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Le PCR propose une Mission d’expertise à La Réunion

Lettre au Premier ministre, François Fillon

Témoignages.re / 30 juillet 2010

Hier en conférence de presse, Maurice Gironcel a exposé le point de vue du Parti communiste réunionnais sur le projet de réforme des retraites que compte imposer le gouvernement. C’est cette argumentation qui sert de trame au courrier adressé le 19 juillet par le PCR à François Fillon, Premier ministre. Voici le contenu de ce document :

La réforme des retraites conçue pour la France s’inscrit à La Réunion, dans un contexte aggravant les problèmes posés nationalement : inégalités entre secteur public et secteur privé, faible niveau d’annuités cotisées par la majorité des retraités avec un grand nombre de personnes relevant du minimum vieillesse du fait de l’ampleur du chômage de longue durée, inégalités importantes en terme d’espérance de vie, etc.
Or, les orientations envisagées pour cette réforme (combinaison entre allongement de la durée des cotisations mettant en cause l’âge légal de départ à la retraite, diminution des montants des prestations, élargissement de l’assiette des cotisations, etc.) vont aggraver, d’une part, le décalage entre la situation prévalant en Métropole et celle de La Réunion, et d’autre part, les inégalités à La Réunion même.

Repères

1] Les données démographiques
Parallèlement à la progression démographique — La Réunion comptera 1 million d’habitants d’ici 20 ans —, la structure démographique de La Réunion est en pleine évolution :
• le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans va doubler d’ici 2030 : actuellement, les plus de 60 ans sont 11,5% ; en 2030, ils seront environ 22% de la population totale. Le poids des personnes âgées dans la société réunionnaise va donc augmenter ce qui représente un défi considérable à relever,
• 35% de la population active sont actuellement au chômage, dont 53% de jeunes. Et, compte tenu des études, de plus en plus de ces jeunes Réunionnais entrent dans la vie active de plus en plus tard, ainsi, avec l’allongement de la durée de cotisations, la perspective d’une retraite normale, même à 62 ans, deviendra purement virtuelle pour la majorité de la population et de la jeunesse réunionnaise,
• dans de nombreux secteurs d’activité le nombre des personnes en âge de partir à la retraite au cours des prochaines années revêtira un caractère massif (40% chez les agriculteurs, 43% dans la fonction publique territoriale).

2] Situation réunionnaise complètement atypique

Le montant total des pensions versées représente environ 1,1 milliard d’euros et recouvre de grandes disparités :
• 597 millions d’euros pour 27.000 retraités de la fonction publique et 439 millions pour 63.448 personnes,
• 439 millions d’euros pour 63.448 personnes du secteur privé relevant du régime général dont seulement à taux plein, et un tiers au minimum vieillesse,
• 27.000 retraités de la fonction publique perçoivent en moyenne 1.845 euros ; les quelques 63.500 retraités du privé perçoivent en moyenne 580 euros,
• régime particulier pour les agriculteurs dont la majorité des retraités perçoivent un niveau de retraite les situant en dessous du seuil de pauvreté national.

Ainsi, les plus pauvres sont davantage pénalisés. Le gouvernement exprime la volonté de faire une réforme pour 2020 : va-t-on aggraver l’apartheid social ou ne faut-il pas imaginer plutôt une véritable réforme corrigeant les inégalités ? Le développement durable doit exclure des inégalités durables.

3] Les disparités entre secteur public et secteur privé elles se situent à 2 niveaux
a - Durée de cotisation dans le secteur public à La Réunion, 30 années d’annuités comptent pour 40 années ; ainsi, l’allongement de la durée de cotisations envisagé nationalement n’aura pas d’incidence négative majeure pour les retraités du secteur public à La Réunion ; en revanche, les 3/4 des retraités du “privé” ne bénéficient pas du taux plein ; l’allongement de la durée de cotisation exigée, conjugué à la persistance du chômage de longue durée et de la précarité à La Réunion, va aggraver cette situation et le nombre de personnes au minimum vieillesse va considérablement augmenter.
b - Montant des pensions : celles de la fonction publique étant majorées.

Perspectives : risques accrus d’un appauvrissement de La Réunion et des Réunionnais du fait de la combinaison de plusieurs facteurs :

• menace sur le régime de retraites des agents de la fonction publique : les éléments en vigueur actuellement — majoration du montant des pensions de 35 % de la fonction publique d’État et la bonification de la durée des cotisations (3 années comptent pour 4 annuités) — vont a priori, à l’encontre des orientations de la réforme ; le régime des retraites du secteur public outre-mer est désormais menacé d’être remis en cause. Ainsi, a été engagée une réforme de ce régime spécifique de l’ITR (indemnité temporaire de retraite) sans que les données financières (économies réalisées) n’aient été communiquées. À ces remises en cause, s’ajoute l’impact du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite,
• de moins en moins de personnes du privé auront la chance de percevoir une pension pleine du fait de l’exigence d’une durée de cotisation plus longue ; ce problème est aggravé à La Réunion par la persistance de l’ampleur du chômage de longue durée et le développement de la précarité,
• enfin, l’orientation nationale visant à reculer l’âge du départ à la retraite en se fondant sur l’augmentation de l’espérance de vie va accroître la situation d’inégalité entre les retraités de Métropole et ceux de La Réunion, car l’espérance de vie à La Réunion est inférieure à celle de la Métropole, tant pour les hommes que pour les femmes : il faut prendre en compte cette situation de La Réunion, sinon on aggrave l’injustice.

Autres problèmes particuliers :
• à La Réunion, ceux qui perçoivent le minimum vieillesse perçoivent leur pension le 15 du mois ; il faut répondre à leur demande légitime d’être payés le 1er du mois ; c’est possible, rien ne s’y oppose, c’est une question de respect de leurs droits et de justice élémentaire,
• autre exemple d’injustice : les modifications apportées au fonds national de solidarité.

En définitive, la réforme des retraites telle qu’elle est envisagée appauvrira La Réunion et les Réunionnais du fait :
• d’une part, d’une augmentation du nombre de Réunionnais n’ayant aucune chance d’avoir un jour une retraite à taux plein, compte tenu de l’ampleur du chômage de longue durée et de la précarité, et d’autre part, du fait de l’évolution démographique. Nous allons donc vers une augmentation considérable du nombre de Réunionnais percevant un minimum vieillesse inférieur au seuil de pauvreté national, et qui sont déjà 52%,
• d’autre part, de risques de mises en cause des retraites du secteur public.

Cette réforme, telle qu’elle est actuellement envisagée, aura des conséquences aggravées pour La Réunion, dans un contexte de chômage massif, de précarité de l’emploi, d’extension de la pauvreté, de coût de la vie élevé, d’insuffisance de logements sociaux notamment et de la fragilité des politiques d’accompagnement des personnes vulnérables.

Nous demandons donc au gouvernement ainsi qu’aux parlementaires de prendre en compte la situation particulière de La Réunion pour éviter que la réforme n’aggrave plus encore les inégalités existant entre la Métropole et La Réunion et entre les Réunionnais eux-mêmes. Dans cet esprit, la réforme des retraites doit être replacée, encore plus à La Réunion, dans le cadre plus large de la lutte contre le chômage et d’une politique globale pour le 3ème âge en prenant en compte des problématiques devant être anticipées dès maintenant : amélioration des conditions sanitaires, accompagnement social (services à la personne), adaptation de l’hébergement et de l’habitat, action vigoureuse de baisse du coût de la vie, etc.

Afin que la situation particulière de La Réunion puisse être prise en compte dans sa globalité, nous demandons donc au gouvernement et à la représentation nationale de répondre à notre demande d’envoi d’une Mission d’expertise à La Réunion.



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Messages






  • Le fossé qui existe entre les retraites du privé et celles du public est absolument injuste , mais ce raisonnement porte également ( même si c’est dans une proportion moins criante que sur les retraites ) sur les salaires !
    Si les prix sont 15 , 20 ou 25% plus élevés à La Réunion qu’en Métroplole , les seuls à être protégés de ce phénomène sont les fonctionnaires avec la sur-rémunération !
    Et pourtant , quand on fait ses courses , on passe tous à la même caisse.....
    Quand se décidera-t-on à remettre ce système à plat pour que tous les habitants de
    La Réunion soient enfin traités de manière équitable face à la vie chère , avec un système où l’écart de prix Métropole-Réunion serait calculé de manière sérieuse et indépendante et que tous , Privé ou Public , actifs ou retraités , chômeurs etc..en reçoivent une égale compensation ?

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