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Le rôle décisif du Parti Communiste Réunionnais

Les leçons des primaires citoyennes —1—

Manuel Marchal / 19 octobre 2011

Les 9 et 16 octobre dernier, le Parti socialiste proposait aux citoyens de désigner publiquement le candidat qu’il soutiendra à la présidentielle de 2012. À La Réunion, le Parti Communiste Réunionnais a décidé de s’impliquer dans la campagne sur la base d’un écrit, adressé trois jours avant le premier tour par François Hollande. Le 9 octobre, François Hollande est arrivé en tête à La Réunion grâce au soutien du PCR. Ce succès a ouvert la voie à la large victoire du second tour.

Pour la présidentielle de 2012, la direction du Parti Socialiste français a décidé de changer le mode de désignation du candidat qu’il soutiendra. Tous les citoyens sont invités à participer à des Primaires les 9 et 16 octobre. Pour briguer les suffrages, l’adhésion au PS n’est pas obligatoire. Par exemple, Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche, fait partie des six candidats. Les cinq autres sont membres du PS. Deux candidats se détachent dans la campagne, la Première secrétaire Martine Aubry et son prédécesseur à la direction du PS, François Hollande.
Dans les différentes Fédérations, les dirigeants font part de leurs préférences. Ainsi à Paris, le maire décide de soutenir Martine Aubry. C’est aussi le cas dans d’autres Fédérations, comme celle de La Réunion.

Trois jours décisifs

À La Réunion, la ligne majoritaire, c’est le soutien à Martine Aubry. Au sein des responsables PS, seul Jean-Claude Fruteau choisit de soutenir François Hollande. Le vendredi 30 septembre, Victorin Lurel, président de la Région Guadeloupe et Jean-Yves Le Driant, président de la Région Bretagne, arrivent à La Réunion. Ils sont les représentants de François Hollande.
Dans leur programme figure des échanges avec Jean-Claude Fruteau et son courant, ainsi qu’avec le PCR. À aucun moment, il n’est fait état d’une rencontre avec la direction de la Fédération socialiste. La raison en est simple, la Fédération a arrêté son choix sur un soutien massif à Martine Aubry, et elle ne compte pas dévier de cette ligne.
Le mercredi suivant, 5 octobre, François Hollande adresse une lettre à Paul Vergès, président de l’Alliance, donnant son point de vue sur les propositions réunionnaises pour la présidentielle. Le candidat aux Primaires annonce qu’il souhaite instaurer une nouvelle relation avec les Outre-mer : à la clé, un dialogue pour définir avec les représentants des territoires un projet partagé. François Hollande propose donc une rupture avec ce qui s’est toujours fait. Paris ne décidera plus unilatéralement, écrit-il.
Le soir même à la télévision, Paul Vergès présente la lettre et propose une mobilisation des Réunionnais pour les Primaires citoyennes sur la base de cet élément nouveau.
Le lendemain, le 6 octobre, le Comité central du PCR appelle à soutenir la candidature de François Hollande. Dans sa déclaration diffusée le soir même à la presse, le Comité central souligne que le PCR, « tout en mesurant le délai très court qui nous sépare du scrutin des primaires citoyennes — dont le premier tour a lieu ce dimanche 9 octobre —, décide de fournir tous les efforts possibles afin que François Hollande recueille le maximum de suffrages possibles et soit le candidat désigné à l’issue de ces primaires ».

Victoire sur l’ostracisme

En deux jours, vendredi et samedi, la mobilisation du PCR allait apporter une contribution décisive. La campagne d’explication est courte, mais efficace. Tous les emplacements des bureaux de vote sont diffusés dans "Témoignages" ; ce qui permet de compenser un manque flagrant d’information de la part des organisateurs du scrutin à La Réunion. Les internautes vont y puiser l’information tant recherchée. Cela permet d’ouvrir les vannes de la participation, avec plus de 20.000 votants, dès le premier tour, équivalent à dix fois le nombre officiel des adhérents à la Fédération PS. Cette participation signe la victoire du PCR et des démocrates sur l’ostracisme.

Au soir du 9 octobre, François Hollande arrive en tête à La Réunion. Même la direction de campagne de Hollande est surprise. Seulement 1.937 voix séparent François Hollande de Martine Aubry. Cette différence serrée montre bien que si le PCR n’était pas intervenu, Hollande aurait terminé derrière. Il n’est pas excessif de souligner qu’au-delà de l’apport des socialistes qui ont suivi Jean Claude Fruteau, la participation du PCR crée un élément nouveau et donc, décisif, de la victoire.

Ce résultat est aussi en phase avec celui obtenu dans tout l’Outre-mer et en France ; il place donc La Réunion dans la dynamique de la victoire globale. La ligne soutenue par la direction majoritaire du PS est bien isolée. Et, on a du mal à comprendre la logique de la conférence de presse du Tampon, convoquée dimanche à 17h, depuis Saint-Joseph,…pour annoncer la démission de Michel Vergoz du Conseil Régional !

Le caractère décisif de la victoire

Cette victoire inattendue de Hollande amène la direction de la Fédération PS à corriger un peu le tir.
Le premier secrétaire de la Fédération prend en effet conscience du changement provoqué par la participation du PCR. L’avance de François Hollande va s’accentuer, en particulier, sous les effets d’annonces de ralliements des compétiteurs du premier tour. Martine Aubry aura du mal à retourner la situation, le 16 octobre. Gilbert Annette se limite donc à faire part de son choix personnel, et refuse de donner une consigne de vote pour le second tour. Psychologiquement, cette annonce libère les électrices et électeurs. L’avance prise par le candidat soutenu par le PCR ne pouvait que s’amplifier, renforçant ainsi la position juste de la minorité des socialistes qui avaient fait le choix de Hollande.

C’est l’engagement du PCR qui, dès le premier tour, a ouvert la voie au vainqueur. C’est cela le caractère décisif de la victoire.

M.M.

(à suivre)


Du congrès aux Primaires

Le mode de désignation du candidat à la présidentielle du Parti socialiste s’est fait selon plusieurs méthodes. En 1981, c’est un congrès qui a choisi François Mitterrand. Candidat à sa réélection en 1988, ce dernier est de nouveau soutenu par le PS.
À partir de 1995, c’est un premier changement avec la désignation du candidat à la présidentielle par l’ensemble des adhérents au PS. Cette année-là, Lionel Jospin, premier secrétaire, l’emporte face à Henri Emmanuelli. En 2002, c’est de nouveau Lionel Jospin qui est désigné par les adhérents du PS. En 2007, Ségolène Royal est choisie selon la même procédure et obtient 60% des voix, devant Dominique Strauss Kahn et Laurent Fabius. 170.000 personnes avaient participé à ce scrutin.
En 2012, les Primaires élargissent considérablement le corps électoral, il suffit en effet d’être inscrit sur les listes électorales, de signer son adhésion à une charte et de payer un euro pour voter. Quant aux candidats, ils ne sont pas forcément membres du PS. Ce sont ainsi 3,5 millions de personnes qui ont donc participé à la désignation du candidat, soit 20 fois plus que 5 ans plus tôt.
En 1988, lors du renouvellement du mandat de François Mitterand, le PCR appelle à voter dès le premier tour en faveur du sortant, sur la base de son engagement à réaliser l’Egalité. En campagne dans notre île, il le confirmera devant 10.000 personnes réunies à Gillot, en grande majorité issue de la mobilisation du PCR.


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