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Les Communistes Portugais demandent la sortie du Portugal de l’Union Européenne et de l’Euro

Le PCR invité au 20e Congrès du PCP

Témoignages.re / 8 décembre 2016

Au nom du PCR, Ary Yée Chong Tchi Kan a participé au 20e Congrès du Parti Communiste du Portugal qui s’est tenu du 2 au 4 décembre 2016. De retour, il répond aux questions de “Témoignages” sur les enjeux d’un tel déplacement.

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Le délégué de La Réunion entre les représentants de Grande Bretagne et du Front Polisario.

Dans quelles conditions le PCR a-t-il été amené à participer à ce Congrès ?

Tout d’abord, il faut savoir que le PCR est invité à de nombreuses initiatives dans le monde. La direction évalue la nécessité d’y participer ou pas. Son déplacement est conditionné par des relations de respect fondées sur des principes, sur l’échange d’analyse et sur le besoin de compléter la compréhension réciproque. Sur 62 représentations extérieures à ce Congrès, nous étions seul issu du bassin sud-ouest de l’Ocean Indien. Par contre, l’Afrique du Sud, le Mozambique, l’Inde, le Sri-Lanka y étaient représentés.

Pouvez-vous nous exposer les enjeux qui ont déterminé ce déplacement ?

Il y en a trois, principalement, qui concerne La Réunion et les communistes. Le PCP remet en cause l’intégration du Portugal dans l’Union européenne et demande la sortie de l’Euro. Ca valait le coup de comprendre si cela participe d’un mouvement de fond, historique, ou bien d’un phénomène conjoncturel. Ensuite, le Portugal est une ancienne grande puissance coloniale et les Communistes ont payé par des années de prison leur position anti-colonialiste et leur volonté de démocratisation de la vie politique. Il était intéressant de voir le rôle des Communistes dans le nouveau contexte post-colonial. Enfin, l’année prochaine le débat sera très vif à l’occasion du centenaire de la révolution d’octobre 1917 qui porta au pouvoir, en Russie, Lénine et les Bolchevik, et qui a eu une influence indéniable sur le cour de l’histoire. Ce sont des sujets qui intéressent l’avenir de La Réunion et qui méritent beaucoup de discussions.

Que pouvons-nous retenir d’essentiel de ces 3 jours de Congrès ?

Le PCP est déterminé sur ses positions de recouvrer la souveraineté du Portugal sur les affaires du pays, y compris la finance, puisqu’il prévoit la nationalisation des Banques. En pleine cure d’austérité, l’Europe a exigé que l’état injecte près de 5 milliards dans le capital d’une banque pour la sauver de la faillite. Résultat de l’ensemble, il a fallu emprunter et faire supporter au peuple le remboursement. La dette atteint 125% du PIB, en 2015 et le déficit public est passé de 4,8 à 7, 2%. Les Congressistes ont abondamment illustré les conséquences de cette situation et les formes de luttes entreprises pour atténuer la souffrance des travailleurs et des producteurs. Le contexte de la crise grecque et la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne alimentent la réflexion de nombreux délégués européens présents à ce Congrès : ils considèrent que le projet d’intégration actuel n’a pas d’avenir. Cette question touche également Madère et les Acores qui font partie du Portugal, et qui sont des RUP comme La Réunion. Depuis dimanche, les résultats déstabilisateurs du référendum italien ont renforcé la conviction que le projet européen a du plomb dans l’aile. Interrogé sur les conditions de cette sortie, le PCP répond qu’il s’agit de négocier un processus raisonnable.

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Une vue de la salle du Congrès depuis la tribune officielle.

Vous décrivez-là, en fait, une partie de la situation post-coloniale du Portugal ?

Rappelons simplement que l’empire portugais couvrait le Brésil, le Cap Vert et la Guinée-Bissau, l’Angola, le Mozambique, Sao tome-Principe, Timor oriental et Macao etc. “La révolution des oeillets” qui a chassé la dictature Salazar du pouvoir a permis de mettre fin aux guerres coloniales à partir de 1975. (Brésil, il était indépendant depuis quasiment un siècle avant et Macau a été rendu à la Chine en 1997, sans effusion de sang). Le PCP garde beaucoup de références de son leader charismatique Alvaro Cunhal qui avait participé aux premières réformes structurelles profondes de l’économie et de la société post-coloniale, notamment la période des réformes agraires. Les anciennes colonies devenues indépendantes étaient présentes au Congrès. Le MPLA (Angola) et le FRELIMO (Mozambique) sont intervenus à la tribune pour saluer le PCP et louer la coopération entre leurs pays. Par un retournement de l’histoire, le PCP qui a soutenu l’indépendance des colonies, revendique la sortie du Portugal de l’Union Européenne, afin de recouvrer sa pleine souveraineté ! Son programme s’intitule : “An advanced democracy. The values of April in the future of Portugal”.

Au fond, la lutte des peuples pour leur émancipation continue...

Ce sera probablement un élément à mettre au bilan du centenaire de la révolution d’octobre 1917 : l’émancipation des peuples opprimés et des travailleurs exploités. En tout cas, le PCP a voté une résolution rappelant que : “Socialism, necessary today and for the future”. Au-delà du contenu du Congrès, j’ai noté un élément du changement culturel : le Français a perdu son usage de langue Européenne et internationale. Les documents étaient réalisés en portugais et en anglais. Ce constat mesure le délitement de l’influence française dans le concert mondial des Nations.