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Libérée par un Léopard et une Juliette

La Réunion en 1942, il y a 70 ans 

Témoignages.re / 26 octobre 2012

La Réunion aborde dans quelques jours le 70ème anniversaire d’un épisode hors du commun de son histoire… où il est question d’un Léopard, d’un comité de salut public, d’une guérilla urbaine, d’un maire jeté à la geôle, d’une Juliette et d’un Léon de Lépervanche proclamant : « L’heure de la libération approche » ! 70 ans plus tard, le courage et la détermination des acteurs du 28 novembre 1942 ont valeur d’exemple et démontrent notre capacité à prendre notre destin en main dans les moments décisifs.

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Pendant la 2ème Guerre mondiale, l’île, placée sous le régime de Vichy, se réveille le 28 novembre 1942 avec un Léopard en rade de Saint-Denis. Le Léopard, c’est le contre-torpilleur des Forces Françaises Libres, avec 200 hommes à bord. La journée du 28 novembre sera pleine de péripéties, de tractations, de confusion mais elle se termine par une victoire des forces progressistes. Pour libérer l’île du joug pétainiste, il faut notamment déloger les troupes du gouverneur Aubert basées au port de la Pointe-des-Galets. Très tôt ce jour-là, une rumeur se répand au Port : « les Anglais ont débarqué à Saint-Denis ». Léon de Lépervanche élabore un plan de libération de la cité maritime avec ses camarades dockers et cheminots et organise la guérilla urbaine.

 
Un comité de salut public
 

Ils obtiennent la démission du maire et de son conseil municipal. Léon Coaquette (maire), Jean Retali (2ème adjoint), André Crescence (conseiller) sont engeôlés dans un baraquement à l’arrière de la mairie tandis qu’à l’étage un comité de salut public est constitué après concertation avec les syndicats ouvriers. Léon de Lépervanche déclare : « l’heure de la libération approche » ! Les commissaires du peuple se partagent les responsabilités : Léon de Lépervanche est « responsable de la police », Albin Tertre devient « responsable des PTT », Saül Vitry se voit confier la responsabilité des voies de communication, Aldebert Mallet est chargé du ravitaillement et Raoul Fruteau devient « responsable du travail ». Puis Léon de Lépervanche porte à la connaissance de la population deux communiqués : d’abord, les femmes et les enfants ont ordre de ne pas quitter leur domicile ; ensuite, les personnes possédant des armes sont priées de les remettre à la gendarmerie avant 12h30. Lépervanche et ses camarades récupèrent ensuite les armes à la gendarmerie.
 

A 17h06, le Léopard bombarde le port

 
Dans l’après-midi, six marins désignés par Lépervanche embarquent sur la « Juliette », vedette du CPR (chemin de fer et Port de La Réunion) afin de porter jusqu’au Léopard au large de Saint-Denis, un message relatif à la situation dans la cité maritime. La batterie commandée par le lieutenant Emile Hugot attaque la vedette. A 17h06, le Léopard réplique et bombarde la batterie du port. Au soir, La Réunion est libérée mais trois Portois ont perdu la vie, un cheminot tué par balle et deux femmes atteintes par les éclats d’obus tirés par le Léopard. Le 30 novembre, le gouverneur Aubert remet sa démission à l’envoyé spécial du Général de Gaulle, André Capagorry, arrivé à bord du Léopard. Un mois plus tard, des affiches reproduisant l’appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle sont placardées dans l’île. Cet appel sera entendu puisque de jeunes Réunionnais quittent l’île pour s’engager dans la résistance. Parmi eux, Jacques et Paul Vergès.

 
 Nathalie Valentine Legros 


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