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Logement : des promesses aux actes, le fossé

La population paie les conséquences d’une faillite politique

Céline Tabou / 26 juillet 2011

Dans notre édition d’hier, nous avons rappelé que le gouvernement a été incapable de faire respecter le droit au logement de tous les Réunionnais, ce qui mettra l’État hors la loi à partir du 1er janvier prochain. Aujourd’hui, il est intéressant de se pencher sur l’écart entre les promesses du candidat puis président Sarkozy, et la réalité à La Réunion plus de quatre ans après son arrivée à l’Élysée.

En 2006, candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy promettait à tout vent que les choses évolueraient et que la France n’aurait plus de sans-abris ou mal-logés. Cinq ans plus tard, toutes ses promesses n’ont pas été tenues, notamment dans le logement.
Depuis 20 ans, le nombre de demandeurs de logement social stagne ou augmente sans que l’offre ne parvienne à satisfaire les attentes des Réunionnais. Selon les observateurs, les crédits publics sont insuffisants pour la construction des logements aidés auxquels 70% de la population réunionnaise peut prétendre. Retour sur quelques promesses non tenues.

Céline Tabou


Où sont les logements promis ?

• Charleville-Mézières, le 18 décembre 2006 : « Je veux que, d’ici dix ans, les 700.000 logements manquants pour résorber la crise du logement aient été construits »
Cette promesse était déjà difficile à réaliser avec les 26.000 demandes de logements à La Réunion en 2007.
Aujourd’hui, le chiffre a grimpé, 29.000 ménages réunionnais ont fait une demande de logement. Pour faire face à ces besoins, l’INSEE avance la nécessité de produire d’ici 2025, 9.000 logements neufs annuels dont 5.400 aidés pour satisfaire les attentes des ménages. Cependant, le niveau de production s’est situé l’an dernier à 1.888 selon la Préfecture. L’écart est donc considérable.

• Vandœuvre-lès-Nancy, le 11 décembre 2007 :
J’ai « décidé de relancer fortement pendant son mandat la construction de logements, sociaux comme privés »
En 2007, La Réunion disposait d’un parc locatif de 295.000 logements, pour 269.000 ménages avec une population de 794.000 habitants. Au 1er janvier 2010, le parc locatif social comptait 53.778 logements et loge environ 20 % des ménages de La Réunion, alors que 50% de la population est en dessous du seuil de pauvreté. Le parc locatif social reste insuffisant par rapport aux ménages ayant droit à ce type de logement.


Des logements pour qui ?

• Faire une «  France de propriétaires  »…
Nicolas Sarkozy a décrété que tous les Français allaient devenir propriétaires d’un logement. Pour 15 euros par jour, ce qui revient à 450 euros mensuels. Sur cette base, le logement uniquement correspond, pour un Smicard, à plus de 40% de son salaire. C’est bien plus que la charge de la dette raisonnable située à 27% des revenus. À La Réunion où 49% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, 450 euros par mois, c’est beaucoup trop.
Les spécificités économiques, sociales et culturelles n’ont jamais été prises en compte par le chef de l’État, qui pousse à ce que les Réunionnais soient propriétaires, alors que l’île connait un taux de chômage de 28,9%.
Comment dans ces conditions envisager de s’endetter pour acheter un logement ?


Le photovoltaïque à la trappe

• Construire davantage de logements dans le respect de nos engagements environnementaux…
Trois ans après avoir annoncé le lancement d’un programme visant à inciter les particuliers à user des énergies renouvelables, dont le photovoltaïque, Nicolas Sarkozy s’était rendu à Saint-Pierre, en janvier 2010, pour inaugurer une ferme photovoltaïque. En dépit des avancées et réussites en matière de développement durable, le gouvernement a décidé de remettre en cause les avantages fiscaux pour l’utilisation du photovoltaïque à La Réunion. Pour de nombreux investisseurs, il n’est plus rentable d’installer des panneaux photovoltaïques. Cela ne va pas dans le sens de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.


Pénurie des hébergements d’urgence

• Offrir des conditions d’hébergement dignes et menant à une réinsertion…
Selon une étude de l’ORS (observatoire régional de santé) parue en août 2010, le nombre de sans-abris à La Réunion varie entre 400 et 800 personnes. Il existe seulement deux centres d’hébergement et d’accueil en urgence à la Réunion de 64 places pour un accueil en urgence. Ce qui ne suffit pas pour aider les sans-abris à sortir de leur misère.
Le premier est à Saint-Pierre avec une capacité de 22 places dont 6 places pour les SDF, et le second à Saint-Denis (les Jonquilles) d’une capacité de 42 places et dont la transformation progressive en CHRS (Centre d’hébergement et de réadaptation sociale) est en cours, selon les dernières données de la DRASS


La LBU, en perte de vitesse, l’aléatoire appelé à la rescousse

Chaque année, La Réunion perçoit une dotation au titre de la Ligne Budgétaire Unique (LBU) afin de financer la construction de logements sociaux. Cette dotation a fluctué depuis les trois dernières années : 87,5 millions d’euros en 2008, 92,3 millions d’euros en 2009, 103 millions d’euros en 2010 et 94 millions d’euros en 2011.
Lorsque toute la somme n’est pas entièrement dépensée, elle devient un report de crédit.
La Réunion aurait besoin de plus de 195 millions d’euros pour pouvoir construire des logements sociaux. Le système de production actuel bute sur des facteurs inflationnistes, tels que le foncier. Cela suppose donc que l’effort du pouvoir central doit augmenter.
La LODEOM prévoit l’introduction de la défiscalisation dans le financement du logement social afin d’optimiser les financements publics. Cette mesure introduit un facteur aléatoire dans le financement des logements sociaux.
Il suffit que les investisseurs potentiels se tournent vers un produit plus attrayant pour leur capital, ou alors que la crise financière s’aggrave en Europe, pour que les fonds nécessaires à la construction de logements sociaux ne viennent plus à La Réunion.


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