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Le Réunionnais sous haute surveillance !

Parc national des Hauts

Témoignages.re / 23 novembre 2012

« Il y a deux mois, une dame de Mafate a été verbalisée parce qu’elle portait un tas de bois mort sur sa tête. » Ce message lu sur un réseau social populaire résume la problématique du Parc National des Hauts et résonne comme une aberration. Une injustice. Désormais, dans ce « territoire protégé d’exception, Parc national de La Réunion avec ses "Pitons, cirques et remparts" inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO », le Réunionnais est toléré mais sous haute surveillance. Quant à certaines pratiques ancestrales mais aussi activités économiques ou de loisirs, elles sont soumises à une réglementation jugée excessive par les premiers concernés : habitants, agriculteurs, éleveurs, commerçants. Le cœur de notre île est-il condamné à devenir un « musée de la nature » et le Réunionnais un figurant sans histoire ?



«  Domin nou va mont dan léo, domin nou va rod la foré » … Cette chanson bien connue du groupe Ousa nou sava pourrait bien ne plus refléter la réalité à l’avenir. Sur le site internet officiel du Parc national des Hauts, il n’est pas nécessaire de lire entre les lignes pour comprendre que certaines activités touristiques (canyoning, kayak, alpinisme tropical, spéléo) bénéficient d’un regard bienveillant tandis que certaines pratiques locales, tel le traditionnel “pique-nique chemin volcan”, sont suspectées d’être dommageables à la nature.

 

Il est admis par tous qu’un équilibre doit être trouvé entre activités humaines et préservation de la nature, entre activités traditionnelles et activités touristiques. En revanche, cet objectif ne peut nous détourner de la nécessité de placer la population réunionnaise et ses intérêts au centre des préoccupations qui doivent dicter les choix en la matière. La population réunionnaise dans toute sa dimension : histoire, contexte économique, social et culturel. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’équipe du Parc National déclare sa louable intention de «  prendre en compte, le cas échéant, la culture, les modes de vie traditionnels, les activités et les besoins des communautés d’habitants vivant dans le coeur du parc et tirant traditionnellement leurs moyens de subsistance des milieux naturels, et notamment forestiers. »

 

Tangues et zandettes…

Une déclaration d’intention qui laisse cependant perplexe, ne serait-ce que par la dimension hypothétique que fait planer l’expression «  le cas échéant » Quant aux «  communautés d’habitants » , on leur promet un peu plus loin «  la recherche de solutions alternatives » . Voilà du « concret » qui va les rassurer. D’ailleurs, certains ne se font aucune illusion, à l’image de Jean-Max Nativel (Mouvement des planteurs solidaires réunionnais) qui déclare : «  le parc est la promesse de conflits pour les générations futures. L’aire d’influence du parc a été créée sans négociation avec les agriculteurs, qui étaient historiquement présents sur ces zones. Ces terres doivent leur être rendues. Il faut redéfinir l’aire du parc. A terme, celui-ci va achever la notion de culture réunionnaise. La chasse aux tangues ou le ramassage des zandettes seront un jour interdits. Même ramasser du bois mort n’est plus toléré. »

 

Une chose est certaine, le Parc National des Hauts semble souffrir d’un sérieux déficit de concertation… qui produit, à intervalles réguliers, des sautes d’humeur dont l’une des dernières s’est exercée à l’occasion de la récente visite de Victorin Lurel.

 

Pavé dans la marre

L’intérêt d’un dispositif tel que le Parc national des Hauts semble s’imposer comme une évidence ; à tel point que le remettre en cause est perçu comme une attitude suspecte et irresponsable. Or, sur le site Mediapart, un article intitulé «  La face cachée des parcs nationaux » jette un pavé dans la mare. Il y est question des effets pervers d’un système au mécanisme complexe et pernicieux qui tend à déposséder les collectivités locales de leurs prérogatives sur les territoires concernés, au profit d’une économie ultra libérale et d’intérêts internationaux. L’auteure(1) pointe ainsi certaines dérives qui favorisent «  l’industrie touristique (tourisme de masse et de luxe), les majors du BTP et l’immobilier en faisant grimper les prix, l’industrie pharmaceutique (et autres) grâce aux dépôts de brevets sur les plantes et les savoir-faire… tout en détruisant l’économie traditionnelle (agriculture, pêche, artisanat, petites et moyennes entreprises…). »

Gageons que le Parc national des Hauts de La Réunion fera exception et que notre fameux « vivre ensemble » ne sera pas exclu du cœur de l’île. Sinonsa, la kloche Boi-d’ranpar va sonne po la mor... (2)

 

Nathalie Valentine Legros

 

(1) Françoise Degert 

(2) Poème d’Axel Gauvin, sélectionné pour être imprimé sur la plaque du Parc national des Hauts

« Mon koeur i galope dann santié kabri i grinpe dessu Taïbit.
Lu assiz en roi dann la Kavérne Decotte.
Ala mon lodeur brande, kank brouyar i lève,
Kank la kloche Boi-d’ranpar i sonne pa po la mor
Kank vieu gramoune Picard devan volkan i rève »

 


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