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Les arts et le Parti

Témoignages.re / 7 décembre 2012

Trop longtemps, un dévoiement du mouvement communiste a assigné aux artistes le rôle d’ « idiots utiles ». Selon le point de vue résumé par cette formule – attribuée à Staline- les acteurs culturels devraient, en résumé, être réduits au rang de courroies de transmissions politiques, et strictement soumis aux impératifs militants définis hors du monde des arts. L’une des fiertés du communisme réunionnais, est d’avoir en pratique rejeté cette conception, laissant l’art libre de s’insérer directement dans le combat politique, ou d’en constituer une caisse de résonnance. Les idées qui animaient le Parti ont ainsi pu circuler, et être adaptées au répertoire artistique réunionnais, sans contrainte et au gré des inspirations diverses. 

Les limites du mea culpa

Certains créateurs étaient eux-mêmes des camarades, membres actifs de sections communistes ; d’autres entretenaient des rapports fluctuants avec le PCR, d’autres encore, ne militaient pas et ne se définissaient pas comme militants. Mais chacun, à sa manière, diffusait les grands thèmes de revendication sociale, d’émancipation culturelle et de recherche identitaire forgés par les communistes. Des idées qui se sont ainsi diffusées dans la société, créant les indispensables conditions psychologiques et culturelles des progrès accomplis depuis le début de la décennie 1980. Aujourd’hui, le charme semble rompu. Sans doute le Parti en reconstruction doit-il, là comme ailleurs, rechercher ses propres responsabilités. Mais la réalité du champ artistique réunionnais et de ses évolutions récentes impose des limites à ce mea culpa. Cette réalité, c’est celle d’arts et d’artistes autrefois marrons, devenus académiques, en quête de notabilité, et nourris de subventions publiques- fort inégalement réparties par ailleurs. Cherchez la cause du déclin de l’art engagé dans notre pays. Cherchez l’origine de la langue de bois insupportable qui sévit, plus particulièrement dans la musique. Vous trouverez un système qui dicte à l’artiste de s’adapter aux canons des financements publics…ce qui implique de rengainer les armes de la critique sociale, ou pire, d’en faire des pistolets qui tirent à l’eau sucrée du politiquement correct. La subvention n’est pas, en elle-même condamnable : elle est au contraire, une condition indispensable à l’épanouissement des arts dans le contexte que nous connaissons. 

Repartir à la découverte

Mais sa concentration entre les mains d’un nombre réduit d’artistes, leur avidité à en vouloir toujours plus, fut-ce au prix de la compromission, pèse le poids d’un art mort sur l’activité culturelle de tout le pays. Pour affronter cette nouvelle contradiction, le Parti ne devrait-il pas regarder d’où il vient ? La redécouverte du maloya et son éclat d’aujourd’hui ont pour origine l’intérêt militant des communistes, des sympathisants et d’acteurs engagés, notamment des religieux. C’était des enquêtes dans l’intimité des kaz de de la ligne Paradis, dans le secret des champs de cannes, à la rencontre de ces grands artistes ignorés. Aujourd’hui, une nouvelle génération lève. Elle est urbaine, revendique son indépendance artistique vis-à-vis de l’argent, refuse les discours préconçus. Elle recherche la fusion de son héritage avec une modernité qu’elle voudrait préserver de l’occidentalisation. Le Parti en reconstruction ne doit-il pas se tourner vers ces nouveaux acteurs d’un art rebelle…et peut-être même, y puiser son inspiration ? 

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros


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