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Le rassemblement autour de Thierry Robert seule alternative à la réélection de Didier Robert

Premier tour des élections régionales à La Réunion : les Réunionnais ont rejeté majoritairement le scrutin

Manuel Marchal / 7 décembre 2015

Le premier tour des régionales a connu une participation en baisse par rapport à 2010, rejet du scrutin par la majorité de l’électorat. Du côté de la minorité qui a voté, la puissance des moyens de la Région et de l’exposition médiatique a joué à plein. Cela a donné une large avance à Didier Robert. Cela entretient l’illusion pour Bello-Annette qui est sur la pente descendante, loin des résultats prévus par les sondages, seulement quelques points devant la liste de Thierry Robert. Pour une Réunion nouvelle a dû faire face aux difficultés d’une bien moindre présence dans les médias et d’une campagne plus courte que ses trois principales concurrentes, ce qui n’a pas permis au travail d’explication sur le terrain de porter ses fruits. Elle garde néanmoins la possibilité de fusionner, et les problèmes qu’elle a exposés sont toujours là. Le résultat du premier tour à La Réunion et ceux de la France confirment que Thierry Robert est le seul à pouvoir mener un rassemblement s’appuyant sur une dynamique. Sa liste a réussi à percer là où elle n’était pas attendue. Bello-Annette vont-ils tirer les leçons de leur perte de vitesse ? Toute autre option ne pourra conduire qu’à la réélection de Didier Robert à la présidence de la Région.

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La liste conduite par Patrick Lebreton avait choisi de dire la vérité aux Réunionnais sur les échéances à venir. Le premier tour des régionales n’a pas fait disparaître ces rendez-vous redoutables.

Le premier tour des élections régionales a livré hier son verdict. Tout d’abord, contrairement à la tendance observée au cours de la journée, le taux de participation est en baisse. Dans notre île, 44 % des électeurs se sont déplacés pour glisser un bulletin dans l’urne. C’est la confirmation du rejet du scrutin par la majorité des citoyens. Plus de la moitié des Réunionnais en âge de voter ont donc montré par ce geste leur désaccord face aux arguments présentés par les 12 listes. C’est aussi le refus de la démagogie.

Ce rejet massif ne signifie pas que la majorité des Réunionnais sont indifférents ou n’ont rien à dire. Bien au contraire, ils ne croient plus que les élections vont les aider à régler leurs problèmes. Parmi les abstentionnistes, il existe des travailleurs sur qui des pressions considérables ont été exercées par les maires lors de la campagne électorale. Ainsi dans les communes de Saint-Denis et Le Port, sensées être les bastions du tandem Bello-Annette, le taux de participation est inférieur à la moyenne. Les villes dirigées par les soutiens de Didier Robert sont également concernées par cette révolte silencieuse. Seulement 34 % des électeurs ont voté à Saint-Louis, 37 % à Saint-André, alors que ce sont traditionnellement des villes avec d’importants taux de participation. Ce refus de voter est une forme de résistance.

La crise s’amplifie donc dans tous les domaines. C’est le décalage entre la réalité de la crise et les promesses de candidats qui annoncent 30.000 logements, ou des billets d’avion subventionnés par tous les contribuables, ou encore la réalisation de l’impossible NRL ou nouvelle route du littoral. Tout cela, la majorité de l’électorat n’y croit pas. C’est une crise politique profonde à laquelle il est urgent de répondre. Car cette majorité peut être tentée par des formes d’expression moins conventionnelles. C’est ce qu’a rappelé hier à Domenjod un groupe de chômeurs qui n’est pas allé voter, mais qui a bloqué un bureau de vote pour se faire entendre. C’est ce qu’a rapporté hier soir un journaliste de la télévision qui a interrogé en direct un manifestant. Comme souvent en pareil cas, la répression est entrée en scène avec des interpellations. Combien de temps un tel système pourra-t-il encore tenir ?

La puissance de l’argent et de l’exposition médiatique

La minorité qui s’est rendue aux urnes a désigné trois listes susceptibles de se maintenir, et une capable de fusionner. Elle a placé loin devant la liste conduite par le président sortant Didier Robert. C’est la conclusion d’une période de 5 ans au cours de laquelle la principale préoccupation de la majorité régionale était de préparer sa réélection. En témoignent la casse des grands projets pour lancer à la place des opérations clientélistes et embaucher des milliers de travailleurs en contrat précaire. Dans un pays où la pauvreté fait des ravages, ces méthodes d’un temps que l’on croyait révolu ont permis de prendre une large avance. Pour la première fois, une liste a en effet dépassé 40 % au premier tour d’une élection régionale. La puissance de la Région et de ses plus de 1 milliard d’euros de budget a donné une force de frappe qui a conduit à des résultats surprenant dans plusieurs communes. La conjonction de cet argent et de l’omniprésence dans les médias du président de Région sortant ont fait des dégâts considérables. Si Saint-Joseph et Saint-Leu ont relativement résisté, ainsi que Sainte-Rose dans une moindre mesure, Didier Robert a devancé un maire candidat au Tampon et à Sainte-Suzanne.

En seconde position, Bello-Annette sont en perte de vitesse avec 23 % des suffrages sur toute l’ile. C’est en dessous des estimations les plus pessimistes des sondages. Par rapport au précédent scrutin où elle se présentait sous son nom, Huguette Bello perd plus de 20 points au Port, seule commune dirigée par un membre de son parti. Sa présence permanente dans les médias lui permet d’être en tête dans son bastion, mais elle est clairement sur le déclin. Quant à Gilbert Annette, il est largement battu à Saint-Denis dont il est maire. Le premier colistier de Huguette Bello peine à y obtenir 30 % des suffrages, alors que la liste de Didier Robert fait plus de 43 %.

La liste de Thierry Robert obtient 20,32 % des suffrages sur toute l’île, 3 points seulement derrière Bello-Annette. Elle obtient la majorité absolue à Saint-Leu, mais est distancée par Didier Robert au Tampon. Son résultat est donc dû à des percées là où la liste conduite par le président du LPA n’était pas attendue à un tel niveau.

Les problèmes n’ont pas disparu

En quatrième position, Pour une Réunion nouvelle obtient 7,2 %. La liste d’union PCR-Progrès-PRG-MRC-Société civile paie sans doute une exposition médiatique beaucoup moins importante que ces trois principales concurrentes. Les trois premières têtes de liste sont en effet en campagne depuis plus d’un an, voire 5 années pour Didier Robert. Ce martelage a desservi la liste qui avait mis au centre de sa communication de dire la vérité aux Réunionnais. Un départ plus tardif n’a pas non plus permis à la campagne d’explication de porter ses fruits. Or, les questions mises au centre du programme de l’Union ne se sont pas évaporées au détour d’un premier tour d’une élection régionale. Le résultat ne changera rien aux échéances qui attendent les Réunionnais. C’est pourquoi plus que jamais la population doit être informée sur ce qui l’attend, donc sur la nécessité de s’organiser pour résister aux effets de la crise de la filière canne-sucre, ou de la menace qui pèse sur les dernières productions à cause de l’application des accords de partenariat économique entre autres.

La somme des autres listes républicaines atteint 6 %, tandis que le parti d’extrême droite dénommé FN dépasse 2 %.

Bello-Annette sans dynamique

Une nouvelle campagne commence aujourd’hui, avec l’influence des résultats venus de France. Là-bas, le PS s’est effondré tandis que l’extrême droite est arrivée en tête dans 6 régions sur 13, soit presque la moitié. D’ores et déjà, le PS a retiré sa liste dans le Nord-Picardie et en PACA pour faire barrage à l’extrême droite. Alors qu’il détenait la présidence de 21 régions sur 22, il n’en aura peut être plus que 2 sur 13. La droite sauve les meubles en arrivant en tête dans 4 régions.

Ces résultats confirment que le PS n’est pas sur la voie du succès. Il a l’image du perdant.

Une fois connus à La Réunion, ces données vont confirmer que Bello-Annette ne peuvent prétendre retourner la situation. Il est pourtant possible de battre Didier Robert, à condition de s’appuyer sur une tête de liste qui incarne, au contraire de Bello-Annette, la dynamique de victoire. Il apparaît clairement que la seule liste qui est sur cette tendance est celle conduite par Thierry Robert, car elle a réussi à percer loin de ses bases tout en réussissant à battre Didier Robert dans une commune. La tête de liste de « Ensemble faisons avancer La Réunion » semble bien être la seule capable de conduire un rassemblement qui peut changer la donne. Dès hier soir, plusieurs têtes de listes ont appelé de leurs vœux la construction d’un rassemblement. Bello-Annette prendront-ils le risque d’une autre option qui ne pourra aboutir qu’à la réélection de Didier Robert ?

Résultats du premier tour des régionales pour La Réunion

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Total Inscrits 625471
Total votants 278005
Participation 44,45%
Total blanc et nul 12211
Total exprimés 265794
Listes Voix %
Pour une Réunion Nouvelle 18919 7,12%
Ensemble faisons avancer La Réunion (LPA) 54021 20,32%
Réunionnais Libres 2704 1,02%
Voter se révolter pour avancer 4462 1,68%
Lutte ouvrière 1263 0,48%
Citoyens tirés au sort 3895 1,47%
Liste Bello-Annette 63248 23,80%
Réunionnons-nous 107281 40,36%
Debout La Réunion 975 0,37%
Vrais enjeux pour La Réunion (UPR) 1264 0,48%
Extrème droite 6355 2,39%
Nasion Rénioné 1382 0,52%

Rapport de forces après le premier tour des régionales

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Voix %
Pour une Réunion nouvelle 18919 7,12%
Ensemble faisons avancer La Réunion 54021 20,32%
Autres listes 15970 6,01%
Liste Bello-Annette 63248 23,80%
Liste Didier Robert 107281 40,36%
Extrême droite 6355 2,39%


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