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Les Réunionnais dindons de la farce UMP ?

Un emprunt de 500 millions d’euros pour couvrir le désengagement de l’État de la nouvelle route du littoral ?

Manuel Marchal / 10 décembre 2011

Sur un plan médiatique, la signature d’un emprunt de 500 millions d’euros par le premier annonceur publicitaire du troisième trimestre s’est faite dans la discrétion. Pas de cérémonie à La Réunion, et donc les Réunionnais mis à l’écart d’une décision qui les engagent sur 40 ans, c’est-à-dire plusieurs décennies après la fin de la carrière politique de Didier Robert… Manifestement, des questions se posent : les Réunionnais sont-ils les dindons de la farce UMP ?

Didier Robert convoqué à Paris par le gouvernement pour s’entendre dire que l’État n’honorera pas son engagement à financer la route du littoral, et sommé de signer un prêt de 500 millions d’euros s’il veut avoir les fonds pour continuer de faire croire qu’il va faire démarrer le chantier. N’est-ce pas là que réside l’explication de l’incroyable discrétion de la Région Réunion dans les médias ?
500 millions d’euros, voilà en effet matière à acheter des placards publicitaires pour des milliers d’euros… ce silence cache bien quelque chose. Et les Réunionnais sont les dindons de la farce UMP qui fragilise considérablement les capacités de la Région Réunion. Voici pourquoi.

Hausse des dépenses de fonctionnement

Jusqu’en mars 2010 sous la mandature de Paul Vergès, la Région Réunion était très bien notée. Elle avait réussi à dégager une épargne de plus de 160 millions d’euros, mais cela découlait de la conjonction de trois critères : la maîtrise des dépenses de fonctionnement, l’augmentation continue des recettes et des taux d’intérêt faibles pour emprunter.
Sur le premier point, force est de constater l’envolée des dépenses récurrentes n’ayant aucun lien avec l’investissement. Ainsi chaque année Didier Robert va distribuer plus de 10.000 bons d’achat de 500 euros pour des ordinateurs. Il va aussi donner des dizaines de milliers de bons de réduction sur les billets d’avion. À cela s’ajoute la hausse considérable du nombre d’emplois précaires financés par la Région : les emplois verts.
Cerise sur le gâteau, la Région Réunion est passée en tête des annonceurs publicitaires de La Réunion tandis que la subvention versée à l’IRT a explosé les compteurs. Sans prendre la peine de fouiller dans les recrutements opérés depuis l’an dernier par l’UMP à la Région, il est évident que les dépenses de fonctionnement ont échappé à toute maîtrise.

Les recettes n’augmentent plus

Aux côtés de cette flambée des dépenses, les recettes font pâles figures.
Dès son arrivée à la direction de la Région, Didier Robert a décidé de stopper plusieurs grands chantiers. Cela prive la collectivité d’une ressource, le fonds de compensation de la TVA (FCTVA), qui représente plus de 15% du montant d’un investissement.
Une autre recette provient de la dotation versée par l’État. Or depuis l’an dernier, le gouvernement s’est engagé à geler le montant alloué aux collectivités. Donc rien à attendre de ce côté.
Le ralentissement de la consommation a une conséquence, la baisse du revenu tiré de l’octroi de mer. Cela a un impact sur les comptes de la Région.
Dans le contexte de crise actuelle, il apparaît utopique d’augmenter la pression fiscale sur la population.

Désengagement de l’État

Pendant que les dépenses de fonctionnement augmentent considérablement, les recettes stagnent. Les comptes sont donc déséquilibrés.
C’est là qu’intervient un emprunt de 500 millions d’euros, à taux variable. Dans le contexte de crise de la dette, qui peut croire que les taux d’intérêt vont diminuer ? La banque prêteuse est sur le point de perdre son triple A dans le sillage de la déconfiture de Sarkozy. La Région Réunion sera elle aussi concernée par une baisse de son évaluation, car elle est partie de l’État au sens large, un État menacé par une baisse de sa note.
Les conditions sont donc extrêmement défavorables, alors pourquoi emprunter maintenant ?
La réponse réside sans doute dans l’annonce du gel des dotations de l’État aux collectivités. Avant la crise financière, le pouvoir central refusait déjà d’honorer ses engagements avec les collectivités. Il a ainsi accumulé plus de 300 millions d’euros de dette auprès du Conseil général. La collectivité doit donc prendre en charge des dépenses de l’État au détriment des investissements.
À la Région, le pouvoir central avait voulu rejouer le même coup avec la continuité territoriale. Paul Vergès était donc intervenu pour que Paris tienne son engagement, car il n’était pas question que les Réunionnais paient à la place de l’État. Mais avec l’arrivée de Didier Robert à la Région, une des premières décisions a été de contribuer à la continuité territoriale à la place de l’État.
C’est exactement la même tactique pour la nouvelle route du littoral. La mobilisation autour du Pôle sanitaire Ouest part du fait que l’État a décidé de ne pas financer maintenant la construction de cet hôpital en prétextant la nécessité d’attendre le redressement des finances publiques. Si le gouvernement fait attendre les malades, qui peut croire que la construction d’une route passera devant celle d’un hôpital ?

Manuel Marchal

« L’État n’abondera pas les futurs investissements »

Interrogé dans "les Échos" de lundi, Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière française, revient sur l’annonce de François Fillon relative au gel des aides de l’État pour les investissements des hôpitaux. Ces projets vont-ils être abandonnés ?

« Les projets qui viennent d’être gelés sont, a priori, ceux pour lesquels les aides financières n’avaient pas fait l’objet de notifications.

Les chantiers qui ont démarré ne devraient pas être affectés. Pour tous les autres, et jusqu’à nouvel ordre, l’État n’abondera pas les futurs investissements. Cela signifie, dans la situation financière actuelle où presque aucune opération d’envergure ne peut se faire sans le soutien financier de l’État, que la plupart des projets seront reportés sine die. On peut le comprendre au vu de l’urgence à tenir les dépenses publiques, mais cette décision devra être réexaminée dès que possible ».

Parmi les chantiers inscrits dans l’accord signé par Didier Robert avec François Fillon à Matignon, aucun n’a commencé. Ils correspondent donc aux critères de désengagement de l’État.

Qui peut croire que la Région est "too big to fail" ?

« Too big to fail », cette expression signifiant trop gros pour faire faillite avait commencé à devenir familière lors de la crise des subprimes en 2008. En effet, à plusieurs reprises, le gouvernement américain était venu en aide à d’importants établissements financiers proches de la rupture. Mais en septembre 2008, la Maison-Blanche décidait de laisser plonger Lehmann Brothers. Cette faillite est à ce jour le plus gros dépôt de bilan de l’histoire. Il a déclenché une véritable tempête sur toutes les places financières. Quelques mois auparavant, personne n’aurait pensé qu’une telle chute puisse arriver, et pourtant.

Trois ans plus tard, ce ne sont plus seulement des banques qui sont attaquées. La crise financière des subprimes est devenue une crise de la dette souveraine des États européens. Ces derniers se sont en effet endettés pour sauver des banquiers bien imprudents. Les sommets de la dernière chance se multiplient, et trois ans après la faillite de Lehmann Brothers, la fin de l’euro est brandie comme une menace par les dirigeants européens.

Cette crise amène un ralentissement de l’activité économique. Les Européens n’ont pas fait le choix de la relance, mais celui de l’austérité et ce sont les agences de notation qui s’apprêtent à faire plonger États, collectivités et banques.

Voilà le contexte dans lequel a été signé à Paris par Didier Robert un prêt de 500 millions d’euros qui endette la Région sur 40 ans. Mais la Région est-elle "too big to fail" ?


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