Actualités

Les jeunes de Saint-Benoît ouvrent l’année de la révolte inévitable

Z’enfan plère pa gaigne pa tété ! Les chômeurs n’auront rien s’ils ne manifestent pas

Manuel Marchal / 28 janvier 2013

Dans la nuit de samedi à dimanche, des jeunes de Saint-Benoît ont pris le chemin de la révolte. Ils revendiquent des emplois d’avenir et ils savent qu’il n’y en aura pas pour tout le monde. Qui prendra la responsabilité de refuser à 82% des jeunes chômeurs le bénéfice d’un emploi d’avenir ? Souhaitons que les jeunes puissent rapidement s’organiser pour en finir avec un système politique qui les trahit.

JPEG - 65.4 ko

En décembre dernier, La Réunion comptait 10.000 demandeurs de plus que 12 mois plus tôt. C’est comme si, chaque mois de 2012, une entreprise employant autant de salariés que le haut-fourneau de Florange fermait. À la fin de l’an dernier, 162.480 personnes étaient inscrites à Pôle Emploi, et face à l’aggravation de la situation, mis à part le PCR, les responsables politiques se taisent. Et les médias font la promotion de créatures médiatiques : ils n’ont tiré aucune leçon des évènements de l’année dernière.

Dans sa dernière publication, Pôle Emploi indique le nombre de jeunes de moins de 25 ans inscrits en tant que demandeurs d’emploi totalement privés de travail. Ils étaient 22.820 à la fin du mois de décembre.

À ces jeunes, les 7 députés proposent 5.000 emplois d’avenir. Ces contrats sont réservés aux jeunes bacheliers et étudiants au chômage depuis plus d’un an, aux jeunes titulaires d’un BEP ou d’un CAP inscrits à Pôle Emploi depuis plus de 6 mois, aux jeunes sans diplôme. Rappelons que ces derniers ont un taux de chômage proche de 70% !

Où sont les emplois d’avenir et pour qui ?

Dans la nuit de samedi à dimanche, des jeunes se sont révoltés à Saint-Benoît. Ils ont dressé un barrage enflammé devant une grande surface. Ils revendiquent un travail. Ils protestent contre la manière dont les élus de la commune attribuent les contrats aidés. Ces jeunes savent que les maires ne vont pas tarder à commencer la distribution des emplois d’avenir, alors ils ont demandé leur part. Nul doute qu’ils suivront attentivement les attributions, car s’ils se sont organisés, c’est qu’ils savent déjà que des choix seront faits, car le nombre d’emplois promis est très inférieur à la demande.

Ce mouvement n’est pas sans rappeler ceux de l’année dernière. Il y eut tout d’abord les grandes manifestations de février et la sévère répression qui a suivi : une centaine de jeunes jetés en prison, seuls le PCR et Paul Vergès avaient protesté, “Témoignages” avait demandé leur libération.

La période électorale avait fait retomber la tension. C’était le moment des promesses, avec en particulier l’opportunité offerte par les emplois d’avenir. Il suffit de reprendre les déclarations des 7 députés à la télé.

La fin de l’état de grâce

Ce calme ne dura que le temps de l’état de grâce du gouvernement. Dès le mois de septembre, des jeunes ont barré la route à Bellepierre, ils demandaient les emplois promis. Ils obtinrent rapidement satisfaction, puisque le maire leur demanda de proposer eux-mêmes les jeunes qui pourront en bénéficier. À la même époque, une association de Saint-Paul manifestait devant le Conseil général pour sauver ses emplois, elle réussit à obtenir 12 contrats. Un autre mouvement lancé par les parents d’élèves faisait irruption à Saint-Leu : ils demandaient des contrats aidés supplémentaires pour assurer un meilleur service pour leurs enfants. Le maire leur dit d’aller revendiquer sous les fenêtres du préfet, et quelques jours plus tard, Thierry Robert se mettait à genou devant le représentant de l’État. Et on connaît la suite.

Quelle députée (député) va exclure 78% des jeunes ?

Depuis ce mois de septembre, la crise s’est aggravée. L’état de grâce est bien loin, et la loi créant les emplois d’avenir a été promulguée. Et pour que la population soit bien au courant, le ministre des Outre-mer a fait 10.000 kilomètres pour être sur la photo de la signature des premiers contrats à la Préfecture.

À ce moment-là, les estimations du nombre attribué à La Réunion allaient bon train. La France, c’est-à-dire « l’État totalement en faillite » , selon les mots du ministre du Travail, en financera 5.000 à La Réunion, pas un de plus cette année.

Maintenant se pose la question de savoir qui décidera des bénéficiaires. Qui fera le tri parmi les 23.000 jeunes inscrits à Pôle Emploi pour n’en garder que 5.000 ? Qui prendra la responsabilité d’exclure 78% des jeunes ?

L’année 2013 sera l’année de la révolte, annonçait "Témoignages". Ce sont les jeunes de Saint-Benoît qui ont lancé le mouvement, et tous les démocrates ne peuvent qu’encourager tous les jeunes chômeurs à se lever et à mettre les prometteurs face à leurs responsabilités. Ceux qui veulent faire du clientélisme seront rapidement dénoncés, et ils seront la cible de la légitime révolte de la jeunesse. Souhaitons que les jeunes puissent rapidement renforcer leur action pour en finir avec des élu(e)s qui les trahissent, mais qui cumulent des indemnités mensuelles qui dépassent allègrement 10.000 euros.

Manuel Marchal

Des maires irresponsables manœuvrent

Des maires tentent de manœuvrer, exemple à Saint-Paul.

La Députée-maire de Saint-Paul qui n’a rien d’autre à proposer communique sur une autre manière de recruter. La proposition de la Mairie de Saint-Paul, c’est de dire aux chômeurs : aller poser votre candidature à Pôle Emploi.

Mais ce qu’il est important de savoir, c’est que ce n’est pas le Pôle Emploi qui fait le recrutement. Il renvoie à la mairie une liste de candidats, et c’est la mairie qui décide de faire le tri, c’est-à-dire, qui doit être embauché et donc qui doit être exclu. Les jeunes le savent déjà.

Les candidats à un emploi d’avenir savent donc à qui s’adresser : la mairie et pas Pôle Emploi.


Kanalreunion.com