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« Les années de tous les dangers »

Geoffroy Géraud-Legros / 9 juillet 2010

C’est en ces termes que Paul Vergès a qualifié les deux années à venir. Et comment ne pas donner l’alerte, dans un contexte marqué par une série d’effondrements ?

Notre île continue de subir les contrecoups d’une longue crise structurelle, héritée de l’Histoire. S’y ajoute l’aggravation de la situation provoquée par l’irruption de la crise, inédite par son ampleur et par sa dimension mondiale. De la Grèce à l’Espagne et demain à la Grande-Bretagne et au reste de l’Europe, la dépression économique ravage un monde qui ne parvient pas à définir une réponse commune au défi. Un blocage visible lors du G20, où a éclaté la contradiction entre l’option défendue par les Etats-Unis, qui prônent une relance par la croissance, et celle de l’Europe, qui veut avant tout imposer « l’assainissement » des économies et des fiscalités.
Dans cette crise à dimension universelle, il est illusoire de croire que La Réunion sera épargnée.

Croissance démographique et récession

Les coups portés à l’économie se conjuguent à une évolution décisive de la société réunionnaise, trop souvent ignorée des projections futures : la croissance démographique de la population de notre île. Toujours engagée en pleine transition démographique, celle-ci comptera 50.000 habitants supplémentaires dans 4 ans seulement. Un accroissement qui aura d’inévitables conséquences sur le mode de vie, la nécessité d’équipements, etc. Un défi qui sera plus difficile à réaliser que jamais dans les conditions socio-économiques contemporaines. Car ces dernières ont subi elles aussi une aggravation profonde : habituée à une croissance constante d’environ 3-4%, notre économie semble bel et bien entrée en récession.

Attaques du Gouvernement

Les réformes engagées par le Gouvernement vont porter des nouveaux — et terribles — chocs à cet édifice vacillant : Paul Vergès a rappelé que les dispositions prévues pour les retraites feront de la majorité des Réunionnais des victimes, condamnant le plus grand nombre au minimum vieillesse — et encore : il s’agit là de ceux qui travaillent. Pour les jeunes qui réussissent, l’allongement du nombre d’annuités pourrait changer la chance d’avoir fait des études longues en véritable malédiction. Ainsi, un étudiant arrivant sur le marché du travail à 27 ans devra, dans le meilleur des cas, travailler jusqu’à 70 ans…

« Rage de démolir »

Mais les causes d’aggravation de la situation se trouvent d’abord à La Réunion même : alors que l’investissement constitue la seule réponse possible à la crise, la nouvelle Direction de la Région s’inscrit résolument contre la politique de relance. Une orientation déjà annoncée avant même le changement de majorité : Maire du Tampon, Didier Robert avait supprimé la rocade du Tampon, ôtant 100 millions d’euros aux travailleurs et aux entreprises. Les trois derniers mois ont vu l’arrêt des grands chantiers initiés au cours de la mandature précédente : Tram-train, Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR)… Une « rage de démolir » dénoncée par le leader de l’opposition, qui a rappelé avec force la nécessité de « mettre en débat public » l’ensemble de ces questions.

Indispensable débat

Car 23 mois à peine avant les élections présidentielles, celles-ci « s’intègrent au débat national », au même titre que les choix relatifs aux retraites, au vote du budget restrictif pour l’année 2010-2011 : chacun est aujourd’hui mis face à ses responsabilités, et les Réunionnais seront attentifs aux prises de position des parlementaires qui les représentent.
Face à la gravité du danger, Paul Vergès a appelé à une prise de conscience des Réunionnais, pour défendre les dernières possibilités d’atténuer la crise.

Geoffroy Géraud-Legros


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