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Les Réunionnais sanctionnent les promesses non tenues de 2012

Abstention massive, recul du PS, du Progrès, de PLR et de LPA, l’exception du PCR

Manuel Marchal / 25 mars 2015

À La Réunion, le décalage entre les promesses du candidat Hollande et la réalité sont encore plus grands qu’en France, la sanction est donc plus grande. Le PS, le Progrès, PLR et LPA avaient appelé à voter Hollande, tous reculent fortement et ne peuvent pas compter sur la dynamique du résultat en France. Le PCR marque sa différence en étant le seul parti soutenant Hollande en 2012 à pouvoir augmenter son nombre d’élus dans l’assemblée départementale. Il a fait une campagne différente, portant des propositions touchant les problèmes de la population.

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En additionnant les voix du PS et du Progrès, ces deux partis font un score plus faible que le PS en France, avec une abstention bien plus forte.

Sur 101 départements, les élections départementales en concernent 98. Pas de vote en Guyane et en Martinique car c’est une collectivité territoriale unique qui remplacera le Conseil régional et le Conseil général. Paris n’est pas non plus concerné, car ce département est une municipalité.

Sur ces 98 départements, le PS en dirige 56. Dimanche prochain, il pourrait très bien ne plus en diriger que 16. Ce sont en effet entre 30 et 40 départements qui verraient leurs Conseils départementaux avoir une majorité différente que celle des derniers Conseils généraux. En France, les autres partis de la gauche subissent le contrecoup de ce recul considérable du PS. Le PCF lutte pour conserver le Val de Marne et l’Allier.

L’austérité s’accroît

Les raisons de cette défaite annoncée sont bien connues. Elles se résument dans la politique menée depuis 2012 par le gouvernement. Au cours de la campagne présidentielle, l’adversaire principal du candidat socialiste était la finance. Il avait pris des engagements pour réduire les inégalités et lutter contre le chômage. Une fois arrivé au pouvoir, l’état de grâce a été de courte durée. Dès la discussion de la loi de finances 2013, il était question du budget le plus restrictif depuis de nombreuses années. L’objectif affiché était de se ramener le déficit public en dessous de la barre des 3 % fin 2013, conformément aux engagements pris par la France et pas remis en cause alors par le gouvernement. Le discours était le suivant : deux années d’effort puis la redistribution à partir de 2014 grâce à la diminution de la dette et au retour de la croissance.

Cette perspective n’a pas été tenue. 2014 a vu l’austérité s’aggraver, et 2015 va encore plus loin. C’est l’application du plan d’économies qui est destiné à financer le Pacte de responsabilité. Sans contrepartie en termes d’embauches, les entreprises bénéficient d’aides importantes qui sont payées par des coupes dans les budgets sociaux, la santé et les dotations aux collectivités. C’est une orientation social-libérale clairement assumée par le président de la République, c’est ce que montre le choix de son Premier ministre, Manuel Valls, arrivé dernier socialiste aux Primaires citoyennes de 2011, car représentant l’aile la plus à droite du PS. La politique du gouvernement socialiste est donc à l’opposé des promesses du candidat socialiste.

À l’opposé des engagements

Dans ses conditions, la population a sanctionné le PS, soit en allant pas voter, soit en portant ses suffrages sur d’autres candidats. Et dimanche prochain, le PS pourrait très bien perdre la présidence de 40 départements sur 56, sans en gagner aucune.
À La Réunion, le décalage entre les engagements et la réalité a été encore plus grand. Rappelons qu’en 2010, la décision de la Fédération socialiste de donner la présidence de la Région à Didier Robert a remis en cause tout un plan de développement. Ce dernier a notamment stoppé le chantier du tram-train et remplacé le projet Perben de nouvelle route du littoral par une route en mer à 6 voies.

Les conséquences sont désastreuses. En mars 2010, le nombre de Réunionnais inscrits à Pôle emploi était de 130.000, il est aujourd’hui supérieur à 170.000 bien que l’État ait dépensé l’an dernier plus de 200 millions d’euros dans les emplois aidés.
Dans la campagne présidentielle, François Hollande s’était engagé à corriger la décision de 2010. Il avait promis le tram-train, la reprise de la politique d’autonomie énergétique entre autres. C’est sur la base de ce contrat qu’il avait obtenu plus de 70 % des suffrages au second tour de la présidentielle.

3 ans plus tard, rien n’a été tenu. Plus grave encore, le gouvernement soutient un projet pharaonique de plusieurs milliards totalement inutile et destructeur pour l’environnement :la NRL. La Région a même obtenu des dérogations allant à l’encontre du vote unanime du Conseil national pour la protection de la nature.

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Sanction plus grande à La Réunion

La déception est donc encore plus grande qu’en France. Contrairement à là-bas, l’abstention a progressé ici pour atteindre près de 60 %. En ajoutant les bulletins nuls et les votes blancs, ce sont près de deux électeurs sur trois qui ont rejeté tous les candidats proposés. Seul Saint-Joseph a été épargnée avec un taux de participation 20 points au-dessus de la moyenne.

Comme en France, les partis soutenant François Hollande en 2012 sont dans une dynamique de recul. Le PCR fait exception.

Le PS, scindé ici entre Fédération socialiste et Progrès, est en net recul. Lundi sur Antenne Réunion, Gilbert Annette, maire de Saint-Denis, a montré au grand jour la crainte d’une lourde défaite : il a lancé un appel inattendu aux électeurs du LPA à voter pour les candidats socialistes à Saint-Denis et a appelé les socialistes à soutenir les candidats LPA en lice au second tour. Une décision surprenante car à la différence du PLR, le LPA a un député qui vote contre le budget du gouvernement.

PLR est aussi en chute libre. Il avait 8 conseillers généraux, 2 sont au second tour et ils seront battus dimanche. Seule une débauche de moyens municipaux a permis à PLR d’entretenir une illusion dimanche dernier au Port.

Quant au LPA, il est circonscrit à Saint-Leu et aux Avirons et n’a pas plus s’implanter ailleurs, notamment à Saint-Louis où il nourrissait de grands espoirs.

L’alternative du PCR

Il semble bien que le parti du gouvernement n’ait d’autre issue que d’aller vers une autre politique pour espérer sauver les meubles en 2017. Ce ne sont pas des accords électoraux à l’échelle d’un canton qui pourront inverser la tendance, mais bien des décisions stratégiques, discutées de parti à parti.

Dans ce paysage bouleversé, le PCR a réussi à progresser, contrairement aux autres formations qui ont soutenu François Hollande à la présidentielle. Il avait deux conseillers dans l’assemblée sortante, il peut tripler ce nombre dans le prochain Conseil départemental avec des candidats présents au second tour au Port, à La Possession, à Sainte-Suzanne et à Saint-Pierre. Dans cette campagne, le PCR a montré la différence, il a bâti un programme à partir des préoccupations de la population. Les déclinaisons cantonales s’appuient sur un socle de 25 propositions qui ont été rendues publiques le 22 février à Sainte-Suzanne, et qui ont ensuite été diffusées dans toute l’île.


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