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Les Réunionnais seront-ils expulsés du capital d’Air Austral ?

Troisième étape de l’offensive

Manuel Marchal / 3 juillet 2012

Vendredi, la nouvelle direction d’Air Austral, appuyée par la SEMATRA dirigée par Didier Robert, va proposer à l’Assemblée générale de la société une réduction de 96% de la valeur de l’action. Tous ceux qui ont jusqu’à présent investi dans la compagnie réunionnaise vont donc voir leur capital diminué de 96%, en particulier ceux qui avaient été impliqués dans la "grève" lancée en direct sur RFO quelques jours après l’arrivée de Didier Robert à la Région Réunion.

L’assemblée générale d’Air Austral vendredi prochain marque une suite logique dans un processus initié dès la prise de contrôle de la Région par l’UMP avec l’aide du PS. Quelques jours après le changement de présidence de la Région Réunion, RFO couvrait en direct le lancement d’une grève par quelques salariés d’Air Austral. Ces derniers avaient des revendications si peu crédibles qu’ils n’étaient pas suivis par le personnel. Aucune perturbation dans les vols n’était à déplorer. Si cette agitation ne déstabilisait pas l’entreprise réunionnaise, elle était en tout cas fortement relayée par les médias, et notamment RFO.
Comme par hasard, ces quelques personnes sont allées solliciter Didier Robert dans son bureau à la Région devant les caméras. Elles lui demandaient officiellement d’être médiateur de ce conflit monté de toutes pièces. Manifestement, la ficelle était un peu trop grosse, et la baudruche s’est dégonflée. Cette manœuvre n’avait pas réussi à ébranler la direction d’Air Austral, mais l’objectif était clair.

1er coup : le renversement du Conseil de surveillance

Par la suite, c’est Didier Robert en personne qui a pris la tête de l’offensive contre la plus grande réussite réunionnaise de ces 25 dernières années. Il y eut tout d’abord le coup de force pour prendre le contrôle de la SEMATRA en renversant la présidente avec une violence inouïe. Puis en début d’année, le chef de l’UMP à La Réunion arrivait à ses fins en renversant le Conseil de surveillance et son président Paul Vergès. Pour obtenir ce résultat, le démolisseur du tram-train a dû bénéficier de la complicité d’autres actionnaires qui ont décidé de voter contre l’ancien Conseil de surveillance. Au terme de ce second coup de force, Didier Robert avait les pleins pouvoirs à Air Austral. Il a donc aussitôt pris une décision qui a aggravé les difficultés de la compagnie : le maintien des lignes déficitaires vers l’Océanie et Bangkok.

2e coup : les Réunionnais chassés de la direction d’Air Austral

Après la direction politique de la société, la prochaine étape du coup de force a consisté à s’emparer du cœur de la compagnie, sa direction opérationnelle : le directoire. Jusqu’à présent, Air Austral, compagnie réunionnaise, avait toujours été dirigée par des Réunionnais. Sous la pression de banques, le directoire est poussé à la démission le 6 avril. Aussitôt un cadre d’Air France est pressenti pour prendre la suite. Après avoir rencontré Didier Robert à Paris, il vient à La Réunion pour prendre la direction de la compagnie et prend ses fonctions en catastrophe entre les deux tours de la présidentielle.
Ce cadre amène avec lui l’ancien directeur régional d’Air France pour l’océan Indien. Les premières décisions ne tardent pas à montrer que l’objectif est de redonner à Air France la première place dans le ciel réunionnais. En effet, toutes les liaisons long-courriers desservies par les avions d’Air Austral sont supprimées à l’exception de celle vers Paris : plus de desserte vers Marseille, Toulouse, Lyon, Nantes ou Bordeaux. Si des voyageurs veulent se rendre à La Réunion depuis un de ces aéroports, ils devront désormais transiter par Paris après avoir pris un vol domestique dans un marché largement dominé par Air France-KLM et ses filiales.

3e coup : la restructuration du capital

Moins de deux mois après ce coup ramenant Air Austral près de 10 ans en arrière, c’est au tour de l’actionnariat d’être la cible de l’offensive.
Vendredi prochain, le directoire va proposer à l’Assemblée générale de réduire de 450 à 20 euros le prix des actions, explique le "Quotidien" d’hier, puis de procéder à une augmentation de capital de 70 millions d’euros par la création de 3,5 millions d’actions nouvelles « souscrites principalement par la SEMATRA ».
C’est donc une restructuration totale du capital, avec une question qui est posée : à qui profitera l’élimination des Réunionnais du capital ?

M.M.

96% d’une épargne part en fumée : merci qui ?

L’opération prévue vendredi lors de l’Assemblée générale de la compagnie signifie que les actionnaires historiques, tous Réunionnais, vont voir la valeur de leur investissement réduit de 96%. Cela les exclut de tout pouvoir de décision. S’en sera donc fini des 12,9% du capital détenu par les salariés. Ces derniers ne pèseront plus que pour 0,5% dans le capital restructuré.

Autrement dit, tous ceux qui ont voulu épargner en achetant des actions d’Air Austral vont perdre 96% de leur effort.

Sans doute parmi les futurs lésés se trouvent des personnes qui ont cru bon de soutenir l’offensive dirigée par Didier Robert en votant contre l’ancien Conseil de surveillance. Ils pourront donc méditer sur la manière dont ils sont récompensés.

D’autres, les grands perdants, ce sont les travailleurs d’Air Austral qui voient leurs économies partir en fumée.

Car il est clair qu’avec Paul Vergès à la tête du Conseil de surveillance, et Gérard Ethève à la direction de l’entreprise, jamais une telle décision n’aurait été prise. Au contraire, les solutions étaient recherchées dans le développement et l’innovation.

C’est donc dans les successeurs de Paul Vergès et de Gérard Ethève que doit être recherchée la responsabilité de ce coup tordu.


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