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Maintien du RSTA et prime COSPAR : que font les élus réunionnais ?

Des dizaines de milliers de travailleurs vont perdre 150 euros par mois.

Manuel Marchal / 10 novembre 2012

Un gouvernement français de gauche enlèvera-t-il aux Réunionnais ce qu’ils ont obtenu par la lutte contre un gouvernement français de droite ? Que feront les élus réunionnais ? Le PCR s’est déjà exprimé sur ce sujet, qu’attendent les autres partis et les députés pour le faire ? Les travailleurs vont perdre 150 euros par mois.

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Au début de l’année 2009, l’Outre-mer est en ébullition. Quelques semaines après les manifestations à La Réunion contre la hausse des prix des carburants, c’est la Guadeloupe qui s’embrase. Les revendications dépassent largement la question d’un seul produit. Toute la société guadeloupéenne s’implique dans un mouvement de grève générale qui durera plus de 40 jours !

Dans les autres DOM, le mouvement s’élargit également. Le 5 février en Martinique et à La Réunion se construisent des mouvements rassemblant des syndicats, des associations et des partis politiques pour faire avancer des revendications dans tous les domaines. À La Réunion, ces organisations se constitueront en Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion, le COSPAR.

Le collectif demande principalement de favoriser l’emploi des Réunionnais à La Réunion, d’augmenter de 200 euros les plus bas revenus, les retraites et des bourses d’étudiant, une baisse de 20% des prix de 500 produits de consommation courante, le gel du montant des loyers des logements sociaux.

150 euros arrachés à un gouvernement de droite

Le 5 mars 2009, soit à peine un mois après la formation du collectif, des dizaines de milliers de Réunionnais sont dans les rues de Saint-Denis et de Saint-Pierre pour exiger l’ouverture de négociations. Elles commencent le lendemain mais pétroliers, patronat, grande distribution et État temporisent. Il faut alors deux autres grandes manifestations les 10 et 19 mars pour que la situation commence à se débloquer dans tous les domaines.

Les Réunionnais obtiennent la baisse des prix de 254 produits de grande consommation, le gel des loyers dans le parc social, la baisse des tarifs bancaires, une diminution du prix des carburants et du gaz. Pour les revenus, les discussions sont plus difficiles (voir encadré). Les jeunes, les retraités et les travailleurs contraints de survivre avec un minimum social ne voient pas leur salaire augmenter. Finalement, les dirigeants du COSPAR obtiennent un accord régional incluant la participation de l’État et celle du patronat pour une hausse de 150 euros des bas salaires des travailleurs déclarés, jusqu’à 1,4 SMIC. Le MEDEF est la seule organisation patronale à signer. Mais la publication de cet accord salarial dans le "Journal officiel" l’étend à toutes les entreprises de La Réunion. Cette publication valant extension est une décision de l’État, dirigé à l’époque par un gouvernement de droite.

Prime prolongée par l’initiative de Paul Vergès

L’année dernière, en juin 2011, sous le même gouvernement de droite, le dirigeant du MEDEF Réunion s’est senti pousser des ailes. Sans aucune concertation préalable avec les syndicats, il annonçait que la part patronale des 150 euros, le bonus COSPAR, allait disparaître.

Paul Vergès est alors intervenu au Sénat pour inscrire dans la loi le prolongement de ce bonus pour une durée de trois ans. Le gouvernement céda en partie : il proposa une prolongation d’un an. Cela laissait donc au prochain gouvernement issu de la présidentielle et des législatives 2012 la responsabilité de régler cette question.

C’était en novembre, et en février se posait de nouveau la question des bas revenus. Les jeunes sont descendus dans la rue pour revendiquer d’autres perspectives. Ils ont été jetés en prison par dizaines. Outre leur libération, le PCR a demandé le versement d’une prime de vie chère de 200 euros pour tous les bas revenus, le temps que soient mises à plat toutes les données expliquant la formation des prix et des revenus à La Réunion.

Cette demande s’adressait à l’État, qui reconnaît l’existence de la vie chère par le biais d’une prime versée à ces agents, qui représente 35% du salaire.

Paris était alors dirigé par un gouvernement de droite. Il refusa de donner suite à la proposition.

La sur-rémunération des pauvres sera-t-elle supprimée par la gauche française ?

Paris a changé de gouvernement. C’est la gauche française au pouvoir, avec l’engagement du changement.

À La Réunion plus qu’ailleurs, cette exigence a poussé les citoyens à voter massivement pour l’alternance. Et aujourd’hui, c’est un changement à reculons qui se prépare. Les 150 euros arrachés à un gouvernement de droite sont menacés sous un gouvernement de gauche ! C’est pourtant la seule prime de vie chère versée aux travailleurs pauvres.

Ce scandale en préparation interpelle d’autant plus qu’une autre classe de la population a droit à une prime de vie chère depuis plus de 50 ans.

Cette différence de traitement veut-elle montrer l’existence d’une solidarité de classe entre un pouvoir et ceux qu’il estime être à son service en échange de la sur-rémunération ?

Un gouvernement de la gauche française prendra-t-il le risque d’aggraver la discrimination sociale entre les bénéficiaires de la sur-rémunération et ceux qui ne l’ont pas ? Toute la classe politique réunionnaise est au pied du mur, elle ne peut plus se taire.

Car la logique veut que ce soit les plus pauvres qui bénéficient d’une extension de la prime de vie chère sous un gouvernement de gauche. Autrement dit, pas question que soient remis en cause le RSTA et le bonus COSPAR et versement d’une prime de vie chère pour les retraités et les demandeurs d’emploi en attendant que les conditions d’une meilleure justice sociale soient réunies.

Sur cette question capitale des inégalités de revenus à La Réunion, un courant d’opposition au changement est en train de manœuvrer pour refuser à la population l’application du programme pour lequel elle a voté. Il faut être vigilant et combattre cette manœuvre.

Manuel Marchal

Aucune garantie sur le maintien du dispositif RSTA-prime COSPAR

La classe politique va-t-elle enfin s’exprimer ?

Les élections ont amené un changement de majorité, avec un gouvernement de gauche, et une Assemblée nationale dirigée par la gauche française. Pour faire avancer la concertation en France, ce nouveau gouvernement lance la conférence sociale. Suite à la mobilisation du PCR, le dispositif est étendu à La Réunion, c’est la conférence économique et sociale. La forme de la rencontre a aussitôt suscité des interrogations. Le 29 octobre, la majorité des personnes invitées à débattre sont des fonctionnaires nommés par l’État, seule une poignée de syndicalistes et d’élus représentent la population. Paul Vergès était le seul parlementaire à participer à cette rencontre. Il dénonça le procédé d’exclusion de la parole de la population, et rappela que cette conférence serait tôt ou tard concernée par l’urgence sociale.

À peine 10 jours plus tard, le scandale explose avec l’annonce de la suppression du RSTA et de la prime COSPAR dans la presse, des propos attribués à Victorin Lurel, ministre des Outre-mer.

Le soir même à la télévision, les propos du ministre des Outre-mer ne sont pas rassurants. Au lieu d’un démenti, clair et net, il ne s’engage pas sur le maintien du dispositif.

Maintenant, l’urgence sociale est au cœur de la conférence organisée par le gouvernement. La classe politique réunionnaise ne peut plus rester silencieuse, elle doit proposer une issue à la crise.
200 euros pour tous

La proposition réunionnaise anticipait le désengagement de l’État

Dans les négociations salariales, la logique de l’État n’est pas celle des Réunionnais.

L’État est prêt à s’impliquer à hauteur de 100 euros par mois par salarié pendant trois ans. Il demande aux employeurs de contribuer sur le reste pour atteindre 150 ou 200 euros.

Alors que l’État tente d’imposer une solution qui ne recueille pas l’assentiment des partenaires sociaux, le COSPAR fait une proposition qui rassemble : la modulation de l’aide de l’État et la solidarité inter-réunionnaise pour que tous les travailleurs touchant moins de 1,4 SMIC puissent bénéficier d’une hausse de salaire de 200 euros par mois. L’aide de l’État serait globalisée et versée de manière dégressive pour permettre une pérennisation progressive du dispositif. Quant à la contribution des employeurs, elle est en fonction de la taille de l’entreprise, ce qui permet à des travailleurs des TPE d’avoir droit à 200 euros, même si leur patron ne verse que 20 euros dans la caisse commune.

Cette proposition réunionnaise a été immédiatement écartée par l’État, et il a relégué les partenaires sociaux, de la préfecture à la direction du Travail pour la poursuite des négociations.

Cette proposition avait pourtant le mérite d’anticiper le désengagement de l’État au bout de trois ans. C’est l’État qui l’a refusée, et c’est aujourd’hui l’État qui dit qu’une baisse de 150 euros des salaires est "à l’étude" !
Quel changement par rapport aux visites de Mme Penchard ?

Dans son programme, le ministre des Outre-mer visite Saint-Denis, Le Tampon et Saint-Pierre. Il évite donc les quatre communes ayant un maire PCR.

Autre fait surprenant : alors que La Réunion est en conférence sociale et économique, le programme ne prévoit aucune rencontre avec les syndicats.

C’est donc un agenda qui aurait pu très bien convenir à un ministre UMP que Victorin Lurel a fait sien pour ces trois jours à La Réunion.

Interrogé hier par Antenne Réunion, Ivan Horeau, secrétaire général de la CGTR, a fustigé cette absence de dialogue, et a estimé que les relations seront sans doute difficiles avec ce ministre.

C’est à ce demander où est le changement par rapport aux visites de Mme Penchard ?
L’UIR CFDT prévoit « des conséquences catastrophiques »

« L’UIR Cfdt apprend du ministre des Outre-mer, par voie de presse, la fin du RSTA et de l’exonération des cotisations sociales liée au Bonus COSPAR. Cette fin provoquera pour une grande majorité de salariés, et notamment ceux percevant des bas salaires, une diminution de leur pouvoir d’achat de 150 euros mensuels, soit plus de 10% de leur revenu de subsistance.

Pour les Réunionnais déjà durement touchés par la cherté de la vie dans notre île, la fin de ces deux dispositifs aura des conséquences catastrophiques sur la consommation des ménages et donc un manque à gagner de plusieurs millions d’euros pour l’économie réunionnaise.

L’UIR Cfdt demande au gouvernement de surseoir à ces décisions et exige qu’une évaluation de ces dispositifs soit menée rapidement. Celle-ci sera certes quantitative, mais devra aussi indiquer les conséquences pour les salariés et l’économie de cette rupture de pouvoir d’achat.(…) »



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Messages






  • Personnellement, je n’attends plus rien de ce gouvernement. Aucun courage politique. Des mesurettes pour le symbole, le signal aux lecteurs de gauche et au fond rien ou presque pour les plus demunis pour ameliorer le quotidien.
    Il n’y a que les gens, les salaries pour changer les choses, descendre dans la rue unis pour qu’une reponse forte nos besoins, une politique de gauche se mette en place.
    C’est nous qui avons notre avenir en mains. C’est nous d’imposer ce gouvernement nos revendications sur la question cruciale du pouvoir d’achat, de la repartition de la richesse. Je fais confiance au peuple car il est intelligent.

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