu la conférence économique sur les Outre-mer, à laquelle sera ajouté un volet social comme l’a demandé le PCR.

D’ici trois mois, la traduction de la volonté politique sera connue beaucoup plus précisément.



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Messages






  • Le débat sur le coût des marchandises doit déclencher une prise de conscience populaire et un moyen de pression sur les élus à instaurer d’autres mécanismes d’approvisionnement.
    Tant que l’importation représentera 94% de notre consommation, nous serons toujours à la merci des quelques groupes qui s’enrichissent effrontément. Ceux-ci favorisent leurs marchés en écrasant la production locale contre notre production et exportation représentant seulement 6%.
    Donc, inciter à produire localement en diversifiant notre agriculture. Tous les produits de notre alimentation doivent être récoltés sur nos terres agricoles, (autosuffisance alimentaire).
    Cette perspective ne pourra pas s’excuter sans remise en cause de l’occupation des sols. Le tout pour la canne est une entrave à la diversification des plantations. Comment continuer à cultiver un produit dont les professionnels tirent leurs gains uniquement sur les aides de l’état et de l’Europe à commencer par les usiniers et les grands propriétaires terriens, ( parfois les deux à la fois), privilégiés dans la répartition de ces aides ?
    Comment exploiter des dispositions européennes à cultiver des produits sans quotat ? A écouler nos récoltes à l’Europe mais aussi dans notre zone, en Asie, en Afrique et en Amérique ?
    Faut-il laisser les Japonnais exploiter notre café Bourbon Pointu ?
    Relancer toutes les cultures suceptibles de demandes sur les marchés mondiaux, sans quotat.
    Des solutions européennes pour les RUP existent. Les importateurs y sont opposés. Les élus sont à leurs bottes car ils sont la source de leurs financements politiques, de leur train de vie confortable et permet d’obtenir un octroi de mer à hauteur de 300 millions €, dont 80% empochés par les 24 communes. (+ d’importation= + d’octroi de mer). L’octroi de mer n’existe pas dans les autres DOM et TOM, pourtant la vie est chere, voire plus qu’à La Réunion pour certains.
    La formation des prix se base aussi, bien evidemment, sur les revenus des privilégiés du système. Elle a pour effet d’endetter et d’appauvrir les plus démunis.
    S’agissant de la disparité des salaires, c’est très bien que le PCR le remette au goût du jour. Pour avancer, il faudra étaler toutes les disparités de majorations existantes dans les différentes administrations, (des DOM et TOM ?), des primes et index, des catégories A, B et C., y compris les retraites.
    Les revenus des cadres des organismes de l’état et du privé. ( est-il nécessaire d’octroyer des salaires à hauteur de 55 000 € par MOIS ?).
    Il faut prendre des mesures. Mais pas, comme dans le passé, désigner les catégories B et C, sous prétexte que le montant global des salaires serait plus important que l’ensemble de la catégorie A.
    Ceci dit, bravo d’exposer cette situation.

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