Actualités

Les municipales aboutissent à l’inversion de la majorité

Les effets d’un scrutin qui a fait tomber un gouvernement

Témoignages.re / 1er avril 2014

En 2012, les Réunionnais avait voté à 72% pour François Hollande, et ils avaient choisi d’envoyer à l’Assemblée nationale 5 députés PS et une PLR pour faire appliquer le changement auquel ils croyaient. 18 mois plus tard, les forces qui avaient appelé à voter François Hollande dès le premier tour subissent un échec électoral. La majorité s’est inversée.

JPEG - 133.5 ko
Les espoirs placés dans le vote à 72% pour François Hollande sont déçus. Le BTP n’est pas près de voir la sortie du tunnel. (photo Toniox)

Le résultat des élections municipales se conclut sur un net recul de la majorité. Au total, elle perd la direction de plus de 150 villes grandes et moyennes. Le rejet de la politique du gouvernement s’est aussi manifestée par une abstention en hausse entre le premier et le deuxième tour.

L’Outre-mer n’a pas été à l’écart de ce mouvement. Ainsi en Guadeloupe, le Parti socialiste a subi un échec, matérialisé par la défaite dès le premier tour de la liste comprenant Victorin Lurel dans la commune de Vieux Habitants.

La Réunion a également été touchée par l’effet de la politique du gouvernement. Dès le premier tour, les députés PS et PLR subissaient un recul de plus de 20 points par rapport au score des législatives. Au second tour, un parlementaire de la majorité sur les quatre en lice a réussi à gagner l’élection à la majorité relative. Partout ailleurs, c’est la défaite.

Au Tampon, Jean-Jacques Vlody termine troisième de la triangulaire. À Sainte-Rose, le sénateur Vergoz échoue une nouvelle fois dans son opération de reconquête de la Mairie. À Saint-Paul, Huguette Bello est distancée de plusieurs milliers de voix par Joseph Sinimalé.

Avec la défaite de Victorin Lurel, la perte de Saint-Paul, commune de plus de 100.000 habitants, constitue l’événement outre-mer.

PCR et PLR principales victimes de la division

Comme partout ailleurs, ceux qui ont appelé à soutenir François Hollande dès le premier tour connaissent un recul : le PS perd deux communes, le PCR trois sur quatre, et PLR toutes ses communes et en gagne une au détriment du PCR.
Concernant le Parti communiste réunionnais et le PS, ces municipales de 2014 sont donc un retrait important par rapport au résultat de 2008. Lors des précédentes municipales, l’union des forces de progrès était un principe qui n’avait que de rares exceptions. C’est ainsi que le PCR qui dirigeait déjà Le Port, La Possession, Sainte-Suzanne, a réussi à prendre la tête de Saint-Louis, Saint-Paul et Saint-André, ainsi que Trois-Bassins et Saint-Leu en coalition. Pour sa part, le PS avait pu reprendre Saint-Denis et Saint-Benoît, tout en obtenant en plus La Plaine des Palmistes.
Cette année, la tendance s’est inversée sous le poids d’une double division. Ce fut tout d’abord la rupture du front progressiste en 2010, avec le maintien de la liste PS au second tour des régionales pour faire battre l’Alliance.

Cela a été ensuite la création du parti d’Huguette Bello en 2012 lors des élections législatives. La députée a entrainé avec elle une partie des cadres du PCR, ce qui a provoqué une division de l’électorat du PCR, et des directions municipales. Saint-Paul, Saint-André et Trois Bassins étaient passées sous la coupe de PLR. Dimanche soir, la division a entrainé la perte de toutes ces communes. Le PCR a perdu lui aussi Saint-Louis dès le premier tour, plus Le Port et La Possession au second tour. La division a donné un espoir inespéré à des forces qui n’aurait pas pu faire basculer ces villes dirigées par le PCR depuis 1971.

Le poids des appareils municipaux

En cette période de crise, le sortant bénéficie d’un avantage important quand il peut s’appuyer sur l’appareil municipal. Plus de 60% des maires ont ainsi été reconduits. Avec des taux de chômage et de pauvreté record, l’attribution ou pas d’un emploi aidé a pesé lourd dans la balance. Difficile aussi de résister aux promesses quand la situation personnelle est d’une précarité extrême.

Aujourd’hui, les élus, et en particulier les nouveaux maires, sont face à leurs engagements. Ils devront gérer l’immense attente qu’ils ont créé dans un contexte de diminution des ressources financières des collectivités. L’État baisse ses subventions, l’octroi de mer est menacé par les exigences de l’Organisation mondiale du commerce. Il ne reste plus que l’augmentation des impôts ou de l’endettement comme source potentielle de recette nouvelle. Or, l’ensemble de la population est-elle prête à se laisser ponctionner encore plus pour financer des promesses d’embauche ou d’augmentation de salaires ?

L’échec des jeunes en politique

Enfin, les élections municipales à La Réunion marquent l’échec de l’entrée en politique d’une nouvelle génération. Pour la première fois, des maires sortis par les urnes reviennent à la faveur d’une élection. Ce sont les plus âgés qui l’ont emporté. Cela remet en cause tout le discours appelant à mettre les anciens de côté au profit d’une génération nouvelle. Didier Robert, le porte-drapeau de cette génération, a d’ailleurs été éliminé dès le premier tour au Tampon. Les deux exceptions du Port et de La Possession ne doivent leur élection qu’à la division de l’électorat communiste à leur profit.

Les équipes élues dimanche sont face à des grands défis. Au cours de leur mandat, la population réunionnaise dépassera les 900.000 habitants. 60.000 jeunes Réunionnais obtiendront leur bac et demanderont tôt ou tard un emploi à la hauteur de leur qualification. Avec la réduction des susbsides de l’Etat, il sera plus difficile pour les communes de jouer le rôle de l’amortisseur social par des embauches dans les services municipaux. La publication des derniers chiffres du chômage rappelle l’ampleur de la crise : quelle réponse crédible donner à 170.000 demandeurs d’emploi ?


Kanalreunion.com