Actualités

Les vacances pour qui ?

Une actualité en décalage avec la situation réelle de La Réunion

Manuel Marchal / 31 juillet 2017

Au mois de juillet et durant la première quinzaine du mois d’août, il est beaucoup question des vacances dans l’actualité, avec notamment son lot de départs pour des destinations lointaines. Ce sujet de préoccupation semble pourtant bien en décalage avec la situation réelle de La Réunion : près de la moitié de la population en dessous du seuil de pauvreté et un taux de chômage proche de 30 %.

JPEG - 84.8 ko

Dans l’hémisphère Nord, la période la plus chaude se situe habituellement en juillet et en août. C’était traditionnellement le temps des moissons qui mobilisait alors une main d’œuvre importante. C’est devenu aujourd’hui le temps des vacances. Ces vacances sont un droit qui a été acquis par la lutte. En effet, les congés payés n’étaient pas un cadeau, mais le résultat de grèves et de manifestations. Ce qui était le privilège de la classe dominante devenait donc un droit pour tous.

Dans un pays situé sur le continent européen, il est possible de chercher le dépaysement au moindre coût. Or en France, selon l’Observatoire des inégalités, 40 % des habitants ne partent pas en vacances. Ce pourcentage diminue au fur et à mesure de l’importance des revenus. En France, 80 % des cadres partent chaque année en vacances, et 86 % des personnes touchant plus de 3.000 euros mensuels sont sûrs d’aller changer d’air loin de chez eux. Parmi ceux qui gagnent moins de 1.200 euros par mois, 40 % partent.

Ces données viennent de France, où le coût de la vie est moins élevé qu’à La Réunion. Dans notre île, le SMIC, le RSA, et les prestations sociales sont les mêmes qu’en France, ce qui donne donc un pouvoir d’achat diminué. Cela fait qu’une part importante de nos compatriotes a de plus en plus de difficultés à avoir suffisamment d’argent pour tenir un mois en se contentant du strict nécessaire pour survivre. Dans ces conditions, partir en vacances n’est même pas concevable car cela nécessite un budget supplémentaire.

La solidarité familiale ou les actions menées par les bénévoles d’associations ou les services sociaux peuvent permettre malgré tout à quelques-uns de quitter leur quotidien quelques jours. Mais cela ne remet pas en cause une situation, avec pour effet un pourcentage de « juilletistes » ou d’ « aoûtiens » encore plus faible qu’en France.

Ce sont pourtant les départs en vacances qui occupent actuellement une large place dans l’actualité. Cela montre une fois de plus le décalage entre la réalité de La Réunion et les images qui sont diffusées dans la population. Alors que près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et que le taux de chômage est proche de 30 %, la préoccupation principale n’est pas de partir en vacances, mais comment survivre.

M.M.


Kanalreunion.com