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« Le seuil d’injustice sociale est arrivé à un niveau tel qu’il faut tout changer »

50.000 Réunionnais de plus en 5 ans

Témoignages.re / 2 septembre 2013

Paul Vergès était hier soir l’invité du journal télévisé d’Antenne Réunion : tour d’horizon de la situation à La Réunion et dans le monde. 48 heures après la publication à La Réunion de son interview dans "l’Express" sur les effets de la politique menée à La Réunion, le sénateur a appelé à un changement total. Car si la France comptait 10 millions de chômeurs et 30 millions de pauvres, le gouvernement appliquerait-il, les mesures qu’il décide pour La Réunion ?

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343.000 Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté. Si c’était la situation de 30 millions de personnes en France, le gouvernement appliquerait-il la même politique qu’aujourd’hui en France et à La Réunion ?

Le sénateur a tout d’abord rappelé une donnée essentielle, de laquelle tout dépend. En cinq ans, la population augmentera de 50.000 personnes, et de 100.000 si le président de la République va au bout de deux mandats.

L’autre est la gravité de la situation sociale. Sur la base des données de l’INSEE à La Réunion, c’est comme si la France avait 30 millions de personnes sous le seuil de pauvreté sur une population totale de 65 millions.

Pour Paul Vergès, le gouvernement n’a pas encore pris conscience de la gravité de la situation, car il applique à La Réunion les mêmes mesures que celles destinées à un pays d’Europe.

Or, La Réunion, ce sont 135.000 chômeurs, 165.000 demandeurs d’emploi, 30% de chômage. S’il avait 10 millions de chômeurs en France, on ferait une autre politique. Pourquoi donc ne pas changer ?

La misère est à La Réunion

La seconde question a porté sur la surrémunération. Paul Vergès a répondu à ceux qui l’accusent faussement de vouloir la supprimer.

Le fond du problème, c’est d’arriver à changer une politique qui s’applique depuis deux tiers de siècle.

Le co-fondateur du PCR a tout d’abord rappelé que l’inégalité est organisée à La Réunion. « Il faut une cohérence du gouvernement » . Paris reconnaît que la vie est chère dans notre île, et pour cela il verse une prime de 53% à la fonction publique. Mais le coût de la vie est plus élevé pour tout le monde. Or, ce qui est reconnu pour la fonction publique ne l’est pas pour les autres secteurs, puisque leurs travailleurs n’ont pas l’indexation. De plus, en supprimant le RSTA et le COSPAR, on contribue à aggraver la situation.

Le parlementaire estime qu’il est nécessaire que le gouvernement change la totalité de sa politique : « le seuil d’injustice sociale est arrivé à un niveau tel qu’il faut tout changer » .

Paul Vergès a cité l’exemple du Pape François au Brésil. Quand le Pape s’indigne à Rio sur la misère, force est de constater il n’y a pas besoin d’aller à Rio pour s’indigner, la misère est ici à La Réunion.

La nouvelle route du littoral

10 jours après le débat au Tribunal administratif sur le recours contre la déclaration d’utilité publique de la route en mer, Paul Vergès a rappelé les raisons de l’opposition à ce projet.

« On oublie trop la situation. On a supprimé le chemin de fer à la fin des années 50 et on fait la route du littoral en 1963 » . C’est le point de départ de la domination du tout automobile. C’est l’augmentation des dépenses en énergie et parallèlement sont créés des services financés par l’argent de la surrémunération.

La concrétisation du projet de nouvelle route du littoral entraînera un renforcement considérable du tout automobile. Les conséquences seront pires que la situation actuelle, a précisé Paul Vergès.

Il y a aussi l’aspect financier. Car si le chantier est lancé maintenant, les crédits ne seront pas suffisants. Et quand il faudra entretenir cette route, tous les autres investissements seront sacrifiés.
Le PCR et les échéances électorales

La crise n’est pas seulement économique, elle est sociale et politique, a indiqué Paul Vergès. Il constate que ce qui provoque la scission dans tous les partis, c’est la question de l’avenir pour La Réunion. « Il faut définir une autre politique, c’est là que dans tous les partis se fait le clivage », a-t-il précisé.

Le PCR continue de se renforcer, devait-il ajouter avant de conclure sur sa sérénité au sujet des prochaines échéances électorales.
Une intervention en Syrie pas sans conséquence

Paul Vergès a jugé « pas du tout raisonnable » une intervention militaire en Syrie. Il a dit que le Moyen-Orient est en pleine mutation. Cela va durer des années.

Or, les Occidentaux sont déjà intervenus en Afghanistan, en Irak, et tout cela n’est pas terminé. Récemment, c’était en Libye, ce qui a eu des débordements sur les pays du Sahel comme le Mali. Assad est un dictateur, mais ceux qui le combattent sont des fondamentalistes, a-t-il expliqué.

« Toute action d’hostilité vis-à-vis du conflit syrien ne peut amener qu’une aggravation » de la situation dans tout le Moyen-Orient et au-delà, a souligné Paul Vergès. Se pose également la question des conséquences d’une intervention en Syrie pour la France, dont le gouvernement est seul sur cette ligne avec les États-Unis.


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