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« Le projet est déjà disqualifié »

L’Alliance et le "trans-eco-express"

Geoffroy Géraud-Legros / 29 juillet 2010

Selon les termes mêmes des textes fondateurs, les Conseils régionaux ont la responsabilité de « l’avenir du pays ». Pour cette raison, il leur incombe d’aménager et de développer les territoires, en fonction des besoins et des évolutions des sociétés et de l’économie qu’ils abritent. Et c’est bien sur ce point fondamental, a rappelé Paul Vergès, que se situe la controverse du Tram-train. En mettant fin au projet, la Région tourne le dos à sa mission. Elle ne tient aucun compte du fait majeur qui commande l’avenir : l’augmentation de la population de La Réunion, qui atteindra le million d’habitants à l’horizon 2025.

Cette dynamique fait de la mandature 2010-2014 une période charnière, au cours de laquelle La Réunion s’enrichira de 50.000 habitants environ. La mobilité de cette population, a noté Paul Vergès, est inséparable du développement économique du pays. Dans le passé, l’industrie sucrière avait prospéré tout au long du train et grâce à la construction du Port. Le tracé des routes départementales, qui convergent vers les usines, est lui aussi marqué par ce passé agricole et industriel. Dans l’économie d’aujourd’hui, dominée par les services, la question des déplacements est tout aussi décisive. Tributaire de la destruction du train en 1964, elle est aujourd’hui prisonnière du tout-automobile.

L’emprise de la route

Que l’on pense donc que Saint-Denis, qui compte 140.000 habitants, reçoit chaque jour 130.000 habitants, soit presque l’équivalent de sa population ! Les projections, martèle Paul Vergès, sont implacables : au cap du million d’habitants, La Réunion sera complètement enserrée dans l’emprise routière. En 2009, notre pays comptait déjà 430.000 voitures. Un nombre qui sera inéluctablement porté à 800.000 à l’horizon 2030… et le moins que l’on puisse dire est que le rythme de construction des routes est loin de suivre.

Le chemin de fer, unique solution

Face à cette impasse annoncée, une seule solution : séparer durablement la question du déplacement de la question routière. C’est ce but que recherchait la reconstruction d’un chemin de fer à La Réunion. Objectif d’ailleurs poursuivi par les communes traversées par cette nouvelle installation, qui ont multiplié les demandes de gares, transformant le projet d’un train en "tram-train".

Longues négociations

Sur cette base, les négociations avec Paris ont été engagées. Elles furent longues et acharnées, se souvient Paul Vergès, qui fut l’interlocuteur de Dominique de Villepin dans ce dossier. Le résultat a été à la hauteur du travail effectué : avec 3 milliards d’euros, La Réunion obtenait le financement le plus élevé de l’Outremer.
La remise en cause de ce protocole, dit "de Matignon" prétend substituer 2.000 bus au tram-train. À l’examen, bien peu de sérieux ressort du dossier défendu par Didier Robert et Mme Couapel-Sauret, déléguée chargée des 2.000 bus, dont l’Alliance a pointé les défauts majeurs.

2.000 bus : un "trans-éco-express" sans queue ni tête

Celui qui saute aux yeux immédiatement est l’ignorance complète des règles juridiques : en effet, la loi attribue au Département la compétence en matière de transports. La Région ne peut s’y engager qu’en dernier ressort, si elle constate une carence évidente en la matière. Or, avec 5 millions de voyages par an, pour un coût global de 21 millions 300.000 euros, cette condition n’est évidemment pas remplie… d’autant plus que la contribution du Département dans cette somme allouée aux transports publics se monte à 14 millions d’euros, qui s’ajoutent aux 6 millions de recettes.
De plus, il a été établi lors de la commission permanente que l’équipe dirigeante de la Région mentait purement et simplement, en prétendant avoir consulté préalablement la collectivité de Saint-Denis ; mensonge dont a attesté la socialiste Monique Orphé. « Le projet est d’ores et déjà disqualifié », estime Paul Vergès, face à ce monceau d’incohérences.
On commence donc à voir venir M. Robert et Mme Couapel-Sauret : en dernière instance, leur projet va être supporté par les municipalités et le Conseil général. C’est à dire par les contribuables réunionnais.

Le droit au débat

Face à ces incohérences, quelles collectivités accepteront ce que Paul Vergès a nommé « la tutelle » d’une collectivité par une autre ? Quelles sont les chances d’un tel projet de passer le contrôle de légalité ? Ce qui est certain, c’est que le futur du pays, de son économie, de son développement et du bien-être de ses habitants ne peut être abandonné aux hasards d’un projet bâclé, incohérent et farfelu. L’Alliance appelle donc à un vaste débat et à des explications, afin de remettre le choix entre les mains des citoyens du Protocole de Matignon.

Geoffroy Géraud-Legros


Zot la di…

• Pierre Vergès
« Dans le projet présenté par Didier Robert, la région de défausse sur les autorités organisatrices de transport (AOT) : le Conseil général et les municipalités. Il est prévu de les mettre durement à contribution. Si j’en crois le ton employé par la déléguée aux 2.000 bus, Mme Couapel-Sauret, l’heure n’est pas à la concertation. Il y a fort à parier que les AOT refuseront ».

• André Thien Ah Koon
« Le manque de travail et de rationalité économique est choquant pour l’entrepreneur que je suis. Il n’y a eu aucune étude de clientèle, aucune étude d’impact, aucune enquête pour savoir qui prendra le bus, et pourquoi. Tout cela est farfelu ».

• Philippe Jean-Pierre
« Ce qu’il faut à La Réunion, c’est un transport qui structure le territoire, organise la vie et l’activité des hommes, qui permette d’organiser la société. Le projet présenté par Mme Couapel-Sauret n’est rien de tout ça. Seulement un plan bâclé pour ressembler à une promesse de campagne ».

• Michel Lagourgue
« Si l’on prend l’exemple de Saint-Denis, c’est le brouillard complet. Il s’agit paraît-il de dégager les points d’accès. Mais qui va payer ? On ne le sait pas. Et que d’incohérences ! On parle même d’arrêts de bus au milieu des voies. Ce n’est pas cela qui empêchera les embouteillages ».

• Catherine Gaud
« Le projet grandiose annoncé se réduit au fur et à mesure comme une peau de chagrin. Ce qui se profile, ce n’est pas la route pour tous, mais la concurrence de tous sur les routes. Et il y a des problèmes évident de gouvernance : aucune transparence, ignorance complète de la règle de droit… ».



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Messages






  • Maintenant, il faut disqualifier ceux qui ont essayé de nous faire croire que 2000 bus, c’était aussi simple à faire qu’à dire et qu’il suffisait de se gargariser d’un slogan aussi basic pour le rendre crédible et faisable. De 2000 bus annoncés, on nous ramène à 1000 bus, chiffre encore fantaisiste. La fine équipe Robert-Couapel est plus prompte à prendre l’avion pour aller vavanguer qu’à prendre en compte la réalité réunionnaise.
    Bientôt, zot va goutanou !

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