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Les O.N.G. jugent inefficace et injuste la taxe sur les transactions financières

Parmi les nombreuses mesures injustes annoncées par Sarkozy

Témoignages.re / 1er février 2012

Fin de la semaine de 35 heures, hausse de 1,6 point de la TVA passant de 19,6% à 21,2% afin de compenser 13 milliards d’euros de baisses de charges patronales au risque de renforcer l’inflation, etc. Les annonces de Nicolas Sarkozy dimanche soir suscitent de nombreuses critiques dans le monde social et politique. Parmi ces mesures, on peut citer la taxe sur les transactions financières (TTF) qu’il souhaite instaurer dès le mois d’août prochain et qui est jugée insuffisante par les ONG (Organisations non gouvernementales). Parmi celles-ci, ONE, une organisation co-fondée par le chanteur Bono, estime cette taxe de « mascarade » ; Oxfam la qualifie de « façade ». Toutes l’estiment détournée de sa vocation : celle de financer les plus pauvres, et non les caisses de l’État. Explications.

La France va appliquer au 1er août une "taxe sur les transactions financières" de 0,1%, qui rapportera aux caisses de l’État « un milliard d’euros en année pleine » pour « réduire les déficits », a déclaré le chef de l’État. Les organisations non gouvernementales ont immédiatement dénoncé une taxe « au rabais ».
« Tout ça pour ça », s’est désolé Guillaume Grosso, le directeur pour la France de ONE. « À trois mois des élections, le président-candidat présumé nous annonce une taxe de mascarade pour renflouer les caisses de l’État et non plus pour aider les plus pauvres », a-t-il ajouté.

Pas de justice fiscale

De la même manière, Oxfam France estime qu’un milliard, « c’est très en deçà de ce que ça pourrait rapporter ». « Même en y ajoutant la hausse de la CSG sur les revenus du capital (qui devrait rapporter moins de 2 milliards), le compte n’est pas bon pour la justice fiscale », enrichit ATTAC.
« Le produit servira à combler les déficits et pas à financer les politiques de solidarité et de préservation de la planète : ce qui sera prélevé à la finance lui sera redistribué. On est bien loin d’un projet crédible et efficace, qui suppose une réelle volonté de désarmer la finance et de redistribuer les richesses, au plan national et international », explique ATTAC.

Une taxe de façade

Plus globalement, les ONG Coalition PLUS, AIDES et Oxfam France regrettent qu’à l’approche des élections, le gouvernement tente de faire illusion sur ce projet-phare en se contentant d’une taxe de façade. « Après tant d’annonces et d’engagements depuis deux ans, la montagne accouche d’une souris. Au Brésil, place financière nettement moins importante que la place française, la TTF rapporte 12 fois plus que ce que nous propose le gouvernement ! Taxer les milieux financiers à hauteur de 1 milliard au lieu de 12, c’est leur faire un cadeau de 11 milliards », souligne Khalil Elouardighi, de Coalition PLUS.
« En refusant de taxer efficacement les obligations et les produits dérivés, le gouvernement français renonce délibérément à dégonfler la spéculation et à financer correctement la lutte contre la pauvreté, le Sida et le changement climatique, des ambitions pourtant affirmées à de nombreuses reprises par Nicolas Sarkozy », ajoute Alexandre Naulot, d’Oxfam France.

« Revoir sa copie ! »

« Par rapport aux TTF étrangères, le projet du gouvernement comporte de nombreux manques », estiment Coalition PLUS, AIDES et Oxfam France. « De plus, la TTF française propose d’exempter les transactions réalisées par les banques pour leur propre compte, c’est-à-dire une partie majeure de leurs bénéfices. En ne couvrant pas les obligations d’État et des entreprises, elle n’aura aucun effet sur les banques qui spéculent sur la dette souveraine et les obligations. Enfin, en ne se dotant pas d’une taxe efficace sur les produits dérivés, elle permet aux institutions financières de continuer à spéculer sur ces produits toxiques, tels que les fameux Credit Default Swap utilisés contre la Grèce, l’Italie et la France », poursuivent Coalition PLUS, AIDES et Oxfam France.
« D’après le cabinet d’ingénierie financière "99 Partners" (dont les experts sont issus de BNP, Deutsche Bank et Rothschild), la France peut tout à fait copier la Stamp Duty britannique et l’étendre aux obligations et aux dérivés. Cela rapporterait plus de 12 milliards d’euros par an. Selon ces experts, même limitée aux seules actions françaises, la TTF devrait rapporter entre 6 et 8,5 milliards d’euros ». C’est pourquoi Coalition PLUS, AIDES et Oxfam France pensent qu’« une "autre" taxe beaucoup plus ambitieuse est donc possible » et demandent au « gouvernement de revoir sa copie ! ».


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