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« Les grandes décisions doivent être prises »

Lutte contre la pauvreté

Céline Tabou / 28 octobre 2013

Lors d’une conférence de presse hier, le sénateur Paul Vergès a mis en avant le bilan de la situation économique et sociale depuis la loi de 1946. À la veille de la venue de François Chérèque, chargé du plan de lutte contre la pauvreté, Paul Vergès a espéré que ce dernier prenne en compte les causes de la pauvreté, avant d’en constater les conséquences.



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En créant les conditions de l’accroissement des inégalités, et en ne prenant pas en compte l’inévitable croissance de la population de La Réunion, les gouvernements portent une lourde responsabilité dans l’extension de la pauvreté.

La venue de François Chérèque entre dans « le cadre de mesures envisagées dans l’immédiat et dans un avenir proche de lutte contre la pauvreté » et suite aux visites des ministres Victorin Lurel (Outre-mers), avant celles de Michel Sapin (Travail), et Manuel Valls (Intérieur) prévues prochainement. Face aux « tentatives du gouvernement de fixer une analyse pour les années à venir (2025) » , François Chérèque « doit faire un bilan des mesures sur la pauvreté et des autres mesures programmées » . Ce contexte « nous oblige à concevoir notre rôle politique, allons-nous attendre les projets du gouvernement pour ensuite les analyser point par point, sans un contexte de perspectives d’avenir, sans bilan du passé » , a posé Paul Vergès.

Les conséquences de la loi de 1946

Le sénateur Paul Vergès a pointé du doigt deux mesures découlant de la loi du 19 mars 1946 : la sur-rémunération et « l’ignorance de la transition démographique » . « Ma vision du bilan passé me fait penser qu’à partir de 1946, les objectifs de cette loi révèlent une ignorance irresponsable de Paris sur la situation et les perspectives de l’Outremer » . « Cette ignorance s’est traduite par des mesures immédiates », dès le 1er janvier 1947, a ajouté Paul Vergès, qui a dénoncé « l’entêtement des gouvernements successifs » qui « ont poursuivi ces mesures » .

Pour le sénateur, la loi de 1946 avait pour objectif de « mettre l’accent sur la situation économique et sociale de nos pays, afin qu’ils bénéficient des mesures d’intégration de la départementalisation, c’est-à-dire l’égalité sociale, la liberté et la condition de la cohésion sociale, la fraternité » . Cependant, le sénateur, ces mesures n’ont pas été appliquées, ayant entraîné pour certaines des « batailles considérables » , notamment pour l’égalité sociale.

Pour Paul Vergès, les « mesures prises dès le départ découlent de la responsabilité du gouvernement », notamment sur « le plan des revenus, qui pèse sur tout la stratification sociale » de la société et notamment « de la fonction publique coloniale auparavant modeste et mal rémunérée » à la différence de la fonction publique d’État, qui avait un salaire plus élevé qu’en France. Paul Vergès a expliqué que cette situation n’avait pas de conséquence sur la société réunionnaise, car elle concernait une minorité de personnes. Mais lorsque le statut des fonctionnaires d’État s’est étendu à l’ensemble de la fonction publique à La Réunion, cela a créé « les conditions de l’inégalité ».

Création des inégalités

En effet, le flux financier dû à la sur-rémunération a conduit à la création de monopoles dans les secteurs agroalimentaire, aérien ou encore automobile. La cherté de la vie, reconnue pour les fonctionnaires, n’a pas été prise en compte pour l’ensemble des Réunionnais, lorsqu’est apparue l’égalité, a expliqué Paul Vergès.

De plus, « un phénomène naturel a été minimisé » par le gouvernement, la transition démographique. Mettant en avant la transition démographique dans le monde et notamment en France, Europe et aux États-Unis, Paul Vergès a souligné que celle-ci a entraîné le développement de services publics comme la santé, l’éducation nationale...

Cette transition démographique à La Réunion « a été ignorée par le gouvernement » , alors qu’il « avait tous les éléments l’annonçant cette transition démographique ». D’ailleurs, ce phénomène naturel a provoqué une augmentation du nombre des fonctionnaires d’État, ainsi que le développement des infrastructures, des services et la mise en place d’une économie, basée sur ce niveau de rémunération.

Face à cette hausse de la population, «  le gouvernement a fait appel à toutes les mesures possibles qui ont échoué », « c’était l’affolement » a précisé Paul Vergès. Par exemple, le dispositif Bumidom entre 1973 et 1982, mis en place par Michel Debré, devait permettre de freiner la hausse démographique. Il ne l’a pas stoppé, mais ralenti. « Le gouvernement a eu un manque de maitrise sur le problème de la transition démographique. On en paie les conséquences aujourd’hui » , a noté Paul Vergès.

Il a exposé : « On va vers l’aggravation de la situation parce que c’est une crise structurelle de la situation économique et sociale de La Réunion » . D’autant plus que la transition démographique ne s’est pas terminée. La Réunion va passer de 800.000 habitants en 2012 à plus d’un million d’habitants en 2050. « Dans le bilan de 1946, il y a eu des rêves et des idéaux qui n’ont pas atteint leurs objectifs républicains » , a constaté Paul Vergès.

Céline Tabou


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