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Les Réunionnais ont droit à un train

Collectif Nou Vé Nout Tram

Témoignages.re / 21 septembre 2013

Le Collectif Nou Vé Nout Tram tenait hier une conférence de presse dans un lieu symbolique : l’ancienne gare du chemin de fer à Saint-Pierre. Le collectif se mobilise pour que les Réunionnais puissent avoir droit à un TER, Transport express régional sur rail, au nom de l’égalité territoriale.


Cette Semaine européenne de la Mobilité est l’occasion pour le Collectif Nou Vé Nout Tram de porter devant l’opinion publique la problématique des transports et des déplacements à La Réunion…

Cette question des modes de transport pour La Réunion doit s’inscrire dans une perspective d’avenir, mais doit également s’identifier à son contexte économique et social.

Ainsi, le mode de transport que nous souhaitons soutenir :

Doit pouvoir être apte à répondre aux besoins économiques de ses acteurs ;

Doit être accessible à l’ensemble de la population ;

Mais il doit surtout favoriser de manière plus performante la mobilité des déplacements des jeunes, des personnes à mobilité réduite, des personnes âgées et des actifs de la société réunionnaise…

Le nombre d’automobiles du parc réunionnais augmente d’année en année à proportion de 20.000 par an, soit 280.000 supplémentaires d’ici 2020. Pour un total de près de 600.000 voitures pour 1 million d’habitants dans quelques années sur notre petite île.

« Conserver la posture de l’autruche et laisser augmenter indéfiniment le nombre d’automobiles, c’est conduire les Réunionnais vers le coma circulatoire, car le réseau routier pourtant performant est déjà asphyxié… ».

Le choix de la modernité

A partir de là, la politique des modes de transport doit alors s’inscrire dans le développement de l’intermodal et du multimodal pour absorber ses contraintes environnementales et sociétales.

Aussi, nous pensons que la mise en service d’un TER produira une augmentation de la fréquentation de taxis, de navettes, de bus, mais faudrait-il encore qu’il s’intègre dans un schéma de transport cohérent et global, car le TER ne peut régler à lui seul la problématique des déplacements. Par conséquent, une véritable coordination entre un réseau TCSP Bus performant et un itinéraire Train est à souhaiter. Dans ce tissu de transport alterneraient alors des modes de transports absorbant les défis du futur par la mise en œuvre d’une voie ferrée allant de Saint-Benoit à Saint-Joseph en passant par l’Ouest.

Par conséquent, il ne s’agit pas de dire non à l’automobile, mais plutôt non au tout automobile. Il s’agit de proposer un choix alternatif de moyen de transport influençant harmonieusement notre quotidien. « Il suffit d’imaginer avec quelle aisance un étudiant de l’Ouest pourrait se rendre demain en train au Centre hospitalier universitaire de Médecine de Saint-Pierre ».

L’État doit doublement s’impliquer

La participation de la puissance publique dans le financement de la mise en œuvre d’un TER est doublement légitime à La Réunion.

Doublement légitime, car c’est bien l’État qui avait pris la décision de supprimer le réseau ferroviaire existant au début des années 1970 au profit du lobby automobile et, par conséquent, c’est bien l’État qui porte la responsabilité de l’absence d’un réseau ferroviaire actuellement. Car si le chemin de fer n’avait pas été supprimé, nous ne serions pas aujourd’hui à quémander le rétablissement du train.

La deuxième raison de cette légitimité de réclamer un TER à l’État s’inscrit dans la revendication de l’égalité territoriale.

Et cette revendication d’une égalité territoriale passe par la requête d’un véritable réseau ferroviaire comme dans toutes les autres régions de la France qui ont la charge de la gestion du TER depuis la décentralisation.

Par ailleurs, puisque nous sommes dans la Semaine européenne de la Mobilité, il est essentiel de préciser que depuis 2001, et à plusieurs reprises mis à jour dans un livre blanc, la Commission européenne a élaboré une stratégie de sa politique de transport visant un développement durable où elle préconise le transport ferroviaire à travers plusieurs directives.

« A ceux qui ont voulu hâtivement conclure le dossier d u tram-train… nous leur disons “La bêtise, c’est de conclure”, selon Flaubert… », dit Krishna Damour.

72% en moyenne financé par l’État

Pour le collectif, ce projet ferroviaire ne pourra se faire sans l’appui et l’accompagnement de l’État, car il s’agira pour assurer son financement d’étendre à La Réunion, comme cela se fait dans toutes les autres régions de France, les dotations ferroviaires dites TER.

Le collectif souligne que le processus de régionalisation du réseau ferroviaire est enclenché depuis la LOTI de 1982 (Loi d’orientation des transports intérieurs). Ce mouvement s’est poursuivi en 1995 avec la Loi d’orientation pour l’aménagement du territoire. Et en 2002, avec l’acte 2 de la Décentralisation, les Régions sont devenues des autorités organisatrices de transport ferroviaire sur leur territoire. Ainsi, on peut dire que la genèse du TER résulte de la décentralisation. De cette manière, l’État participe à hauteur de 72% en moyenne au financement du TER à travers deux types de dotations (1- Le comblement de l’insuffisance au titre de l’exploitation ; 2- Participation de l’État au financement du renouvellement du matériel roulant) et la Région et la vente de billets pour 28%.
Lettre au président de la République et au gouvernement

C’était sur la base de sa parole donnée que notre collectif avait appelé à voter pour François Hollande lors de la présidentielle, rappelle Krishna Damour, le candidat avait déclaré le 1er avril 2012 dans son discours à Saint-Louis : « Vous avez besoin d’infrastructures, vous souffrez plus que d’autres régions de France et d’Outre-mer de ce problème du prix des carburants, ce qui a justifié un mouvement qui s’est produit au mois de février. Eh bien, il nous faudra aller vers le tram-train, c’était un projet que vous avez lancé et il appartiendra au prochain président de lui donner toute sa place »…

« 18 mois après, nous sommes donc en droit de lui écrire pour lui rappeler son engagement… Nous peinons à croire qu’il puisse prendre le risque de renier sa parole. Nous écrirons donc au président, mais aussi au gouvernement pour également leur rappeler que les crédits du démarrage des travaux existent déjà à travers le protocole d’accord de Matignon, mais qui ont été détournés vers un nouveau projet de route du littoral à 6 voies sur mer en viaduc ».
La route du littoral n’est pas un projet pour tous les Réunionnais

Le collectif souligne que ce projet de route dans sa configuration à 6 voies sur mer dont le coût est dès à présent annoncé à 1,6 milliard pour finir à un coût qui pourrait avoisiner les 2,5 milliards ne laisserait plus de grandes marges de manœuvre, et risque d’hypothéquer fortement la réalisation d’une voie ferrée.

« Quelle est la légitimité de mobiliser autant d’argent pour 60.000 usagers quotidiens sur la route du littoral (correspondant à environ 40.000 véhicules), car il n’en reste pas moins 300.000 autres véhicules se déplaçant non sans difficulté ? », interroge Krishna Damour, « cela signifie que la puissance publique demande à l’ensemble de la population et des contribuables de financer solidairement une route qui ne concerne qu’une minorité d’automobilistes à travers les prélèvements fiscaux directs et indirects ». Une fois de plus, le Sud est négligé.

L’alerte est grande, car « en supprimant les crédits du tram-train (430 millions) et en les redéployant sur une nouvelle route du littoral à un coût très élevé (1 milliard 600.000 pour atteindre 2 milliards 500.000, voire 3 milliards), la Région compromet pour l’avenir toute possibilité de réaliser un transport ferroviaire . Ce choix est anachronique aux critères du développement durable qui doivent promouvoir les modes de transports propres » .


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