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Le procès de l’affaire de Terre-Rouge relance la proposition des deux grands services

La présidente du Conseil départemental, un député de La Réunion et un maire condamnés dans une affaire de discrimination à l’embauche

Manuel Marchal / 3 juin 2016

Depuis plusieurs années, le PCR propose la mutualisation des emplois de l’environnement et de l’aide à la personne dans deux grands services d’intérêt public, gérés par une instance paritaire composée des représentants des chômeurs, des syndicats, des collectivités et de l’État. Le Foyer de Terre-Rouge entre dans le champ de ces secteurs d’activité. Cette proposition a le mérite de permettre la transparence dans les recrutements et de les rendre indépendants des échéances électorales.

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Près de 30% des Réunionnais sont au chômage. Tout doit être mis en oeuvre pour la transparence dans les conditions de recrutement.

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre a rendu hier son verdict dans l’affaire du foyer de Terre-Rouge. Après les élections cantonales de 2008, 15 personnes avait perdu leur emploi. Elles avaient été remplacées par des personnes qui n’avaient pas toutes les compétences nécessaires pour exercer dans un établissement destiné aux enfants en difficulté.

Trois élus condamnés

Les juges ont suivi les réquisitions du procureur lors du procès des 10 et 11 mars derniers. Trois élus ont été condamnés.

Pour discrimination à l’embauche, Nassimah Dindar, présidente du Conseil départemental, écope de 3 ans d’inéligibilité, 6 mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende. Pour complicité, Jean-Jacques Vlody, député de La Réunion et vice-président du Département au moment des faits est condamné à 18 mois d’inéligibilité, 6 mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende.

Pour Bachil Valy, actuellement conseiller régional et maire de l’Entre-Deux, vice-président du Département au moment des faits, les juges ont décidé de sanctionner une complicité de discrimination à l’embauche par une peine de 1 an d’inéligibilité, 4 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende.

Michel Soucramanien, ancien membre du cabinet du Conseil général, a été condamné à 6 mois de prison ferme. Yvon Bello, ancien élu mis en examen, a été relaxé.

Il est fort probable que les trois élus feront appel de ces condamnations, ce qui suspendra le jugement et leur permettra de garder leurs mandats jusqu’au procès en appel.

Pour la transparence

Ce verdict est tombé comme un coup de tonnerre. Il sanctionne des pratiques qui ont lieu dans un pays où le chômage fait des ravages. Il touche des élus de premier plan, notamment la présidente de la collectivité qui gère le budget le plus important de La Réunion, et un parlementaire.

Depuis plusieurs années, le PCR propose un autre moyen de gérer les emplois dans les services d’intérêt public. Il considère que dans les services à la personne, secteur dont relève le Foyer de Terre-Rouge, et dans l’environnement, il existe un gisement d’emplois durables.

Le PCR préconise la mutualisation de tous ces emplois dans deux grands services correspondant à ces secteurs d’activité. Le recrutement des travailleurs et leur gestion serait alors confiée à une instance paritaire regroupant toutes les personnes concernées : les représentants des chômeurs, les syndicats, les collectivités et l’État. Toutes les décisions seraient alors prises dans la transparence, et échapperaient à l’influence du calendrier électoral.

Cette idée a le mérite de décharger les élus d’un rôle d’employeur pour lequel ils ne sont pas destinés. Les élections ont en effet pour but de désigner des responsables politiques, pas des patrons. Cela mettra aussi fin aux promesses d’emploi faites par des candidats peu scrupuleux, et aux affaires comme celle du Foyer de Terre-Rouge où les perdants sont les travailleurs et les usagers d’un service d’intérêt public.

M.M.


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