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Les thèses du PCR reprises par les ministres de François Hollande

Vision à 10 ans dans le logement, l’écologie, l’agriculture et le développement

Céline Tabou / 20 août 2013

Les ministres Cécile Duflot (Logement), Philippe Martin (Écologie), Stéphane Le Foll (Agriculture) et Pascal Canfin (Développement) ont appelé le gouvernement, dans une lettre signée dans le “Journal du Dimanche”, à l’accélération de la transition écologique, à partir « ?de trois objectifs majeurs : la prospérité, la soutenabilité et la solidarité ? ».

Ces trois points sont développés dans cette lettre de six pages, intitulée « La France dans 10 ans », une contribution commune au séminaire gouvernemental du 19 août 2013. Ce séminaire, “La France en 2025”, a passé en revue l’ensemble des sujets épineux de la réforme de la justice, des retraites, les nouvelles technologies et la transition écologique.

Sur ce dernier point, Cécile Duflot, Philippe Martin, Stéphane Le Foll et Pascal Canfin ont mis en avant trois aspects leur paraissant indispensables pour « mettre en place une économie qui accompagne une transition écologique au service des citoyens et qui réponde, le moment venu, à leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Créer des emplois et réduire les dépenses des ménages

Par prospérité durable, les quatre ministres souhaitent engager dès à présent « la transition des filières industrielles et du tissu économique » permettant de créer d’ici à 2025 un million d’emplois dans ce secteur. A travers une économie circulaire, il serait possible de soutenir l’emploi dans l’agriculture, les énergies renouvelables, la rénovation énergétique des bâtiments, ont-ils expliqué. Pour ces derniers, ce « sont les secteurs qui seront, dans les dix années à venir, les plus pourvoyeurs et les plus créateurs d’emplois de qualité, durables, non délocalisables, répartis sur l’ensemble du territoire ». Cette analyse de la situation n’est pas sans rappeler la vision exposée au cours des vingt dernières années par Paul Vergès, co-fondateur du PCR et initiateur de l’ONERC (Observatoire national sur les Effets du Réchauffement climatique).

Pour Cécile Duflot, Philippe Martin, Stéphane Le Foll et Pascal Canfin, il est possible d’accroitre le pouvoir d’achat des ménages en réduisant « les dépenses contraintes » . Il s’agit de « réduire les factures d’énergie, de logement ou de transport » à travers la mobilisation des pouvoirs publics et un pacte avec les acteurs sociaux.

En matière d’alimentation, les ministres ont expliqué que « la France possède les ressources naturelles et humaines pour nourrir sa population, l’agro-écologie permet une réduction importante de la consommation des énergies fossiles et des intrants avec un impact sur les coûts et la qualité ». Ces derniers ont souhaité que le gouvernement s’attaque aux « intérêts financiers qui multiplient les encouragements à la dette pour consommer davantage et les intérêts de toutes celles et ceux qui bénéficient d’une économie de la rente non productive et qui paralyse notre économie ».

A La Réunion, les monopoles aériens, agroalimentaires et pétroliers pèsent sur les ménages et font partie de ces « dépenses contraintes ».

Garantie de l’avenir

Cécile Duflot, Philippe Martin, Stéphane Le Foll et Pascal Canfin ont mis en exergue la « soutenabilité comme garantie de l’avenir » qui serait « le nouveau logiciel pour assurer une prospérité et une paix durables au niveau mondial ». Ces derniers préconisent la protection de l’environnement pour permettre « notre épanouissement et notre développement », car « nous savons qu’investir dans la nature, dans la biodiversité et dans le génie écologique relève à la fois de l’intérêt général et de l’intérêt économique ».

Cette « nouvelle conception », comme l’appellent les quatre ministres de Jean-Marc Ayrault, a été exposée au cours des décennies précédentes par le Parti communiste réunionnais, à travers le “Nouveau Contrat Social” de 2006.

Source d’innovations technologiques « mises au service de tous », la soutenabilité pourrait mettre « fin à notre dépendance aux hydrocarbures, nous ouvrons un cycle d’innovations et de mutations technologiques majeures dans le domaine des énergies. C’est pourquoi un approvisionnement massif en sources d’énergies renouvelables est non seulement souhaitable, mais possible », ont-ils écrit. Ces derniers ont rappelé que la « surconsommation provoque une accélération de l’épuisement des ressources naturelles et conduit à une aggravation des inégalités sociales ».

L’égalité réelle pour une meilleure transition

Le troisième point évoqué est « la solidarité comme condition d’égal accès aux biens communs », les quatre ministres préconisent une nouvelle gouvernance à travers une « justice environnementale et son corollaire immédiat, la justice climatique (qui) ne sont pas des options, mais des impératifs visant à créer les conditions d’un consensus national pour conduire cette transition ». Ces derniers ont écrit que « la condition impérative de la réussite d’une telle transition est de garantir à chacune et à chacun un égal accès aux biens communs », à travers l’éducation et la santé, ainsi qu’un « meilleur accès aux technologies, aux savoirs et au patrimoine naturel ». « Cela exige d’agir de manière résolue pour une égalité réelle ».

Cécile Duflot, Philippe Martin, Stéphane Le Foll et Pascal Canfin ont également proposé une nouvelle politique d’urbanisation afin de rééquilibrer les activités et les infrastructures. Mais pour pouvoir lancer cette transition écologique, il faudrait « déplacer la fiscalité qui pèse sur les activités écologiquement et socialement utiles vers celles qui nuisent aux écosystèmes et mettent en péril notre avenir ».

Ils ont conclu : les nouvelles opportunités du 21ème siècle « exigent une transformation profonde de notre système de production, mais aussi de notre système de pensée. Mais elles constituent pour notre pays un grand dessein et un grand destin : celui de changer d’horizon. Cela commence aujourd’hui », à l’instar de la nouvelle civilisation mise en exergue par Paul Vergès, le 4 avril dernier.

Céline Tabou


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