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Législatives : le moment de décider de la politique du gouvernement

Demain, premier tour des élections de députés

Manuel Marchal / 10 juin 2017

À La Réunion où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté à cause du chômage de masse, les élections législatives ont lieu dans un contexte particulier. Il reste marqué par le poids de la corruption exercée par des candidats peu scrupuleux qui n’ont aucun intérêt à voir la situation s’améliorer. Le vote protestataire de l’élection présidentielle arrivera-t-il à se concrétiser lors de ces législatives qui décideront de la politique du gouvernement ?

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Demain a lieu le premier tour des élections législatives. Il se déroule un mois après le scrutin qui a vu la désignation d’un nouveau président de la République. Mais pour la première fois que les législatives suivent l’élection du chef de l’État, le résultat est incertain. L’élection présidentielle a ainsi vu la défaite dès le premier tour des partis qui se succèdent au pouvoir depuis le début de la 5e République. Emmanuel Macron veut tenter d’obtenir une majorité alors que son parti a été créé depuis un mois. La composition de son gouvernement a donné une idée de la politique qu’il compte mener au cours des 5 prochaines années s’il atteint son objectif. Il a nommé des membres du parti Les Républicains comme Premier ministre, ministre de l’Économie et ministre du Budget. Il s’appuie aussi sur le MoDem, sur la frange sociale-libérale du Parti socialiste et sur le Parti radical. L’ouverture à la société civile a été notamment marquée par l’arrivée de Nicolas Hulot au ministère de l’Ecologie.

Vote protestataire à la présidentielle

Au niveau du contenu, les orientations données par le programme d’Emmanuel Macron se rapprochent de celle des Républicains. Il compte en effet supprimer plus de 100.000 postes de fonctionnaire, continuer la politique d’austérité et remettre en cause la protection du Code du Travail. Si une majorité favorable au chef de l’État sort des urnes, alors la protection des travailleurs sera restructurée d’ici le mois de septembre. Le nouveau gouvernement veut en effet utiliser les ordonnances pour éviter toute modification par les parlementaires de son projet de loi. Dans sa conférence de presse jeudi, le Parti communiste réunionnais a alerté sur les menaces qui pèsent sur les travailleurs avec des licenciements facilités, un plafonnement des dommages et intérêts pour licenciement abusif, une primauté de l’accord d’entreprise sur le Code du Travail.

Le résultat de ces législatives déterminera si le gouvernement peut appliquer ou pas cette politique.

À La Réunion, Emmanuel Macron est arrivé en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle. Ce scrutin a été marqué par une forte abstention, et l’arrivée en tête de Jean-Luc Mélenchon, candidat soutenu par le PCR, devant Marine Le Pen qui réalisa à La Réunion un pourcentage plus élevé qu’en France. Lors du second tour, Emmanuel Macron n’a pas réalisé un score aussi important qu’en France, avec là aussi un nombre important d’abstentions et de bulletins nuls.

Face à la corruption, la responsabilité

Un des enjeux du scrutin sera de savoir si ce vote protestataire de la présidentielle se confirmera dans les urnes demain ou si la corruption qui prospère sur une situation sociale hors-norme arrivera à freiner la volonté de changement exprimée. Comme souvent lors de scrutins à dimension locale, des candidats peu scrupuleux et leurs soutiens se livrent à des pratiques condamnables. Elles avaient été notamment dénoncées par Julie Pontalba, qui a relevé la participation active d’Ericka Bareigts à des manifestations organisées par la Mairie de Saint-Denis, ainsi que la distribution de bouquets de muguet par un autre candidat. La capacité de la population à résister à cette corruption sera une fois de plus un enjeu important du scrutin.

Le Parti communiste réunionnais a pour sa part choisi de présenter trois candidats. C’est l’union avec la France Insoumise autour de Julie Pontalba dans la 1ere circonscription, tandis que Max Banon et Gilles Leperlier défendront les couleurs du PCR dans les 4e et 6e circonscription. Dans les 7e et 3e circonscription, le PCR soutient la France Insoumise. Dans la 2e e la 5e, le PCR ne présente ni ne soutient de candidat.

Cette élection sera également la première sans Paul Vergès. Mais le fondateur du PCR reste très présent dans cette campagne, avec la reprise par de nombreux candidats des orientations du Parti communiste réunionnais.

Le PCR n’est en effet pas le seul à demander plus de responsabilités pour que les décisions concernant les Réunionnais se prennent à Paris. D’autres candidats se sont également emparés du mot d’ordre de priorité à l’emploi des Réunionnais à La Réunion, ou de la promotion des énergies renouvelables. Mais le PCR est le seul à militer pour un nouveau cadre dans les relations entre la France et La Réunion. C’est ce qui explique son soutien au projet de 6e République de Jean-Luc Mélenchon, candidat arrivé en tête du premier tour à la présidentielle à La Réunion.

Aucun sondage

Alors qu’en France, les sondages prévoient une large avance pour la République en Marche, le nouveau parti d’Emmanuel Macron, la situation est bien différente à La Réunion. Elle est si complexe qu’aucun sondage n’a été diffusé à La Réunion au cours de cette campagne électorale. Le parti du président de la République n’a pas investi de candidats où les députés sortants sont Ericka Bareigts, Huguette Bello et Thierry Robert. L’ex-ministre de l’Outre-mer et le maire de Saint-Leu qui pensait lui succéder ne cessent d’affirmer qu’ils soutiendront la majorité présidentielle. Ailleurs dans l’île, la seule sortante investie par République en Marche est Monique Orphé.

Difficile de croire que dans ces conditions, la dynamique de l’élection présidentielle soit aussi forte qu’en 2012. Au résultat décevant pour Emmanuel Macron à la présidentielle s’ajoute le programme prévu par le nouveau pouvoir qui annonce clairement des lendemains qui déchantent pour les classes populaires.

Outre la remise en cause du Code du Travail, l’autre projet du gouvernement qui concerne La Réunion sont les Assises des Outre-mer. Elles constituent un enjeu là aussi très important car le contenu du projet qui en sortira devra être sous l’influence du résultat de ces élections législatives. Si les Réunionnais arrivent à se rassembler autour de candidats communistes, c’est la possibilité d’ouvrir une nouvelle ère pour notre pays. Ils devront pour cela se mobiliser pour résister à la corruption afin de donner une perspective d’avenir à un peuple qui a confirmé lors des obsèques de Paul Vergès qu’il est fier et conscient d’être Réunionnais.

M.M.



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Messages






  • Analyse séduisante , pas loin de la vérité .
    Le chemin est encore long afin de mobiliser de celles et de ceux qui ne se rendre plus aux urnes . La compétence des élus est définie par les électeurs , y’a de quoi à enrager ! Si tout le monde votait, alors l’influence de l’argent serait moindre .

    Si le vote est un droit, il doit être également un devoir en l’honneur et en mémoire de celles et de ceux qui ont versé leur sang pour notre Patrie. Par Thibaut Pézerat

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