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Le poids de la sur-rémunération dans l’économie

L’importance de dire la vérité

Céline Tabou / 20 septembre 2013

À partir de la création des monopoles, Paul Vergès a expliqué pourquoi « il faut apprécier l’importance de cette sur-rémunération » à La Réunion, qui ne peut pas être supprimée « d’un coup » auquel cas « toute l’économie réunionnaise s’effondrera ».

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Pour financer de grands travaux créateurs d’emplois, un fonds d’investissement.

La loi du 19 mars 1946 a entraîné l’émergence de banques, d’assurances et autres services, « compte tenu de cet afflux financier par l’intégration entre 1947-1953/53, on a vu les responsables des services se mettre en grève pour demander l’indemnité de vie chère » .

C’est ainsi que « les conventions collectives agrées par Paris » ont été faites, pour les services publics, tels que radio, télévision, santé, hôpital, leur permettant d’obtenir une sur-rémunération. A contrario, les autres revenus du secteur privé et de la fonction publique territoriale ont été basés sur ceux de la France, créant ainsi des inégalités considérables à La Réunion.

La loi de 1946 a conduit à une crise structurelle

Suite à cette loi, « des secteurs à valeur ajoutés se sont effondrés » , notamment l’agriculture et l’industrie traditionnelle. « On créé en 1947 la sur-rémunération, et quand on s’est battu pour l’égalité sociale, il a fallu attendre 50 ans et le second mandat de François Mitterrand, puis son application avec Jacques Chirac. C’est ça le fond du problème » à La Réunion. Car cette loi a conduit à une crise structurelle d’une « extrême gravité sur le plan social, mais aussi économique ».

Auparavant, la balance commerciale (importation/exportation) était équilibrée, désormais, les importations ont été multipliées par dix, pour atteindre 4,3 milliards d’euros. « On est le seul pays au monde à importer des produits de consommation à 10.000 km et l’on prend dans des pays producteurs où le coût est le plus élevé » a dénoncé Paul Vergès. Pour ce dernier, « le panier de la ménagère est une sottise » , car le prix des denrées reste élevé en raison de la fiscalité, du fret, « c’est à la base du coût de la vie ».

« Pour y répondre socialement, il y a ceux qui sont sur-indexés et ceux qui ne le sont pas. Avec la hausse démographique, on va vers le pire. Pourquoi les élus ne disent pas la vérité aux gens » , a indiqué le sénateur.

Pour Paul Vergès, « face à la gravité de la situation, « que faire ? », je suis le seul a posé le problème publiquement, j’ai des réticences même dans ce qu’on appelle la gauche qui a une responsabilité historique, dont elle ne mesure pas » . « Il faut en finir avec cette situation, surtout quand j’entends le message pour supprimer la sur-rémunération que l’on me porte, alors que c’est le contraire de ma position » , a-t-il indiqué. Ce dernier a rappelé sa proposition de conserver la sur-rémunération pour l’épargner et l’intégrer à un Fonds d’investissement qui permettra le développement de l’île, a-t-il expliqué.

La «  conspiration du silence  » des élus

Le sénateur a dénoncé « l’ignorance » de ceux qui l’accusent de vouloir supprimer la sur-rémunération. Ce dernier a réitéré sa proposition, datant de 1992, pour « une épargne » . « Je renvoie chacun vers ses responsabilités » , car il faut tenir compte « de la réalité. On épargne pour empêcher les conséquences du système économique qui amènent sur le marché tous ces monopoles » . Enfin, Paul Vergès a affirmé que « ceux qui disent que je suis contre la sur-rémunération sont des menteurs ».

« On est arrivé à un moment où il faut sortir de toutes les astuces (contrats aidés, d’avenir, de génération, défiscalisation... NDLR) pour faire durer le problème fondamental. Aujourd’hui, on est à la fin » d’un modèle de développement . « Tout ce que nous avons dit par le passé, ce sont des signes précurseurs pour que le gouvernement se sorte lui-même du problème qu’il a créé depuis 67 ans » . Paul Vergès a réaffirmé qu’il est temps « que chacun prenne ses responsabilités » face à ce tournant, « sans laisser pour autant ceux qui ont les acquis » . Paul Vergès appelle à l’unité de la fonction publique et pointe du doigt « tous ceux qui se taisent, notamment les députés/maires » , car « toutes les conditions sont réunies pour que le gouvernement tranche ».

D’après le sénateur, ce dernier pourra prendre sa décision après les municipales de 2014, car « le grand changement se fera après les législatives de 2017. Donc, avant les législatives et après les municipales, on va vers le grand changement » . « Ceux qui se taisent et ne défendent pas notre solution d’épargne verront ce qui arrivera » , a prévenu Paul Vergès. Préconisant un changement lent, avec un transfert progressif de la sur-rémunération vers le fonds d’investissement, il a précisé que le basculement de la sur-rémunération vers l’épargne pourrait se faire pour les nouveaux arrivants, laissant le supplément à ceux dépendants de l’ancien système.

Supprimer la sur-rémunération serait un grave danger

« Le plus grave danger pour La Réunion serait une suppression nette » pour l’économie réunionnaise, « ce serait une catastrophe » . Pour ce dernier , « le débat est réunionnais et l’économie réunionnaise est menacée » car la réforme des retraites aura des conséquences sociales dramatiques et la suppression de la sur-rémunération peut aujourd’hui être traitée avant toute catastrophe, a expliqué le sénateur. « On ne peut plus continuer comme avant, il faut changer de modèle » , a réaffirmé Paul Vergès.

Face aux débats actuels, il a ajouté qu’il y a, « soit il y a une volonté délibérée » de mener La Réunion droit dans le mur, « soit un analphabétisme politique » au sein de la classe politique réunionnaise, car « on ne pose pas les problèmes dans un contexte global » , alors que « nous sommes dans une situation extrêmement grave ».

Pour conclure, Paul Vergès a rappelé : « On est devant la mise en responsabilité des responsables politiques, associatifs, économiques et syndicaux, face au grand tournant qui va avoir lieu à La Réunion. Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui ils se taisent tous ? Pourquoi cette diversion, alors que c’est le grand rendez-vous qu’on a ».

Céline Tabou


Kanalreunion.com