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Les Réunionnais doivent être respectés

Vague d’indignations après des propos indignes d’un président de la République

Manuel Marchal / 17 novembre 2011

Mardi, Nicolas Sarkozy a concentré ses attaques sur les victimes de la sa politique. Partout à La Réunion, des voix s’élèvent pour condamner de tels propos. L’ARCP et le groupe PCR-Alliance du Conseil général dénoncent des propos indignes d’un président de la République et appellent au respect des Réunionnais. Seul l’UMP préfère défendre les intérêts de classe du président de la République plutôt que les intérêts de La Réunion.

Mardi, le président de la République a visité une caisse d’allocation familiale à Bordeaux. Puis il a prononcé un discours dans la ville dirigée par Alain Juppé, le numéro deux du gouvernement. Son discours avait pour thème le modèle social français. Nicolas Sarkozy a donc profité de sa position de président de la République pour lancer, aux frais du contribuable, une série d’attaques indignes contre les pauvres. Il désigne les victimes de sa politique comme les responsables de l’aggravation de la situation. Il veut également que les allocataires du RSA travaillent gratuitement 7 heures par semaine. Voilà qui ne pourra qu’aggraver la précarité. Si cette mesure était mise en place, le travail gratuit de cinq allocataires du RSA représenterait en effet l’équivalent d’un emploi à temps complet.
Il est à noter qu’une annonce a été mise en musique le soir même : la diminution des droits des travailleurs malades. Dorénavant, un jour de carence supplémentaire sera appliqué dans les arrêts de travail pour maladie.
Dans le contexte de notre île, ces attaques ont une ampleur beaucoup plus grande qu’en France car elles visent la majorité de la population. Dès hier matin, le PCR et l’Alliance ont lancé la résistance.

La résistance s’organise

Dans un communiqué diffusé hier [1] le groupe PCR-Alliance du Conseil général estime qu’« en amalgamant la fraude au bénéfice de la solidarité nationale vers des publics qui sont déjà victimes de la précarité, le président de la République fait de nouveau la démonstration que ce gouvernement vient frapper les plus pauvres pour réduire les déficits nationaux ». Et de rappeler que « pour une vraie justice sociale, du point de vue du Conseil général ce qui importe est que l’État assume les charges des transferts de compétences, en particulier la dette relative au RMI qui se chiffre à plus de 500 millions d’euros en cumulé ».
Dans une motion présentée hier en Commission permanente [2] le groupe PCR-Alliance demande au gouvernement « la prise en compte de l’urgence et de la gravité la situation économique et sociale dramatique subie par La Réunion en raison de la crise financière internationale et ses répercussions sur le territoire réunionnais dont les conditions de développement sont encore dégradées par rapport au territoire national ».
Les conseillers généraux de l’Alliance et du PCR souhaitent également que les parlementaires de La Réunion interviennent « pour sauvegarder les modalités d’une solidarité nationale soutenue vis-à-vis de l’outre mer afin de ne pas aggraver la crise en cours qui conduira à davantage de précarité et par conséquent renchérira le coût social de cette crise, et impactera la situation financière des collectivités locales ».
L’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté est indignée [3] « peut-on accepter qu’on traite un tiers de notre population vivant du RSA de citoyen qui tend la main et qui fraude ? ». L’ARCP précise que l’augmentation du chômage est la conséquence de choix faits par les responsables de la gouvernance. « L’ARCP appelle les Réunionnaises et les Réunionnais à ne pas tomber dans le piège et à rester lucides face à ces dangereuses mascarades, à ces manœuvres électoralistes extrémistes et trompeuses », conclut le communiqué.
Pour sa part, la présidence du Conseil général estime que « ce n’est pas en stigmatisant une catégorie de la population que l’on contribuera à son insertion. En ces temps de crise, le pays n’a pas besoin de davantage de division mais de davantage de cohésion ».

Ce gouvernement doit dégager

Dans notre pays, les phrases prononcées par Nicolas Sarkozy prennent une ampleur considérable. Dans notre île, le chômage explose à cause justement des décisions prises par l’UMP à Paris et à la Région. Le taux de chômage chez les jeunes dépasse les 60%, le nombre de travailleurs à la recherche d’un emploi est supérieur à 150.000, ce qui est du jamais vu dans notre pays.
Il ne reste qu’un grand chantier, celui du pont de la rivière Saint-Étienne lancé voici deux ans par Paul Vergès. Toutes les autres possibilités de relance ont été démolies par la Région, pendant que le gouvernement organisait la ruine du BTP et de la filière photovoltaïque.
À l’échelle de la République, ce gouvernement a creusé un déficit sans précédent en trois ans à cause de ses décisions. Il a enlevé aux riches une part importante de sa contribution à l’effort national. Il a également supprimé plus de 100.000 emplois dans la fonction publique, qui sont autant de moyens et de recettes enlevés à l’action publique. En voulant privilégier sa classe sociale, ce gouvernement a mis dans une situation dramatique tout le reste du pays.
À six mois de la présidentielle, le principal responsable de la politique actuelle dit clairement qu’il ne compte pas corriger les sources d’injustices, mais veut au contraire enfoncer encore davantage tous ceux qui souffrent pour préserver les intérêts des plus riches. Ce sont toujours les intérêts de classe qui passent avant l’intérêt général.
De toutes les réactions entendues hier, seule celle de l’UMP appuie Nicolas Sarkozy, faisant donc passer les intérêts de classe du gouvernement avant ceux des Réunionnais. Il reste six mois avant l’élection présidentielle, six mois pour créer les conditions d’un changement de politique : ce gouvernement doit dégager.

M.M.

Sarkozy déclare la guerre aux pauvres

Voici quelques propos tenus mardi par le probable candidat de l’UMP à la présidentielle :

« Frauder la Sécurité sociale, c’est voler ». Dans son viseur : « Celui qui emploie un salarié sans le déclarer », « celui qui minore ses ressources », « celui qui bénéficie d’un arrêt de travail frauduleux », « celui qui prescrit » ce même arrêt de travail… 3,4  milliards d’euros de fraudes ont été détectés, a-t-il souligné, dont 460 millions concernant la Sécurité sociale, soit 20 % de plus qu’en 2009.

Nicolas Sarkozy a donc insisté sur «  les droits et les devoirs des assurés sociaux  ». Avec une annonce à la clé : une expérimentation, d’ici à la fin de l’année, d’une « obligation de travail de sept heures pour les bénéficiaires du RSA » dans une dizaine de départements.

Où sont les emplois ?

« Face à ces CUI de 7 heures hebdomadaires de travaux d’intérêt généraux annoncés hier par le Président de la République, force est de constater combien cette mesure est techniquement irréalisable, financièrement insoutenable et moralement répréhensible », indique la présidente du Conseil général dans un communiqué.

« Mon devoir de Présidente de Conseil général est de jouer pleinement mon rôle de bouclier social, de dénoncer ce genre de dispositif et de refuser de prendre part à toute expérimentation », souligne-t-elle car « il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. Ce n’est ni raisonnable ni responsable de vouloir faire croire aux Réunionnais qu’on va être capable de trouver autant d’heures de travail à leur faire faire ». (…).

Et de conclure en rappelant que quand un travailleur est contraint d’être allocataire du RSA pour survivre, son objectif n’est pas d’être employé sept heures par semaine.


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