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« Les éléments fondamentaux du développement durable remis en cause »

Vers la plus grave crise sociale de notre Histoire

Manuel Marchal / 2 octobre 2010

Les décisions budgétaires annoncées par le gouvernement et celles déjà prises par la Région remettent en cause tous les moyens prévus pour assurer aux Réunionnais le droit au développement. De plus, Paris crée les conditions de la crise dans le secteur des énergies renouvelables, à peine quelques mois après que le président de la République ait pourtant réaffirmé le soutien de l’État à l’objectif de l’autonomie énergétique. Avec plus de la moitié de la population en dessous du seuil de pauvreté, et plus de 110.000 chômeurs, c’est le risque de la plus grave crise sociale de notre Histoire.

Le dernier Conseil des ministres a permis d’avoir toutes les précisions sur les mesures d’austérité que le gouvernement compte faire adopter par sa majorité au Parlement. Ces coupes dans le budget de l’État auront des conséquences dans notre île. « L’essentiel du fonctionnement de l’économie de La Réunion est fonction de décisions financières du gouvernement », souligne Paul Vergès. Les arbitrages ne sont pas favorables au pays.
Le gel des dotations de l’État aux collectivités territoriales aura un impact plus important à La Réunion qu’en France. Outre l’inflation qui est plus forte qu’en France maintenant, notre île connaît une augmentation continue de sa population. Pendant le temps du gel des dotations de l’État, la population augmentera de 50.000 personnes à La Réunion.
Un autre blocage concerne le soutien de l’État à la construction de logements. La fin de la défiscalisation dans le logement intermédiaire touche de plein fouet le BTP, car c’est dans ce secteur que se trouve le plus grand nombre de ses travailleurs.
Le plus révélateur est la mise à mort du photovoltaïque qui compromet l’objectif de l’autonomie énergétique. Car c’est la fin du soutien à la construction des nouvelles centrales, la diminution drastique de l’aide versée aux particuliers qui souhaitent s’équiper d’un chauffe-eau solaire ou de panneaux photovoltaïques.
Ces mesures interviennent quelques mois après que le président de la République ait inauguré une ferme photovoltaïque à Pierrefonds, et cité dans son discours La Réunion en exemple dans la perspective d’atteindre l’autonomie énergétique au plus tard en 2030.

Au moins un milliard d’euros perdus

Pour sa part, la Région a décidé de supprimer le tram-train électrique, et est soutenue par le gouvernement dans cette démarche. Ce sont donc « les éléments fondamentaux du développement durable » qui sont « remis en cause ». Tout ce qui a été construit durant des années de travail des Réunionnais et de leurs partenaires est donc mis à terre.
Et les décisions de la Région amplifient la crise. Car au lieu de tout concentrer sur l’investissement, indique le président de l’Alliance, la collectivité choisit de distribuer des dotations aux communes. Aucune annonce de construction de nouveaux lycées, mais une tournée des communes, est-ce à dire que la campagne des cantonales a déjà commencé ?
Les perspectives ne sont guère réjouissantes. En 2007, la Région et le gouvernement avaient signé un Protocole État/Région à Matignon concernant le financement de deux grands chantiers : le tram-train et la nouvelle route du Littoral. Le montant prévu était de 2 milliards d’euros, en sachant que les deux partenaires s’engageaient à financer les dépassements de budget éventuels. Ces 2 milliards d’euros de 2007 correspondent aujourd’hui à 3 milliards d’euros valeur 2010, étant données la hausse des prix des matières premières et l’inflation.
"Matignon 2" évoqué par la nouvelle Direction de la Région, ce sont 2 milliards d’euros. C’est une perte d’un milliard d’euros par rapport au document déjà signé, si jamais "Matignon 2" est signé. La visite du Premier ministre était annoncée à La Réunion, mais il n’est pas venu.

Un rendez-vous très grave

Toutes ces mesures sont extrêmement inquiétantes lorsque l’on sait que la population active continue d’augmenter de 4.000 personnes par an. Notre île se dirige vers le million d’habitants d’ici 15 ans, avec le quart de sa population qui aura plus de 60 ans. Mais tous les outils mis en place pour préparer cette échéance sont cassés. « On a tourné le dos au développement durable », constate Paul Vergès. Notre île compte toujours au moins plus de la moitié de sa population en dessous du seuil de pauvreté. Sans aucune perspective de redressement, comment réussir le développement durable si la majorité des Réunionnais sont dans l’extrême pauvreté ?
Comment relever les défis lorsque l’autre moitié de la population doit faire face à une remise en cause de ses acquis ?
Toutes ces décisions interviennent au moment où La Réunion est confrontée dans un contexte défavorable aux négociations sur le renouvellement de l’octroi de mer, du règlement sucrier, et des fonds structurels européens.
« Il n’y a pas de rendez-vous aussi grave dans l’Histoire de La Réunion », rappelle Paul Vergès, et notre île est sous la menace de la plus grave crise sociale de son Histoire.
Le président de l’Alliance conclut en indiquant que des contacts ont été pris avec les forces politiques du changement en France afin de garantir le rétablissement du socle du développement en 2012 : le tram-train, la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, la nouvelle route du Littoral.

Manuel Marchal


Un développement compromis

Philippe Jean-Pierre constate que les décisions prises à Paris ne font pas apparaître une reprise. « Nous avions préparé notre développement avec des outils », rappelle-t-il. Mais manifestement, l’interprétation par le gouvernement du concept de développement endogène semble davantage correspondre à "débrouillez-vous", c’est-à-dire un moyen de faire passer des mesures d’austérité encore plus importantes.
Le conseiller régional conclut en regrettant que le choix de sécuriser la trajectoire du développement de l’île n’ait pas été choisi.


Où sont les prochains lycées ?

Raymond Mollard note que le prochain budget de l’État prévoit la suppression de 32.000 postes de fonctionnaire, dont la moitié dans l’Éducation nationale. Ce qui ne donne pas les moyens à ce service public d’atteindre son objectif.
De plus, des objectifs chiffrés d’économie sont assignés aux recteurs. Il s’agit par exemple d’augmenter en moyenne d’un élève par classe les effectifs dans le premier degré, ce qui facilitera la suppression de 10.000 postes.
Du côté de la Région, mise à part l’inauguration du lycée de Sainte-Anne construit sous l’ancienne mandature, et la fin des réhabilitations lancées avant l’arrivée de Didier Robert à la présidence, il n’y a toujours aucune nouvelle de la programmation de la construction de nouveaux lycées.
L’ancien vice-président de la Région délégué à l’Éducation rappelle que de nouveaux établissements devaient sortir de terre à la Petite-Île et au Port, que deviennent ces investissements ?


Coup de rabot : 25% et pas 10%

Michel Lagourgue explique que La Réunion sera davantage touchée qu’ailleurs par le "coup de rabot" du gouvernement sur les niches fiscales. Pour notre île, la baisse de l’aide de l’État aux investissements accordée via la défiscalisation ne sera pas de 10%, mais de 25%.
En effet, La Réunion sera particulièrement touchée par la suppression du soutien au photovoltaïque industriel, et par la réduction de 50% de l’effort de l’État en direction des particuliers.
Michel Lagourgue rappelle que les acteurs économiques estiment que la défiscalisation amène directement 1,2 milliard d’euros de capitaux à La Réunion, qui permettent de financer pour le double d’investissements.
Mais selon les calculs des acteurs économiques, les économies de l’État dans ce domaine seront l’an prochain de 320 millions d’euros, ce qui fait près de 25% de "coup de rabot". « C’est supérieur à ce qui a été annoncé », conclut Michel Lagourgue.



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