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Le président de la Région Réunion appelle à des décisions responsables et concertées

À un mois du Conseil interministériel sur l’Outre-mer

Geoffroy Géraud-Legros / 24 septembre 2009

À l’heure ou s’impose le constat d’un ébranlement de l’ensemble du système, la crise ajoute à la crise : le président de la Région a évoqué, au cours d’une conférence de presse, l’enjeu décisif du trimestre à venir. L’essentiel est de rassembler les Réunionnais autour d’un projet de sortie de crise.

1956 : c’est le souvenir de cette année-charnière qu’a évoqué Paul Vergès pour faire apparaître le contexte de crise, qui contraint les organisations politiques à un élargissement du front des luttes… En 1956, le système socio-économique atteignait un pic de crise avec la lutte pour sauver l’usine sucrière de Quartier-Français. À l’issue victorieuse de cette bataille, acquise grâce à une stratégie d’union, les planteurs obtenaient les droits qu’ils revendiquaient depuis des décennies.
Un peu plus d’un demi-siècle plus tard, c’est le même système qui vit ses derniers moments. À la crise structurelle présente depuis 1946 se superposent les effets de l’effondrement de la finance et de l’économie mondiale et la menace que font peser sur l’avenir les transformations climatiques.
Dans pareil contexte, a affirmé Paul Vergès, il n’y a pas de demi-mesure entre le choix de la résignation et celui de relever les défis : ce n’est que par la mobilisation des Réunionnais dans leur plus grand nombre que des solutions pourront être apportées à cet ensemble de problèmes.

La crise atteint son maximum et appelle à un règlement d’urgence

Chaque jour, les annonces de difficultés nouvelles renseignent sur l’intensité croissante de la crise, qui n’épargne aucun secteur.
La situation est particulièrement grave dans le secteur du BTP, ou plus de 8.000 emplois seront vraiment détruits à la fin de l’année… ravalant notre pays à l’état dans lequel il se trouvait 10 ans auparavant. Les crises, a noté Paul Vergès, « s’accumulent » : ainsi, la baisse des recettes fiscales provoquée par le ralentissement de l’activité économique a pour conséquence une régression de la demande publique, qui rejaillit elle-même sur l’emploi…
Ces chocs se greffent à une crise structurelle de l’économie et de la société réunionnaise. Celles-ci demeurent tributaires des choix du passé, comme dans le domaine de la canne. Les Réunionnais subissent aussi la pression engendrée par les bénéfices outranciers de certains opérateurs, aux dépens du consommateur. Les injustices qui en découlent sont criantes dans le cas des hydrocarbures.
Au plan global, les avis convergent pour souligner tant le caractère durable de la crise que le faible laps de temps dont disposent les pouvoirs pour enrayer le désastre à l’échelle globale. Alors que Barak Obama craint une « aggravation de la crise sociale », le président de la République française affirme que le sommet de Copenhague qui se tiendra en décembre constitue la « dernière chance » de faire face au réchauffement climatique.
À l’échelle réunionnaise, le trimestre à venir constituera selon le président de la Région une période déterminante pour l’avenir des Réunionnais avec, dès la fin du mois d’octobre, les décisions du Comité interministériel relatives aux transformations à apporter, sur la base du document élaboré par les États-généraux.

L’union autour d’un projet

Un réflexe bien réglé consiste à imputer aux Réunionnais la responsabilité des retards et des distorsions dont souffre leur société. Combien a-t-il été dit que la population réunionnaise n’avait pour seul horizon que le recours à l’assistance ! Ce lieu commun ne doit néanmoins pas faire oublier la responsabilité fondamentale de l’État dans la construction d’un système qui, pendant un demi-siècle, a substitué aux activités de production de l’économie coloniale une économie de services, marquée par la hausse des revenus nominaux – les surrémunérations, issues de la généralisation du supplément colonial.
À ces graves déficits économiques et sociaux, les Réunionnais tentent d’apporter une solution. Celle-ci ne pourra en aucun cas prendre la forme d’une irruption brutale dans un système déjà fragilisé à l’extrême : il serait par exemple suicidaire de supprimer brutalement les surrémunérations, alors que des réponses graduelles et harmonieuses peuvent être trouvées… collectivement, car ce n’est qu’à travers l’union la plus large que pourra être inventée une voie de sortie à la crise.
Cette dynamique existe aujourd’hui elle a été concrétisée par l’élaboration commune et l’adoption unanime par la Région et le Conseil général du document des États-généraux de l’Outre-mer ; elle se poursuit à l’échelle des conseils municipaux, dont plusieurs ont déjà adopté le document.
C’est ainsi un texte unitaire, représentant l’ensemble des élus de La Réunion qui va être placé entre les mains des plus hautes autorités de la République. Pour qu’il vive, il est plus que jamais nécessaire, selon la formule du Président de la Région, « d’ouvrir les yeux des Réunionnais ».

Geoffroy Géraud


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