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Les vieux démons de la presse réunionnaise

Saint-Louis

Témoignages.re / 3 juillet 2012

Pas d’augmentation des impôts en vue à Saint-Louis : c’est ce que le Conseil municipal rappellera aujourd’hui aux contribuables de la commune. Une information pourtant déjà disponible, mais quasiment ignorée par les médias, qui, campagne électorale oblige, avaient monté en épingle une recommandation de la Chambre régionale des comptes.

Les efforts d’un maire attaché à sa vocation sociale pour pallier les déficiences de la politique de l’emploi, dévolue à l’Etat : c’est cette question qui, en réalité, sous-tend les échanges entre la Chambre régionale des comptes (CRC) et la commune de Saint-Louis. Un dossier dont les médias ont fait un feuilleton dramatisé et particulièrement centré sur la personne du maire communiste de la commune, Claude Hoarau. La pratique a montré que l’usage et la diffusion de ces informations sont loin d’être innocents. Dans le climat de remue-ménage permanent instauré par la presse – cela fait vendre - la publication d’un « rapport explosif » ou d’une « bombe budgétaire », comme ils disent, est souvent portée à hauteur d’événement. Surtout, il faut bien le dire, lorsque c’est à une collectivité de gauche et plus particulièrement, communiste que s’adresse le document…

Qu’est-ce qu’un élu du peuple ?

A Saint-Louis, c’est la question de l’emploi qui est, depuis le départ, la cible des mesures de discipline appliquées à la commune sur recommandation de la Chambre régionale des comptes. Claude Hoarau a régulièrement expliqué sa position : élu du peuple, il ne peut admettre que le fléau du chômage continue de frapper les plus pauvres, sans utiliser tous les moyens qui sont en sa possession en vue de le résorber. Un objectif difficilement compatible, sans ajustements déchirants, avec les buts recherchés par la CRC, engagée -prononçons le mot clairement - dans un plan d’austérité à l’égard de la commune. Appliquer ces mesures de discipline en protégeant le plus possible les salariés, et en minimisant le plus possible les prélèvements obligatoires : c’est l’exercice permanent auquel doit se livrer l’équipe dirigeante de la commune de Saint-Louis.

De l’austérité au redressement

Une démarche qui, bien entendu, doit aussi être conforme à la législation du travail et respecter les droits acquis des travailleurs communaux. Un plan de redressement est engagé, et, malgré les difficultés, commence à porter ses fruits. Ainsi, la réduction en cours du déficit résiduel, passé de 17,2 millions d’euros en 2011 à 9,7 millions d’euros en 2012, laisse espérer un équilibre retrouvé en 2013. Une dynamique dont on trouve la trace dans l’actualité budgétaire immédiate de la cité. Car, contrairement à ce qui a été rapporté par la presse, l’Etat du budget n’oblige en rien la commune à augmenter les impôts. A la demande initiale de la Chambre, qui avait initialement recommandé une augmentation des impôts à hauteur de 800.000 euros, la municipalité a pu objecter qu’elle disposait de ressources supplémentaires de 900.000 euros. Une correction dont a pris acte le représentant de l’Etat, qui n’a pas repris la proposition d’augmentation des recettes fiscales émise par la CRC et annoncée par les médias.

Quelle la liberté d’expression ?

Et c’est justement la question de ce traitement médiatique à deux vitesses qui est dans les esprits, à l’approche du conseil municipal qui se tiendra aujourd’hui. En effet, chacun peut constater que la communication de ce rapport - qui n’émet que des propositions - au cours la campagne électorale, a reçu un retentissement considérable. L’information hâtive, selon laquelle les impôts augmenteraient à Saint-Louis a ainsi pu être martelée des jours durant, par la presque-totalité des médias. La certitude d’une stabilité des prélèvements, notifiée par la voie d’un arrêté préfectoral bien réel, n’a pour l’heure donné lieu qu’à quelques entrefilets noyés dans des « papiers » qui, par ignorance ou à dessein, continuent d’entretenir la confusion et les amalgames. Comment expliquer cette différence de surface donnée dans l’opinion à deux informations pourtant de valeur inégale ? La réponse se trouve sans doute dans l’histoire longue de certaine presse réunionnaise qui, pour faire vendre, cultive le registre du « tous pourri » et de la démagogie… et prend pour cible, de préférence, les communes progressistes. Il y eut un temps où cette posture était affichée. Elle est aujourd’hui niée par des journalistes soucieux de respectabilité, qui mettent en avance leur « impartialité ». On ne demande qu’à les croire… encore faudrait-il, pour cela, que les médias où ils exercent leurs talents cessent d’être encore et toujours même si les formes changent, la proie des vieux démons de la presse réunionnaise.

Patrick Saint-Alme


Kanalreunion.com