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Le social pas au programme de la visite de George Pau-Langevin

Pas de rencontre prévue avec les syndicats et les jeunes en fin de contrat emploi d’avenir

Manuel Marchal / 2 juillet 2016

Jeudi, le Parti communiste réunionnais a adressé une lettre ouverte à George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, dans la perspective de sa visite lundi et mardi à La Réunion. Parmi les sujets évoqués figure l’urgence sociale : quelles réponses aux syndicats qui demandent le retrait du projet de loi Travail et aux près de 1.500 jeunes qui sont ou seront au chômage cette année après avoir travaillé pendant trois ans sous un contrat emploi d’avenir. Mais à la lecture du programme officiel de la visite ministériel, rien n’est prévu sur ces sujets.

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Aucune rencontre prévue avec les syndicats, alors qu’une mouvement social existe depuis plus de trois mois pour protester contre un projet du gouvernement.

Le programme officiel de la visite à La Réunion de George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, est désormais connu. Géographiquement, force est de constater que les communes concernées sont exclusivement dirigées par les partis membres de la majorité parlementaire : PS (Saint-Denis et Saint-Benoît) et PLR (Le Port). En effet, lundi 4 juillet, la représentante du gouvernement rencontrera l’Ordre régional des experts comptables à Saint-Denis. Elle se rendra ensuite à Saint-Benoît pour inaugurer les logements sociaux. Elle sera ensuite à l’Agence française de développement à Saint-Denis. Mardi 5 juillet, la ministre visitera un chantier de réhabilitation d’une station de traitement de l’eau à Sainte-Clotilde, commune de Saint-Denis. George Pau-Langevin assistera ensuite à la présentation d’une convention au CHU de Saint-Denis, direction ensuite le siège de l’ADIE toujours à Saint-Denis. L’après-midi, elle sera dans la seule ville encore dirigée par le parti de Huguette Bello pour visiter une école, puis participer à la présentation d’un projet de coopération sanitaire.

Pas de rencontre prévue avec les syndicats

Ce programme est en total décalage avec l’actualité sociale de La Réunion. Depuis plus de trois mois, notre île connaît un mouvement social protestant contre le projet de loi El Khomri. La loi Travail porte en effet des mesures d’une portée plus graves qu’en France. Difficile en effet de croire que les accords d’entreprise qui primeront sur les conventions collectives seront plus favorables que ces dernières à La Réunion, compte-tenu des difficultés du dialogue social et du chantage permanent à l’emploi facilité par un chômage de masse. De plus, 95 % des entreprises à La Réunion compte moins de 11 salariés. Cela veut dire que dans 95 % des entreprises de notre île, il sera possible de licencier au motif économique si le patron rencontre une baisse de son chiffre d’affaires pendant seulement un trimestre.

Alors que le texte de ce projet de loi est actuellement examiné par les députés, le passage dans notre île d’un membre du gouvernement aurait permis d’avoir des explications à ce sujet. C’était également le moment d’écouter les personnes qui seront concernées par le projet de modification du Code du Travail. Force est de constater que le programme de la visite de George Pau-Langevin à La Réunion ne prévoit pas de rencontres avec les syndicats. Rappelons que le 5 juillet, les organisations qui s’opposent au projet de loi ont prévu une journée d’action. Cela tombera en plein pendant le séjour de la ministre à La Réunion. Les voix des forces vives du pays seront-elles ignorées ?

Quand les emplois d’avenir étaient mis en avant…

Un autre problème tout aussi grave fait le une de l’actualité sociale à La Réunion. C’est le devenir de près de 1.500 jeunes qui vont être au chômage, car le contrat emploi d’avenir qu’ils ont signé arrive à sa fin.

Les emplois d’avenir sont une mesure phare de ce gouvernement. Ils ont rapidement été mis en œuvre après l’arrivée au pouvoir de cette majorité. Ils permettent d’embaucher un jeune avec une aide conséquente de l’État pendant trois ans. Au départ, ce soutien était de 75 % du SMIC net par mois pour les employeurs publics . La signature de contrats d’emploi d’avenir était une étape obligée lors de chaque visite ministérielle. C’est en grande pompe que plusieurs membres du gouvernement venaient signer des contrats, et ces cérémonies avaient souvent lieu à Saint-Denis, commune dirigée par le PS et qui a fait également élire deux députées socialistes. Durant la période de lancement de ce dispositif, les députés socialistes et le maire de Saint-Denis ne manquaient pas de fustiger le rythme selon eux insuffisant de contrats signés par les collectivités réunionnaises. Ils affirmaient que La Réunion avait eu un quota exceptionnellement élevé. En août 2014, le président de la République était en visite à La Réunion. Une annonce avait fait grand bruit. François Hollande avait promis 40.000 emplois d’avenir lors du discours prononcé à la mairie de Saint-Denis. Il avait également indiqué que la part de l’État dans la subvention versée pour chaque contrat signé par une collectivité allait passer de 75 % à 90 %, avec effet rétroactif sur tous les contrats déjà signés.

Les emplois d’avenir oubliés maintenant…

Pour les jeunes qui ont bénéficié du dispositif, ces contrats ont ouvert un espoir, d’autant plus que le gouvernement affichait une forte implication dans les emplois d’avenir. Ils se sont investis pendant trois ans dans leur travail. Trois ans plus tard, c’est la catastrophe. Pour les pionniers, c’est le chômage à l’horizon. Pour les 1.500 jeunes concernés cette année, l’État va offrir un accompagnement à la recherche d’emploi, et indique que ces jeunes pourront être éligible à un nouvel emploi aidé : les CUI-Starter. Cela signifie un enchaînement de situations précaires.

La lecture du programme officiel de la visite de George Pau-Langevin à La Réunion ne fait pas apparaître une séquence de signature de contrats d’emploi d’avenir. Elle n’indique pas non plus de rencontre avec les jeunes qui ont bénéficié de ce type de contrat financé par l’État et qui sont ou vont être au chômage.

La Réunion est qualifiée de département ayant une situation sociale « hors norme » selon une étude publiée en 2013 par l’INSEE et le Conseil général. Mais cela n’est pas à l’ordre du jour de la visite d’un membre du gouvernement.

M.M.


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