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Les Réunionnais peuvent influer sur leur avenir

Nos relations avec l’Europe

Manuel Marchal / 6 mars 2010

Élie Hoarau, député au Parlement européen et ses deux colistiers de la section Océan Indien, Younous Omarjee et Maya Césari, ont fait le point sur les actions menées depuis huit mois auprès des instances de l’Union européenne. Autant de dossiers qui concernent également le prochain Conseil régional, car ils détermineront la nature des relations entre La Réunion et l’Union européenne.

Colistier d’Élie Hoarau dans la section Océan Indien de la circonscription de l’Outre-mer lors des élections européennes, Younous Omarjee est également l’assistant parlementaire du député réunionnais à Strasbourg et à Bruxelles. C’est sur lui que repose la responsabilité des relations quotidiennes avec les instances européennes et les différents groupes de pression qui gravitent autour. Des groupes puissants dont les intérêts divergent très souvent de ceux des Réunionnais.
Hier, lors d’une rencontre avec les journalistes, Younous Omarjee explique en préambule que les enjeux européens devraient être au cœur de la campagne des régionales. Car de nombreux rendez-vous de La Réunion avec l’Europe coïncident avec le prochain mandat des conseillers régionaux, de 2010 à 2014. Le colistier d’Élie Hoarau revient sur trois changements importants survenus depuis l’élection du député réunionnais voici huit mois.
C’est tout d’abord l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. C’est désormais l’article 349 qui fixe la nature juridique de la relation de La Réunion et des autres régions ultrapériphériques avec l’Union européenne. Cet article 349 sert désormais de base aux dérogations qui peuvent bénéficier à La Réunion, au titre de son retard structurel, de son éloignement permanent et de l’étroitesse de son marché.

Le cas des APE

Le traité de Lisbonne donne aussi de nouveaux pouvoirs au Parlement, et à la Commission européenne. « Un nouveau partenariat avec le Parlement européen peut être un grand soutien pour les RUP », précise Younous Omarjee. Il indique également que les RUP partagent une vigilance commune sur des dossiers prioritaires. C’est notamment le cas de la politique de cohésion, qui vise à réduire les inégalités entre les territoires situés à l’intérieur de l’Union européenne. Younous Omarjee rappelle que dans ce cadre, Élie Hoarau a proposé que l’appartenance au groupe des régions les plus prioritaires (Objectif convergence), ce qui est le cas de La Réunion, ne soit plus déterminée uniquement par la position du PIB par habitant par rapport à la moyenne européenne, mais aussi par le taux de chômage.
Younous Omarjee revient également sur une autre démarche entreprise par Élie Hoarau : la participation des Réunionnais aux décisions prises par l’Europe qui engagent leurs intérêts. C’est notamment le cas des négociations des Accords de partenariat économique, où seule la Commission a le mandat de négocier au nom des 27 États membres. Interpellée, la Commission européenne a répondu à Élie Hoarau qu’elle est prête à envisager que les États membres concernés par les APE puissent participer aux négociations. Il appartiendrait ensuite à ces États membres de se faire représenter par les élus des RUP concernées. Si les orientations annoncées par Nicolas Sarkozy lors de son voyage à La Réunion sont suivies d’effet, alors une porte pourrait s’ouvrir, dit en substance Younous Omarjee.

En phase avec la nouvelle stratégie européenne

Pour sa part, Maya Césari revient sur la Stratégie Europe 2020, qui doit être adoptée le 25 mars prochain par l’Union européenne. Europe 2020 remplacera la Stratégie de Lisbonne. Elle sera donc la trame de toutes les politiques européennes. Maya Césari précise qu’Europe 2020 repose sur trois moteurs : la croissance intelligente, la croissance durable, et la cohésion sociale. L’objectif est que les fruits de la croissance de l’Union européenne bénéficient à toutes les régions, y compris les RUP.
C’est sur la base de ces orientations que des fonds seront alloués. À La Réunion, ces fonds interviennent dans de nombreuses actions relevant du social, mais aussi dans le développement de grandes structures de recherche : Cyclotron, Observatoire de la haute atmosphère du Maïdo, Station de réception et de traitement des images satellitaires de Saint-Pierre.
Maya Césari constate une convergence entre la nouvelle stratégie de l’Union européenne et la stratégie de l’innovation présentée par La Réunion aux autorités de l’Union. Cela concerne notamment l’énergie, l’aménagement du territoire, la formation, la recherche, c’est-à-dire la combinaison entre l’innovation et le social.
C’est donc un ensemble de 500 millions de personnes qui repense son modèle, et force est de constater que les orientations proposées par les Réunionnais vont au devant des préoccupations formulées par des objectifs de la stratégie Europe 2020.

Manuel Marchal


Des rendez-vous immédiats

Élie Hoarau met en avant plusieurs rendez-vous impliquant directement La Réunion qui se dérouleront juste après les régionales.
L’Europe réfléchit au contenu politique à donner au lien juridique avec les RUP inscrit dans l’article 349 du traité de Lisbonne. Cet article remplace désormais le 299-2 du Traité d’Amsterdam.
C’est en 2011 que ce contenu sera défini, et à partir de cette définition découleront les décisions prises en matière de maintien ou pas de l’octroi de mer, de l’avenir de la filière canne, et de l’application des accords de partenariat économique notamment.
Pour éclairer son choix, le Conseil de l’Union européenne, la plus haute instance de l’Union, a demandé à la Commission européenne de rédiger une communication qui devra être publiée en octobre. D’ici là, une réunion est prévue le 7 mai à Ténérife aux Canaries entre les gouvernements espagnols, français et portugais, ainsi que les représentants des 7 régions ultrapériphériques. France, Espagne et Portugal, les seuls États membres comportant des RUP, doivent en effet rendre un document commun à la Commission européenne afin que cette dernière puisse s’en saisir pour la rédaction de sa communication.
Les 26 et 27 mai prochains, Bruxelles accueillera un forum sur les RUP. Élie Hoarau a proposé à la ministre de l’Outre-mer l’organisation d’une journée préalable de concertation, ouverte à tous les acteurs de l’Outre-mer, qu’ils soient responsables politiques, représentants des travailleurs ou organisations patronales.
Les rendez-vous sont déjà là, les élections ne doivent pas les occulter, ajoute Élie Hoarau. C’est cette année que les Réunionnais ont la possibilité d’influer sur la stratégie de l’Europe, poursuit-il, et c’est en fonction de cette stratégie que les décisions engageant les intérêts de La Réunion seront prises.


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