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Le programme de l’Union :
projets déjà engagés et… refus du progrès

Témoignages.re / 18 décembre 2009

Crise économique internationale, crise alimentaire, impératif climatique, défi démographique… Les grandes questions contemporaines et leur impact sur la vie des Réunionnais sont absents du discours prononcé par Didier Robert lors de la fondation de l’Union, le 13 décembre dernier.
C’est donc dans une Réunion qu’il semble considérer comme isolée du monde que le député-maire du Tampon projette de déployer son action, dans l’hypothèse d’une victoire aux élections régionales.
Mais qu’en est-il au juste des propositions de “l’Union” ? “Témoignages” soulignait, hier, que les annonces faites par Didier Robert ignoraient purement et simplement les instruments du développement en plein essor au cours de ces dernières années ; au premier rang desquels figure le partenariat institutionnel entre l’Etat et la collectivité régionale.

Des projets déjà engagés

Si l’on fait abstraction des mystérieux « 3 milliards d’euros » annoncés sans plus de précisions, la liste des « projets » énumérés par Didier Robert se constitue surtout d’initiatives déjà engagées ou en cours d’achèvement.

Ainsi, l’une des priorités annoncée est la réalisation du pont de la Rivière Saint-Etienne, dont le fondateur de “l’Union”, dit vouloir assurer « la réalisation immédiate » en cas de victoire électorale. Incompétence ou démagogie ? Par cette déclaration Didier Robert, député de la 3ème circonscription, semble ignorer l’annonce par la Région Réunion du lancement des travaux du nouveau pont pour le début de l’année 2010… Ignore-t-il aussi qu’avec deux fois deux voies, ce pont ira au-delà de la demande de l’Etat, qui envisageait sa reconstruction à l’identique ?
Projet emblématique de “l’Union” d’aujourd’hui : le chantier de la Route du Littoral, opposé par une manœuvre démagogique à celui du Tram-train. Lors du Congrès qui vit la naissance de “l’Union”, Didier Robert a clamé sa volonté de « refaire d’abord de la route du Littoral une grande priorité régionale ». Selon le député-maire, il y a là une « question de bon sens, pour permettre de relier en toute sécurité et toute l’année Le Port, les principaux centres administratifs et l’aéroport (…) pour éviter l’engorgement systématique de l’entrée de Saint-Denis ». On ne peut qu’approuver cette démarche de “bon sens”… et remarquer que ce projet a toujours été au centre des préoccupations de la Région, qui a lancé dès 1999 une convention de recherche en vue de la réalisation du projet. Etant donné la complexité de la réalisation de cet ouvrage public sur viaduc et digues, une nouvelle série d’études a dû être commandée. On comprend mal comment l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe pourrait, comme par magie, accélérer ces recherches indispensables et faire débuter le chantier. Ainsi, Didier Robert ne fait que se payer de mots lorsqu’il s’engage avec fougue à « finaliser les études et engager les procédures ».

Briser l’élan de La Réunion

On pourrait multiplier les exemples qui font apparaître le vide des propositions de l’Union. Mais ce programme n’est pas bâti que sur du vent : il porte aussi le projet affirmé d’une destruction des initiatives en cours. Ainsi, le 13 décembre dernier, Didier Robert a clairement fait savoir sa volonté de briser l’élan du Tram-train. Exit donc, les années d’études, de recherches et de montages financiers mis en place dans le cadre d’un partenariat entre l’Etat, l’Europe et la Région, et le groupe économique Tram-tiss. Exit, les 3.000 emplois directs créés par l’ouverture de ce chantier. Exit, les 520 millions d’euros qui devaient bénéficier aux entreprises réunionnaises.L’alternative proposée par “l’Union” ? Comme dans le cas des « propositions », il semble qu’elle puisse se résumer par la formule : « faire du neuf avec du vieux ». Ainsi, en lieu et place du Tram-train, Didier Robert propose à une population accablée par les embouteillages de… multiplier les bus.
Au-delà du progrès technologique et social, le projet de “l’Union” s’inscrit contre le développement de l’identité réunionnaise. Outre son refus de la MCUR, opposée là encore de manière démagogique au « soutien direct à toutes les associations culturelles de l’île », Didier Robert a réaffirmé le même jour son refus de l’usage du créole dans les institutions. Là encore, en évacuant la MCUR d’un simple geste, le porte-parole de l’Union affiche sa volonté de faire table rase d’un projet qui a déjà fait l’objet d’investissements considérables, de nombreuses recherches, et qui intervient déjà dans la vie de notre pays. De plus, la fin de non-recevoir opposée au créole intervient précisément au cours d’une période marquée par d’importants progrès dans la reconnaissance de notre langue. Symbole de ces avancées, les premiers conseils municipaux en créole ont eu lieu au Port et à Saint-Leu… Face à ce refus revendiqué du rayonnement de La Réunion, que devient donc le but affiché par “l’Union”, de « vivre pleinement notre histoire (…), notre culture, notre identité métisse et mélangée » ?


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