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Le prix d’une décision

Le contrôle de la filière canne échappe aux Réunionnais

Manuel Marchal / 7 juin 2010

Le rachat des dernières usines sucrières par une coopérative de planteurs de betteraves est une conséquence logique des "accords scélérats" imposés en 1969 par Jean-Paul Virapoullé et les usiniers. Toute décision a un prix, et la suppression du tram-train par Didier Robert n’échappera pas à ce constat.

Jusqu’en 1969, les relations entre les planteurs de canne et les usiniers étaient réglées de cette façon : les deux tiers des bénéfices tirés de la vente des produits de la canne étaient pour le planteur, quant à l’usinier il obtenait le tiers. À l’époque, les usiniers étaient des planteurs qui prenaient donc le risque de cultiver la canne. Mais en 1969, Jean-Paul Virapoullé allait décider de signer des accords qui allaient changer cette répartition. Leur impact était tel qu’ils ont été rapidement surnommés les "accords scélérats".
Le planteur n’avait plus droit aux deux tiers des bénéfices tirés de la canne. Il devenait un fournisseur de matière première vendant sa production à un prix défini à l’avance. Cela allait entraîner une chute de revenu et obliger le planteur à se tourner vers les pouvoirs publics pour obtenir une compensation financière. Versée sous forme de subvention, cette aide sociale compense un prix trop faible payé par l’usinier.

Un résultat logique

Mais les "accords scélérats" ont rendu possible un autre phénomène qui vient d’atteindre son étape finale : le désengagement des usiniers de La Réunion. Les accords de 1969 ont permis à l’usinier de concentrer ses efforts dans la valorisation d’un maximum de produits de la canne. Il n’avait donc plus intérêt à la planter. Il allait donc commencer par vendre toutes ses terres à cannes pour financer cette reconversion. Depuis lors, seul le planteur prend le risque de cultiver la canne. Pour sa part, l’usinier allait se développer dans d’autres secteurs qui n’ont rien à voir avec la canne : grande distribution, immobilier, services financiers… Cette diversification atteint aujourd’hui son étape finale : l’usinier réunionnais n’a plus besoin d’usines sucrières à La Réunion pour faire des profits. Il décide donc de tout vendre à un groupe extérieur à La Réunion le capital industriel et même la matière grise, car la recherche-développement est dans le lot.
41 ans après la décision de Jean-Paul Virapoullé, voilà le résultat : les usiniers réunionnais ont disparu, et l’avenir de la filière canne est entre les mains de Tereos Internacional, une société cotée à la Bourse de Saõ Paulo et basée au Brésil. Cet événement en éclaire un autre tout aussi récent.

Après la filière canne, le tour du BTP

41 ans après les "accords scélérats", c’est Didier Robert qui décide d’annoncer la suppression du tram-train. C’est une décision qui a un impact comparable. Car avant les accords de 1969, la filière canne était le premier employeur de La Réunion. C’était un secteur qui aurait pu être un levier du développement grâce à une juste répartition des revenus tirés par les richesses considérables que peut apporter cette plante. Les "accords scélérats" ont donné un coup d’arrêt à ce développement : plus de 20.000 planteurs ont dû cesser leur activité, des milliers de salariés ont perdu leur emploi et ce qui reste de l’industrie voit son centre de décision passer au Brésil.
La décision de supprimer le tram-train met aussi un coup d’arrêt à un autre secteur de l’économie réunionnaise : le BTP. Ce qui était un outil en pleine croissance qui pouvait servir de levier au développement de La Réunion voit aujourd’hui son avenir compromis. 41 ans après Jean-Paul Virapoullé, Didier Robert tente de casser l’économie de La Réunion. Combien de milliers de travailleurs vont-ils payer le prix de cette décision ?

Manuel Marchal


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