Actualités

Les grands enjeux des États-généraux

Gélita Hoarau face au Sénat

Geoffroy Géraud-Legros / 3 octobre 2009

D’emblée, la sénatrice a évoqué le contexte d’apparition des Etats-généraux, marqué par « la durée et parfois la violence des évènements ayant secoué les DOM », révélatrices de « l’ampleur du malaise qui affecte d’une part nos économies et d’autre part les classes les plus défavorisées, ainsi que les catégories sociales ayant un travail et, c’est plus récent, la couche moyenne ».

Ces mouvements sociaux de l’Outremer imposent un double constat : d’une part, la « gravité de la crise », qui apparaît au travers « du nombre croissant de chômeurs, de demandeurs de logement, de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, d’entreprises qui déposent le bilan », et la « persistance de l’illétrisme ».
D’autre part, « l’inefficacité des réponses apportées jusqu’à présent », qui ont « ont montré qu’elles ont atteint leurs limites, et ne permettent plus d’envisager une sortie de crise ». Ce constat, note la sénatrice, est partagé par « tous les acteurs de la vie politique, économique et sociale », qui conviennent désormais qu’il faut « changer de politique ».
Cette conclusion, rappelle Gélita Hoarau, est aussi celle du chef de l’État, « qui a donc proposé la tenue d’États-généraux pour l’Outre-Mer », et par le « Gouvernement, qui les a mis en œuvre ».
Les propositions réunionnaises
La sénatrice de La Réunion a contribué aux huit ateliers, formulant un ensemble de propositions qu’elle a présenté aux sénateurs.
Il s’agit en premier lieu de « mesures immédiates », répondant aux attentes des plus démunis. Celles-ci passent par « la création de deux grands services, l’un pour faire face aux risques environnementaux et pour sauvegarder la biodiversité, l’autre pour l’aide à la personne » (personne âgée, handicapée, petite enfance). Dans ce dispositif, précise la sénatrice, la « construction de logements doit être une priorité ».
De plus, note l’élue, « l’amélioration du niveau de vie nécessite l’application des conclusions de l’atelier sur les prix ainsi que celles de la mission parlementaire », mais encore, plus en profondeur, « une orientation résolue vers les échanges Sud-Sud », rompant avec « le colbertisme qui a toujours marqué nos échanges commerciaux ».
Le niveau de vie est en outre affecté par la disparité des revenus dans les DOM, ou coexistent « des revenus très bas, des revenus indexés, des minima sociaux ». La mission du Sénat « apporte une contribution à propos des revenus dans la fonction publique ».
Relever les grands défis
« Changements climatiques, crise énergétique, crise alimentaire, globalisation des échanges commerciaux, crise économique et financière, explosions démographiques »…Telles sont les grandes transformations que doit affronter le monde. Celles-ci se déclinent dans l’Outremer, qui participe à l’invention « d’un type de développement créateur de richesses et d’emplois, respectant notre environnement et notre identité culturelle ».
Gélita Hoarau a d’abord évoqué le « projet qui vise à l’autonomie énergétique à l’horizon 2025… rejoignant les ambitions de l’État exprimées dans le GERRI et le projet "Ile verte" de La Réunion économique ». Elle a ensuite rappelé la nécessité de « faire aboutir sans tarder » la politique de « grands travaux (route du littoral, prolongement de la route des Tamarins vers le Sud, tram-train… », soulignant que ces réalisations « répondent non seulement aux exigences du déplacement et de l’aménagement du territoire », mais « représentent de surcroît un gisement d’emplois considérables pour le secteur du BTP ».
Gélita Hoarau a rappelé que la route des Tamarins a mobilisé, pour sa construction, plus de 3.000 emplois directs et indirects.
Enfin, a-t-elle affirmé, le projet de développement durable « doit intégrer un projet identitaire » ; la sénatrice s’est réjouie de ce que « l’atelier culturel ait retenu pour La Réunion le projet de la MCUR (Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise) ».
Économie de la connaissance
Nos économies traditionnelles sont menacées par la crise, mais aussi, a rappelé Gélita Hoarau, par les « échéances de 2014, qui avec le règlement communautaire du sucre et de la banane », l’hypothèque sur le « maintien à leur niveau actuel des aides européennes, sur le devenir de l’octroi de mer »… Pour répondre à ces facteurs aggravants de la crise, la sénatrice a souligné la nécessité d’une « orientation résolue vers ce qu’il est convenu d’appeler l’économie de la connaissance dans les domaines des énergies renouvelables, de la santé, de la formation, du numérique, de l’ingénierie des services aux entreprise et à l’administration, etc. et la constitution de pôles d’excellence, pour faire face à la crise et aux accords de Partenariat économique que l’Union européenne est en train de passer avec les pays ACP voisins de La Réunion ».
Une seule alternative
« Que proposer en terme de gouvernance », s’est demandée la sénatrice, « pour que les Réunionnais mettent en application eux-mêmes un plan qu’ils ont eux-mêmes élaboré ? ».
Il n’y a là, a-t-elle affirmé, « qu’une alternative ». La première consiste à « ne rien proposer, et s’en remettre aux décisions qui seront prises pour la Métropole… ». Opérant ainsi un « repli sur un Droit Commun », dont « on ne cerne pas exactement le contenu… tout en exigeant des dérogations multiples, qui vident le Droit Commun de son sens ». Pareille attitude « ne peut s’interpréter que comme un refus de prendre ses responsabilités, et à un refus de faire qui incitera les autres à faire à notre place ».
La solution véritable consiste, a conclu Gélita Hoarau « à se saisir de l’occasion qui nous est offerte par ces États-généraux pour tout mettre à plat et discuter entre nous sans tabou », comme y invite le Président de la République, « des moyens à mettre en place pour faire face à tâche exaltante : le développement durable de La Réunion ».

Geoffroy Géraud


Kanalreunion.com