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Les 35% de vie chère

Le traitement des fonctionnaires à La Réunion -3-

Eugène Rousse / 19 février 2015

Dans la dernière partie de son article, Eugène Rousse explique les dernières évolutions de la surrémunération, de la fixation à 35 % de la prime de vie chère à la diminution progressive de l’index de correction dans les années 1970 pour arriver au statu quo actuel que la Cour des comptes propose de remettre en cause.

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L’élection à l’Assemblée Nationale le 2 janvier 1956 du syndicaliste réunionnais Raymond Mondon aux côtés du dirigeant communiste Paul Vergès renforce les fonctionnaires de l’île dans leur conviction qu’ils finiront par être entendus du gouvernement.

6 mois après son entrée au Palais Bourbon, Raymond Mondon réclame en faveur des fonctionnaires des DOM « une indemnité de vie chère suffisamment élevée pour compenser la coût de la vie ». Le gouvernement Guy Mollet reconnaît le bien fondé de la requête du parlementaire réunionnais.

Début 1957, deux décrets ne tardent pas à améliorer le taux de l’indemnité de vie chère dans les DOM. Le décret numéro 58 – 87 du 28 janvier 1957 porte à 40% l’indemnité de vie chère aux Antilles et en Guyane, soit une progression de 10 points par rapport au 22 décembre 1953.

Deux mois plus tard, le décret numéro 57 – 333 du 15 mars 1957 augmente l’indemnité de vie chère allouée aux fonctionnaires de l’État en service à La Réunion de 5 points indexés et applique l’indice de correction aux 5% accordés en décembre 1953.

Depuis cette dernière date, les fonctionnaires de l’État en service à La Réunion bénéficient donc d’une indemnité de vie chère de 35% indexée. Il est bon de préciser que leurs collègues retraités bénéficiaient déjà, depuis l’application du décret numéro 52 – 1050 du 10 septembre 1952 d’un complément temporaire de 35%. Mesure non étendue aux retraités des autres DOM et dont ne bénéficient à La Réunion que les fonctionnaires de la fonction publique d’État.

Un effort « insoutenable »

Telle est la situation dans la fonction publique d’État à La Réunion lorsque Michel Debré devient Premier Ministre le 8 janvier 1959. À partir de cette date, les députés gaullistes ne cachent pas que l’effort consenti par l’État en faveur des fonctionnaires en poste dans « les confettis de l’Empire » devient « insoutenable ». Les DOM sont dès lors considérés comme des « danseuses » qui coûtent cher. Le rapport du député Clermontel, adopté par la commission des finances le 22 juin 1962, préconise « l’aménagement » de « l’avantage excessif » accordé aux fonctionnaires des DOM. À La Réunion même, dans le « bilan économique, social et financier » établi en 1960 par le préfet Jean Perreau-Pradier, celui-ci souligne que « l’effort social de la métropole ne permet guère mieux que de maintenir 280.000 personnes à leur niveau actuel, c’est-à-dire une certaine médiocrité, alors qu’il a permis l’élévation incontestable du standing de 40.000 privilégiés (…). L’effort que s’impose la métropole est lourd. Or, il deviendra insoutenable si nous n’abandonnons pas la voie actuelle, qui ne profite qu’à une minorité (...) ».

C’est évidemment le point de vue du gouvernement qu’expose le préfet.
Aussi, lorsque le gouvernement Chaban-Delmas décide, en juin 1971, d’abaisser progressivement l’index de correction, les fonctionnaires de La Réunion ne sont pas surpris.

Après avoir réclamé en vain de véritables négociations, ils se mettent en grève et organisent le 19 octobre 1979 à Saint-Denis une manifestation à laquelle participent pas moins de 30.000 personnes. Le gouvernement décide alors de geler l’index à 1,138.

Aujourd’hui, il nous faut faire le constat suivant : la baisse de l’index de correction de 1,65 à 1,138 en 8 ans a eu pour conséquence de faire chuter le pouvoir d’achat des fonctionnaires de 31% au cours de cette période. Les économies ainsi réalisées par l’État ont-elles entraîné une sensible amélioration de la situation des autres travailleurs ? À cette question, la réponse est incontestablement non.

Au moment où la Cour des Comptes propose une réforme du régime de rémunération des fonctionnaires des Outre-Mer, il est souhaitable que le gouvernement ne procède pas comme en juin 1971 et qu’il engage une véritable négociation avec les parties concernées.


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