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Les vœux de Marie-Luce Penchard sous un air d’austérité budgétaire

Quelle concrétisation des annonces ?

Céline Tabou / 3 janvier 2011

La ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, a annoncé ses vœux pour cette nouvelle année. Effet de communication, la ministre n’a pas indiqué les mesures prises pour l’Outre-mer. Faisant un bilan très exhaustif des difficultés, et quelques mesures prises pour certains départements et territoires, la ministre n’a pas convaincu.

Lors de la traditionnelle cérémonie des vœux, Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer, ne s’est pas étendue sur les mesures gouvernementales ciblant les collectivités, avec le gel des dépenses, et la baisse des budgets pour le logement, le sanitaire, le social, la culture, la jeunesse et les sports, l’insertion économique et la coopération régionale. Ces restrictions vont à l’encontre de plusieurs années de politique à La Réunion, où il a été mis en avant un co-développement, lui permettant de s’allier aux pays voisins de la Zone Océan Indien, par exemple.

« Aujourd’hui, les territoires ont des projets »

Arguant les projets mis en place en Martinique et en Guyane avec la poursuite de « la construction de collectivités uniques », en Polynésie avec la réforme du fonctionnement des institutions, à Mayotte qui devient le 101ème département en mars prochain, et en Nouvelle-Calédonie avec « la mise en œuvre des décisions du comité des signataires dans un esprit consensuel », la ministre oublie de citer La Réunion, où les grands chantiers (route du Littoral, tram-train), porteurs d’emplois et d’activités, ont été supprimés par la majorité UMP à la Région. Ces projets auraient non seulement permis d’enrayer le chômage, mais surtout de relancer l’activité de l’île, pouvant ainsi faire face à la crise économique.
« Le président de la République a décidé que 2011 sera l’année de l’Outre-mer. Cette année sera votre année. Cette année va changer le regard sur l’Outre-mer. Cette année, nous allons ensemble continuer à faire redécouvrir les Outre-mer. Les lumières de la France partout dans le monde ». Le monde aura un regard différent sur l’Outre-mer, mais La Réunion n’aura pas droit à son lieu de mémoire, destiné à informer les Réunionnais, les autres citoyens de la République et le monde des richesses culturelles de l’île.
La MCUR (Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise) a été supprimée pour des raisons politiciennes, et le besoin de certains dirigeants d’effacer la mémoire réunionnaise. 2011 aurait pu voir apparaitre un tel centre culturel, comme à Haïti, en Martinique et en Guadeloupe, où des musées sont destinés à faire « reconnaître et valoriser les spécificités des cultures ultramarines et leur contribution essentielle au pluralisme artistique et culturel de notre pays », a expliqué Frédéric Mitterrand en juillet 2010.

Beaucoup de paroles, et peu d’actes

Les vœux de la ministre s’apparentent à du Didier Robert : la communication est rodée. Si bien que la ministre est parvenue à faire passer l’arrivée de la TNT (sans elle) pour une innovation indispensable à La Réunion. Alors que l’île connait un taux de chômage de 28,9% au second trimestre 2010, les mesures envisagées par l’ancienne Direction de Région auraient atténué ce chiffre, mais des décisions politiques ont porté atteinte à l’économie, et la société réunionnaise. La ministre a déclaré : « l’emploi (...) concentre toute notre attention », une telle affirmation aurait eu une signification avec la concrétisation des projets actés par le Protocole de Matignon. Mais il n’en a rien été.
En ce qui concerne le logement social, « pour lequel nous continuons d’accroitre nos efforts », cela reste l’une des préoccupations principales des Réunionnais. Plus de 26.000 ménages ont déposé une demande de logement locatif social auprès de bailleurs sociaux.
Pour satisfaire le droit au logement pour tous, il faudrait que l’État puisse construire 12.000 logements par an, pendant trois ans (pour la période 2007/2010). Ce qui aurait représenté 36.000 logements pour l’île, mais les ambitions du gouvernement ne sont pas tenues. Nicolas Sarkozy n’a pas été en mesure de satisfaire la loi DALO (Droit Au Logement Opposable), qui aurait évité la crise du BTP à La Réunion, et permis de loger des milliers de ménages.
« Je forme le vœu que cette nouvelle année permette aux Outre-mer de connaitre une reprise économique portée par un retour de la confiance dans un climat social apaisé », a déclaré la ministre. Cette dernière oublie de citer les restrictions budgétaires lancées dans l’Outre-mer, ainsi que le plan de rigueur du gouvernement pour les collectivités. De même, la situation sociale risque de s’alourdir, suite à l’aggravation de l’économie réunionnaise : chômage, pauvreté, précarité et illettrisme, entre autres.

Céline Tabou


Kanalreunion.com