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Les cumulards font la loi

Nouveau règlement à la Région Réunion

Geoffroy Géraud-Legros / 29 avril 2010

Dès son entrée en fonction, l’UMP a accordé à ses Conseillers le droit à l’absentéisme rémunéré. Une disposition adaptée à une nouvelle majorité, dominée par les cumulards de mandats, de fonctions et… d’indemnités.

Depuis plusieurs jours, "Témoignages" s’interroge : pourquoi la nouvelle majorité régionale a-t-elle jugé urgent de voter une réforme du règlement intérieur qui permet aux conseillers de ne pas être physiquement présents en Commission permanente, c’est-à-dire là où se « fait » la politique politique régionale ? La question se pose d’autant plus qu’on assiste à une tendance inverse dans la République décentralisée, où les Assemblées régionales adoptent de plus en plus fréquemment des mesures destinées à réduire l’absentéisme.
À La Réunion, le nouveau règlement permettra au contraire de déserter les travaux, en continuant de percevoir l’indemnité attribuée aux élus.

Didier Robert, champion du cumul…

Il suffit d’un simple regard au profil politique du nouveau président pour mieux comprendre à qui profitera cette régression organisée des habitudes de l’institution.
Élu Maire du Tampon en 2006, Didier Robert à adjoint à cette fonction celle de député en 2007. À ces deux fonctions, il a ajouté celles de président de la CCSud, du CCAS du Tampon… "Le monde" a publié le 7 octobre dernier un classement identifiant Didier Robert comme le premier « cumulard » dans notre île. Lors des élections, le think-tank « un homme une voix » le classait à son tour 7ème sur 15 parmi les têtes de listes cumulant des mandats. Au cours de la campagne électorale, le député-maire et multi-président a eu le plus grand mal à dire clairement quel mandat il abandonnerait en cas de victoire. Après avoir systématiquement esquivé la question, Didier Robert finit par concéder qu’il abandonnerait la fonction municipale s’il accédait à la pyramide inversée.

… toutes catégories

C’est effectivement ce qu’il fit. Une passation de pouvoir au cours de laquelle l’attachement au pouvoir du nouveau président de la Région s’est exprimé d’une manière qu’il faut bien qualifier de caricaturale : transférant son titre à son premier adjoint Paulet Payet, Didier Robert devenait lui-même… premier adjoint. Son « départ » était ainsi réduit à simple jeu de chaises musicales. De plus, le nouveau président de la Région a mis à profit le caractère suspensif du recours intenté par l’Alliance contre les multiples irrégularités qui ont émaillé la campagne pour conserver son poste de député. Didier Robert est donc aujourd’hui président de la Région, député de la troisième circonscription, premier adjoint au maire du Tampon Paulet Payet. Il est toujours président de la CCsud. À ces mandats et fonctions s’ajoute une position au conseil national de l’UMP, haute institution du Parti de Nicolas Sarkozy située à Paris.

Charité bien ordonnée commence par soi-même

Il n’est donc pas étonnant qu’à peine investi, le président de la collectivité régionale ait senti l’urgence d’aménager le règlement intérieur de manière à pouvoir continuer de « tenir » le Tampon, et de se faire valoir dans les antichambres parisiennes du pouvoir sarkoziste. Une combinaison intéressante sur le plan financier : député, Didier Robert touche un peu plus de 5.000 euros, auxquels il faut ajouter autant en tant que président du Conseil régional ; si le député-adjoint-président ne perçoit pas d’indemnités en tant que maire du Tampon, c’est parce qu’il a atteint par ses multiples fonctions le plafond de rémunération fixé par la loi à 8.652, 42 euros par mois… La transformation des règles de présence strictes héritées des anciennes mandatures en dispositions laxistes arrange aussi passablement les amis de Didier Robert : le cas de Jean-Louis Lagourgue, maire de sainte-Marie, conseiller général, vice-président de la CINOR devenu premier vice-président de la Région, en est sans doute la manifestation la plus visible…

 Geoffroy Géraud-Legros 


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