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Le rassemblement pour le changement est possible

Commémoration du premier vote des Réunionnaises et de la création du Conseil national de la Résistance

Manuel Marchal / 27 mai 2015

Ce 27 mai est l’anniversaire du premier vote des femmes à La Réunion, c’est aussi la Journée nationale de la Résistance. Ces faits ont une signification particulière à La Réunion. Ils rappellent une période au cours de laquelle des Réunionnais ont su se rassembler pour réussir à changer La Réunion.

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Depuis l’année dernière, le 27 mai commémore la création du Conseil national de la Résistance, le 27 mai 1943. Le CNR allait construire un programme qui allait être adopté le mois de mars suivant, diffusé sous le nom « les Jours heureux ». C’est ce programme qui a alors été appliqué par le gouvernement de la France libéré. Il prévoyait en particulier la création de la Sécurité sociale. Le vote des femmes est le résultat d’un combat rappelé par Eugène Rousse dans un article publié dans les pages suivantes.

À La Réunion, un mouvement était né avant la seconde guerre mondiale. Il s’élevait contre la misère coloniale. Notre île était touchée par une très grande misère, l’espérance de vie était inférieure à 50 ans, la mortalité infantile battait de tristes record. Il demandait que les lois sociales votées par le Front populaire en France soit étendue à La Réunion. Le statut colonial ne rendait pas possible l’extension automatique. C’est pourquoi les progressistes revendiquaient un changement de statut et avaient comme mot d’ordre : La Réunion département français.

La guerre a aggravé la misère. En France, le programme du CNR allait encore plus loin que les mesures du Front populaire, avec la création de la Sécurité sociale. C’était un espoir pour les plus pauvres, car cela ouvrait le droit de se soigner gratuitement et d’avoir une retraite. Cela renforçait encore la nécessité d’abolir le statut colonial pour que les Réunionnais puissent bénéficier de ces nouveaux droits.

Le CRADS créé 2 mois avant les élections

Autour de ce mot d’ordre, des Réunionnais ont réussi à se rassembler. Le 11 mars 1945 à l’initiative de la CGT et de la Ligue des droits de l’Homme, ils ont fondé le Comité républicain d’action démocratique et sociale présidé par le docteur Raymond Vergès. Ce n’était que deux mois avant les premières élections d’après guerre : les municipales. Pour la première fois, les Réunionnaises avaient le droit de voter.

Les femmes ont largement contribué au succès du CRADS lors de l’élection des nouveaux conseils municipaux. L’organisation présidée par le docteur Raymond Vergès avait en effet obtenu près des trois-quarts des suffrages et la direction de la plupart des grandes communes dont les villes alors les plus peuplées : Saint-Denis, Saint-Paul, Saint-Pierre, Saint-André et Saint-Louis. Cette victoire allait entraîner celle des élections cantonales puis le succès aux législatives du 21 octobre.

Porteurs du mot d’ordre d’abolition du statut colonial, les deux députés de La Réunion, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, vont alors concrétiser la revendication dans une loi qui sera promulguée moins de 5 mois après leur élection. Le 19 mars 1946, c’est la fin du statut colonial par la loi d’égalité, toutes les lois sociales du Front populaire et du Conseil national de la résistance doivent s’appliquer à La Réunion au 1er janvier 1947.

Système aujourd’hui bloqué

Aujourd’hui, La Réunion est sortie de la misère coloniale. Le paludisme et la malnutrition ne sont plus les premières causes de mortalité. Mais le système est aujourd’hui bloqué. Il n’arrive plus à réduire les inégalités et se contente de les reproduire. Depuis des décennies, c’est le chômage de masse avec en conséquence des indicateurs qui placent La Réunion dans une situation de département « hors norme » sur le plan social, comme l’indiquent l’INSEE et le Conseil général dans une étude parue en 2013. Les indicateurs sont connus. Au dernier pointage, le nombre de demandeurs d’emploi dépassait 175.000, alors qu’environ la moitié de la population vit proche ou en dessous du seuil de pauvreté. La semaine dernière, dans une autre publication, l’INSEE a donné un coup de projecteur sur les difficultés de la jeunesse. 40 % des Réunionnais de moins de 30 ans ont un travail, et seulement 25 % un logement. Les résultats montrent des inégalités dès la sortie de l’école entre surtout d’une part les diplômés de l’enseignement supérieur et d’autre part les Réunionnais exclus du système scolaire sans avoir pu obtenir un diplôme. Les premiers ont cinq fois plus de chance d’avoir un travail et un logement avant 30 ans que les seconds.

C’est avec ce système à bout de souffle que La Réunion voit arriver des menaces sans précédent, que rappellent ces quelques exemples : la crise de la canne à sucre avec la fin de la protection du quota en 2017, l’ouverture totale de l’économie à la concurrence des pays voisins avec la signature de l’APE entre les États d’Afrique australe et l’Union européenne, l’application de la politique d’austérité qui fait payer les pauvres et envoie les collectivités à la catastrophe, la remise en cause toujours plus insistante de la sur-rémunération, les effets du changement climatique avec la sécheresse et ses conséquences immédiates.

Face à la crise actuelle et les menaces à venir, les Réunionnais sauront-ils se rassembler pour dépasser le système actuel et aller vers le changement nécessaire ? Ce 27 mai rappelle que face à une telle situation, nos aînés ont été capables de le faire.



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Messages






  • Encore faut-il que l’intérêt supérieur du peuple soit la pierre angulaire du rassemblement, nos ainés étaient sincèrement animés par cette démarche, humaniste, progressiste . Pourquoi oserions-nous faire le contraire ? Si tel est le cas ,la désunion, "la machine à perdre", j’emprunte l’expression à un sénateur progressiste, fonctionnera à plein régime, triste constat.

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