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Lignes de fractures : les enseignements d’un sondage

Elections régionales

Geoffroy Géraud-Legros / 3 mars 2010

Lundi dernier, le JIR publiait les résultats d’un sondage réalisé par IPSOS dans le cadre des élections régionales. Cette enquête ne révèle aucune prophétie pré-électorale. Elle fait néanmoins apparaître un contraste entre le rassemblement de l’électorat potentiel de l’Alliance autour du candidat Paul Vergès et un certain manque de crédibilité des principales têtes de liste parmi leurs propres partisans....Un décalage qui prend des allures de divorce du côté des socialistes réunionnais.

Lors de la parution d’un sondage attendu, les citoyens entendent une musique qu’ils connaissent désormais par cœur : les politiques qui bénéficient d’un “bon” sondage s’empressent de crier victoire ; ceux que les chiffres donnent perdants minimisent, ou nient carrément les résultats des enquêtes. Le lien entre les sondages et l’opinion est très complexe ; bien que de nombreux scrutins aient donné raison aux enquêtes, d’autres on fait apparaître que la prophétie des statistique n’est pas infaillible.
Si les résultats des enquêtes pré-électorales ne sont pas vérité d’Evangile, elles n’en renseignent pas moins sur l’état d’esprit et les dispositions des différentes composantes de l’électorat. Dans cette perspective, l’enquête « 
“JIR” de lundi dernier est riche d’enseignements ; elle a d’ailleurs donné lieu à d’abondants commentaires dans l’opinion, ainsi que de la part de certains candidats.

Un test de crédibilité

Adossé au sondage, l’édito d’Yves Mont-Rouge affichait d’emblée des précautions vis-à-vis du sens des résultats, le Rédacteur en Chef du JIR précisant qu’il fallait y voir non des « intentions de vote », mais un « état de l’opinion ». A bien y regarder, c’est effectivement plutôt comme un test de crédibilité que cette enquête peut être lue. En effet , il faut noter en particulier que la question dont les réponses ont agité le débat réunionnais -« de quelle liste ou tête de liste souhaitez-vous la victoire le 21 Février »- s’accompagnait aussi d’une recherche des orientations partisanes des interrogés. Mises en relation, les réponses à ces deux interrogations permettent d’identifier les tendances dans l’électorat, et d’identifier quels candidats apparaissent les plus crédibles de manière générale, et au sein de leur propre courant d’opinion.

Divorce entre Michel Vergoz et la sensibilité socialiste

Une certaine harmonie se détache du côté de l’Alliance : aux 24% des participants qui souhaitent voir Paul Vergès et l’Alliance remporter les élections régionales, font écho logiquement les quelque 28% qui affirment être proche de l’Alliance et de son projet.
On ne retrouve cette symétrie ni à droite, ni au Parti socialiste : alors que 28% des participants à l’enquête expriment des opinions de droite, 16% seulement d’entre eux voudraient voir l’UMP Didier Robert s’installer à la Région, chiffre qui tombe à 8% pour Jean-Paul Virapoullé. Dans le cas du PS, en l’absence de liste dissidente, le contraste peut-être perçu comme un abîme : alors que 21% des interrogés affirment une sensibilité socialiste, seuls 8% disent souhaiter une victoire de la tête de liste du PS, le conseiller régional sortant Michel Vergoz.
Cette distance confirme l’impression bien souvent ressentie sur le terrain, d’un divorce croissant entre la gauche de progrès et Michel Vergoz. Le bilan de ce dernier lors de la dernière mandature permet sans doute d’expliquer qu’un nombre croissant de progressistes ont du mal à considérer sa candidature comme une véritable réponse aux grands défis des années à venir.

La sanction d’un refus de l’engagement ?

La qualité principale d’un homme de progrès est de prendre parti. Or, trop de flottement, de retournements, d’esquives et d’hésitations auront sans doute nui à l’image de Michel Vergoz au cours des six dernières années. En refusant de prendre part aux temps forts de la mandature 2004-2010, le leader du PS à la Région est au cours du temps apparu comme l’homme du « peut-être », du « ni-ni », du flou, de l’attente... allant semble-t-il à contre-courant d’une opinion de gauche de plus en plus consciente de l’importance des enjeux de la période où nous vivons.
Or, malgré l’affirmation -par ailleurs ambiguë- de son appartenance à la « minorité de la majorité », le dirigeant socialiste a bien trop souvent évité de s’engager auprès de grands projets de développement. En 2007, il a ainsi refusé de prendre part au vote lors de la présentation en Assemblée plénière de la Région, du Protocole de Matignon qui dotait La Réunion de fonds s’élevant à 2.200.000.000 d’euros, somme inégalée dans l’histoire de notre pays !

Une ligne défaitiste

Sur le sujet du Tram-train, la position de Michel Vergoz est si changeante qu’elle est parfois difficile à comprendre et à identifier. Néanmoins, l’attitude de l’ancien maire de Sainte-Rose est marquée là encore par un refus de l’engagement et par des reculs permanents face aux combats qui doivent être menés. En témoigne la position récemment exprimée par la tête de liste du PS vis-à-vis de la dotation ferroviaire : lors du meeting du 27 février dernier, Michel Vergoz a envisagé cette question de manière absolument passive. Pas une seconde, il n’a envisagé de se battre pour obtenir ces fonds, que l’Etat doit à toute Région dans le cadre de l’aménagement du chemin de fer : pour lui, les jeux sont faits.
Ce défaitisme contraste nettement avec les positions prises par Martine Aubry lors de son séjour dans notre pays. Pour la secrétaire nationale du PS, l’attribution de la dotation ferroviaire au Tram-train réunionnais est une « question de principe », pour laquelle elle a affirmé qu’elle allait « presser l’Etat français ». Enoncée après le recueil des données par les enquêteurs d’IPSOS, cette ligne dynamique de la direction parisienne a sans doute rendu plus confuse encore la position de Michel Vergoz.
Ce qui est certain, c’est qu’aucun élément n’est venu combler le décalage entre la ligne du candidat et les désirs d’une partie de l’électorat favorable au progrès social et au développement.

Geoffroy Géraud-Legros


Paul Vergès, l’homme de la situation

S’il ne révèle pas « d’intentions de vote » proprement dites, le sondage publié lundi dernier montre une différence majeure entre les différents candidats. Alors que toutes les « grandes » listes sont frappées d’un décalage conséquent entre les sensibilités politiques, on constate une forte concordance entre le souhait exprimé par les participants de voir le Président continuer de piloter Région et la sympathie pour les idées politiques qui s’expriment dans l’Alliance. Indice qu’à l’inverse de ses concurrents, Paul Vergès est perçu comme l’homme de la situation…

G G-L


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