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Les conséquences de la départementalisation sur la vision réunionnaise

66 années d’existence pour le modèle de l’assimilation

Céline Tabou / 22 mars 2012

Lors de la conférence de presse de mardi dernier au siège de l’Alliance, Élie Hoarau, secrétaire général du PCR et Paul Vergès, président de l’Alliance sont revenus sur la célébration du 19 mars 1946 et les conséquences de cette loi après 66 ans d’application à La Réunion. Les deux dirigeants ont dénoncé un système qui a mis entre parenthèses la vision réunionnaise de la société et de l’Histoire de l’île.

Parmi les conséquences de la départementalisation, il y a la décision de suppression du chemin de fer 10 ans plus tard qui a permis la création d’un monopole pétrolier, aujourd’hui contesté par la population suite aux hausses des prix des carburants.
« En 1956, la suppression du chemin de fer, qui était alors une idée et réalisation réunionnaise », a indiqué Paul Vergès. Le chemin de fer a été réalisé afin de répondre aux besoins de la population en matière de déplacement de Saint-Benoît à Saint-Pierre, « le tunnel construit était le deuxième dans le monde par rapport à sa longueur. Des mineurs italiens étaient venus le construire », a rappelé le sénateur. La disparition du chemin de fer à La Réunion aura eu des effets encore subis aujourd’hui. En effet, « tout découle de la suppression du chemin de fer ».

L’intégration a mis à genou l’économie

Paul Vergès explique que l’application de la départementalisation a intégré toute la fonction publique dans un système de sur-rémunération qui a « considérablement bouleversé La Réunion. L’intégration de toute la Fonction publique au régime a ébranlé la structure sociale de notre île ». La loi pour la départementalisation a sous-estimé la hausse démographique, certains problèmes ont été partiellement réglés tandis que d’autres se sont aggravés, notamment dans le logement, l’aménagement du territoire, le chômage et la structure sociale et économie de La Réunion.
« Au cours des 50 dernières années, il y a eu le jeu des forces coloniales avec l’effacement de la structure coloniale ». L’intégration-assimilation a entraîné la disparition du métier de cheminot, le nombre de dockers a considérablement diminué, de même que les usiniers, la production agricole a été concentrée puis modernisée. Ces changements ont laissé le champ libre aux importations qui sont passées de 300.000 tonnes en 1946 à 4 millions 350.000 tonnes aujourd’hui. Cette croissance des importations a créé des monopoles pétroliers et agroalimentaires du fait de la suppression du chemin de fer et d’une orientation de la production agricole vers un autre objectif que l’autosuffisance alimentaire.

Où en est le débat sur l’avenir ?

La crise mondiale aura un impact sur la société réunionnaise, et notamment le prix des carburants et la cherté de la vie. « Nous sommes dans une impasse absolue, il est urgent de faire face aux problèmes de notre société. La Réunion devra répondre aux problèmes dans la prochaine décennie. Que proposent les Réunionnais ? C’est la crise absolue : économique, sociale et politique. Je suis inquiet de l’actuelle classe politique réunionnaise » qui n’a pas fait de propositions pour l’avenir de La Réunion, ni débattu avec le PCR pour les prochaines échéances électorales. « Il faut élever le niveau et le débat pour l’avenir de La Réunion », a conclu Paul Vergès.
Les conséquences de la départementalisation persistent encore aujourd’hui, le Parti Communiste Réunionnais appelle la population à réfléchir sur un nouveau modèle permettant un développement durable, social et solidaire de l’île.

Céline Tabou 

Le créole, une construction réunionnaise

Au cours de cette conférence de presse, Paul Vergès a rappelé que le créole réunionnais était une langue unique créée à partir des différentes civilisations qui ont fait naître La Réunion, dont la Chine, l’Inde, Madagascar, l’Europe ou encore le Mozambique. La reconnaissance du créole aura été une bataille qui s’est déroulée à La Réunion, mais également dans toutes les îles, qui ont chacune créé leur langue vernaculaire montrant la « richesse de leur histoire ». Le cofondateur du PCR a rappelé la reconnaissance faite au créole brésilien, qui est devenu la graphie officielle de plusieurs milliers de mots de la langue portugaise. « Cette reconnaissance est fantastique, alors qu’ici on l’interdit et la réprime encore ». La départementalisation aura eu pour effet de permettre aux Réunionnais de sortir rapidement de la misère dans laquelle ils vivaient, mais elle aura également imposé une intégration et assimilation conduisant à l’interdiction du créole réunionnais.


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